LATITUDES

«Laisser aux collaborateurs le temps de se réhabituer»

Lien social, reconnaissance et communication… Comment gérer le déconfinement et le retour au travail au bureau? Réponses de Nadia Droz, psychologue spécialisée en santé du travail, en Suisse, à Lausanne.

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans PME Magazine.

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Quel sont les principaux impacts psychologiques du confinement pour les employés?

Nadia Droz: Les collaborateurs souffrent actuellement d’une perte de soutien social. Ils sont privés de ces liens, n’ont plus ou peu de contacts informels entre collègues et entre amis. Beaucoup endurent également la restriction de leurs libertés individuelles. Pour la grande majorité, ne pas pouvoir accéder à leurs activités «ressources» comme aller chez le coiffeur ou faire du sport s’avère particulièrement difficile.

Certains employés découvrent qu’ils apprécient de travailler depuis chez eux. Ils subissent moins d’interruptions, premier facteur de stress en Suisse. Le mélange entre vie professionnelle et vie privée peut néanmoins être délicat à gérer. Pour les parents, la charge mentale de devoir combiner le travail et la gestion des enfants représente une situation potentiellement très pénible.

Comment appréhender le retour au travail?

La situation est exceptionnelle, il est donc difficile de prédire ce qui n’a jamais été vécu auparavant. L’être humain n’aime globalement pas le changement et sera donc content de retrouver ses habitudes. Les personnes déjà fatiguées, sensibles, risquent d’être envahies par le bruit et les interruptions de l’open space. D’autres peuvent espérer que les choses aient changé pendant cette interruption, comme dans le cas des retours d’arrêt maladie, mais ce n’est pas toujours le cas.

La crise du coronavirus se répercutera aussi sur nos distances sociales. Le déconfinement exigera une distance de sécurité entre les collaborateurs ou le port du masque obligatoire. Le plaisir de retourner au travail risque de se mêler à une forme de peur de la contamination.

Que vont devoir faire les entreprises?

Pour commencer, les entreprises devraient évaluer leur gestion de la crise. La situation leur aura probablement montré que leurs collaborateurs sont d’excellents employés. Ils ont envie de travailler, sont solidaires et s’appliquent même dans ces situations inhabituelles. Les PME devront valoriser cette implication par une reconnaissance concrète des efforts fournis, en commençant par des remerciements et des félicitations pour l’équipe.

Les entreprises devront également clarifier leurs moyens de communications. Le travail à distance a favorisé la création de groupes WhatsApp, associés aux emails, aux téléphones et aux vidéoconférences. Ce cumul peut créer des situations désordonnées, intriquées dans le quotidien des collaborateurs. Il faudra donc redéfinir les règles et les attentes en revenant à des canaux de communication clairs.

Les PME doivent-elles prévoir des mesures psychologiques?

Les entreprises devront laisser à leurs collaborateurs le temps de se réhabituer, de reprendre leurs marques. Elles doivent rester à l’écoute de leurs équipes. Certaines personnes auront vécu des événements difficiles pendant le confinement: l’isolement, la double charge mentale, le stress, voire le deuil. En télétravail, certains ont aussi pu ressentir de l’injustice dans la répartition du travail, ou un sentiment d’exclusion de l’équipe. Il faudra donc reconsolider la collectivité.

Les PME vont également vouloir redémarrer rapidement leurs activités pour tenter de rattraper leur déficit des derniers mois. Attention cependant à ne pas surcharger les équipes. L’important est de rester progressif et en adéquation avec les stratégies de déconfinement dans la reprise et de discuter ouvertement des attentes ou besoins de chacun.

Qu’est-ce qui va changer?

J’ai l’espoir que les entreprises aient vécu des expériences positives dans cette période et puissent en tirer des enseignements. Par exemple, certaines entreprises ont découvert le télétravail et pourront dorénavant proposer cette alternative à leurs employés. Les vidéoconférences ont également mis en évidence le fait que de nombreuses réunions étaient superflues, trop longues et pouvaient être faites de manière plus efficaces.

Néanmoins, les PME bénéficient souvent d’équipes soudées, un des plus importants moteurs de travail. Leurs collaborateurs se révèlent souvent plus impliqués que dans de grandes entreprises, ce qui représente une vraie chance pour arriver à une reprise dynamique de l’activité.