LATITUDES

«Dysmorphie Zoom» et les autres mots de décembre

Le langage révèle l’époque. Notre chroniqueuse s’interroge ce mois-ci sur l’usage des termes «dysmorphie Zoom», «héros» et «baby-baisse».

Dysmorphie Zoom

«Que je suis moche!». C’est très souvent le constat lâché au terme de la première participation à une visioconférence. Voir son visage à l’écran provoque une insatisfaction à l’origine d’une nouvelle pathologie et d’un nouveau marché.

La chute des ventes des rouges à lèvres liée au port du masque est ainsi compensée par l’arrivée de produits au service d’une image perfectible. Armés de ces nouveaux outils, on part à l’attaque des doubles mentons, cernes et autres rides. L’Oréal a par exemple lancé «Signature Faces», une gamme de maquillage virtuel disponible sur les principales applications de vidéoconférence. Une innovation proche des filtres Instagram ou Snapchat.

Tout se corrige et s’améliore pour qui ne souffre pas de «dysmorphie Zoom». Une pathologie baptisée ainsi par des médecins américains suite à l’afflux de recours à la chirurgie esthétique. Nombreux seraient les usagers de Zoom, ou de tout autre outil de visioconférence, à se focaliser voire à être obsédés par un défaut ou une caractéristique physique. Une étude médicale américaine publiée en novembre 2020, décrit ce nouveau phénomène et montre une corrélation entre la période pandémique et un pic des demandes d’interventions de chirurgies faciale. D’autre part, les raisons formulées par les candidats aux opérations évoquent l’aspect esthétique perçu sur Zoom. Les défauts les plus dénoncés concernent le nez et les rides, particulièrement malmenés et déformés par les grands angles des webcams. Pas besoin donc, dans la plupart des cas, d’un bistouri pour y remédier, mais simplement d’un meilleur usage de la caméra!

Héros

Profitons de l’actuelle opportunité d’accéder, sans effort, au rang de héros! Alors que jusqu’ici, courage et exploits étaient exigés des candidats à l’héroïsme, rien de tel aujourd’hui. Passer à la pharmacie pour se faire vacciner contre la grippe, c’est avoir l’étoffe d’un héros. Affiches et spots télé l’assurent. Plus facile encore, rester avachi sur son canapé vous transforme en «héros très spéciaux», comme l’assure la campagne de prévention du gouvernement allemand, qui diffuse ce message dans une vidéo devenue virale. Moins original, le message de nos autorités n’encourage pas moins à la sédentarité pour vaincre le virus. Vive les héros fainéants!

Et les actifs sur le front? Les soldes opérés sur le nouvel héroïsme, désormais à portée de chacun, font d’eux des super-héros. Et bien souvent des super-héroïnes. Cet oubli du langage épicène n’est pas innocent quand il s’agit de valoriser un comportement ou une activité! On se consolera à la lecture du dernier mook «Héros» (Ynnis éditions) dédié aux super-héroïnes. Dans la culture comics et le gaming, héros se décline de plus en plus au féminin. Mais pas suffisamment dans la réalité.

Baby-baisse

Le baby-boom annoncé ce printemps lors du semi-confinement ne se concrétisera pas en Suisse. On parle même de «baby-baisse». Pas de pic de naissances prévu en fin d’année mais un déclin d’environ 10% de la natalité.

Cette anticipation erronée ne dissuade pas certains prévisionnistes de se lancer dans de nouvelles projections: «Lorsque le virus sera maîtrisé, la natalité repartira de plus belle», assurent-ils. La démographie se mettrait-elle, comme l’économie, en mode «stop and go»?