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Autopsie d’un flop

C’était attendu, mais l’ampleur du niet adressé par le parlement aux Verts, qui rêvaient du Conseil fédéral, ne grandit personne. Pas même les recalés.

Pour un flop, c’est un flop. «Pschiiit» a donc fait la candidature de Regula Rytz. Piétiné en quelques minutes le rêve des Verts d’accéder au Conseil fédéral. L’issue certes était attendue, mais pas aussi nettement dessinée, la Bernoise ne faisant même pas le plein des voix dans le seul camp qui la soutenait, celui de la gauche.

Deux lectures peuvent être proposées de ce pétard mouillé. D’abord que les Verts se sont montrés bien piètres manœuvriers, incapables de transformer l’essai pourtant retentissant marqué le 20 octobre dernier. Avec une suite d’erreurs en cascades qui ont très vite plombé toute leur chance d’accéder au saint des saints.

D’abord en désignant d’entrée la cible: le siège d’Ignazio Cassis. Ce qui laissait tout le temps à la défense de s’organiser, aux alliances et échanges de bons procédés de se nouer contre l’intrus vert du côté de la droite bourgeoise. L’arithmétique ne désignait pourtant pas forcément Cassis comme bouc émissaire. En visant le Tessinois, les Verts, et la gauche qui les soutenait dans cette opération, ont montré que c’était l’idéologie qui les guidait d’abord, plutôt que des soucis de concordance ou de d’équitable représentativité.

Cassis en effet était vite devenu une sorte d’épouvantail ultra libéral et néoconservateur, le vilain méchant qui se montre plus chaleureux avec la multinationale Glencore qu’avec la cause palestinienne. C’est en se ruant sur un chiffon rouge que le taureau vert est parti dans le décor.

D’autant plus facilement que Cassis, tout diabolique qu’il puisse apparaître, avait au moins une qualité précieuse sous la coupole: il était tessinois, représentant d’une minorité italophone privée pendant vingt ans de participation au Conseil fédéral jusqu’à son élection en 2018. Comme le seul critère que met la constitution dans la composition du gouvernement est justement une équitable représentation linguistique, cet élément a pesé d’un poids certain et ne pouvait être nié qu’avec la dernière des mauvaises fois.

Enfin et peut-être surtout, la candidate choisie n’était sans doute pas la bonne. Qu’elle soit bernoise comme Simonetta Sommaruga était un péché véniel que l’assemblée aurait pu pardonner à Regula Rytz. Son positionnement très à gauche en revanche lui enlevait d’entrée l’espoir même d’un quelconque soutien au centre, sans parler de la droite. Un ticket à deux, comme c’est souvent l’usage, aurait sans doute été mieux accueilli.

Bref les Verts se sont montrés têtus et naïfs dans leur marche vers le Conseil fédéral, comme si malgré eux ils prouvaient qu’ils n’étaient pas encore mûrs. Qu’ils ne maîtrisaient pas toute la subtilité de la fonction et des manœuvres et codes qui l’entourent.

L’autre lecture de ce camouflet consiste à trouver que les partis de droite au pouvoir se sont révélés bien férocement accrochés à leur part de gâteau, contre l’évidence du scrutin populaire. Que «le cartel a réussi à sauver ses fesses», comme l’a dit abruptement le socialiste Roger Nordmann. Que donc la formule magique est un système qui tourne à vide et s’auto-promeut dans l’immobilisme le plus bétonné.

Il est vrai que l’argument mis en avant par la droite dès le soir du 20 octobre – il faut que les Verts attendent, confirment dans quatre ans leur poussée, pour avoir le droit d’investir le Conseil fédéral- n’est intellectuellement pas sérieux. La formule magique repose bien sur l’habitude prise, à chaque nouvelle législature, d’élire un Conseil fédéral qui reflète le rapport de force fraîchement sorti des urnes.

Ces deux lectures ne s’excluent d’ailleurs pas. On peut penser que c’est la maladresse des Verts qui a facilité, si pas encouragé, la ferme volonté bourgeoise de nier l’évidence mathématique.