GLOCAL

Grand-Guignol et tarte à la crème

Le Covid sert au moins à quelque chose: être le nouvel argument fort des opposants à toute mesure en faveur du climat. La preuve par la loi sur le CO2.

Terrasses ouvertes ou pas, Covid ou non, on finit toujours par tomber sur l’omniprésent Casimir Platzer, le président de GastroSuisse. Cet homme-là ne porte visiblement pas qu’une toque, on le retrouve aussi au sein du comité référendaire contre la loi sur le CO2, à propos de laquelle nous nous prononcerons le 13 juin prochain.

C’est ainsi lui qui martèle le nouvel argument des opposants à cette loi adoptée par le Parlement en septembre dernier: «Dans la situation actuelle, il serait irresponsable d’imposer des charges encore plus lourdes à l’économie suisse, qui est aux prises avec la crise du coronavirus et les mesures de confinement depuis un an. La nouvelle loi sur le CO2 rendrait le carburant, le mazout et le gaz plus chers, ce qui aurait un impact sur l’ensemble de la chaîne de valeur.»

Les écologistes et autres amis de la Terre sont prévenus. Dorénavant, et pour longtemps, ils vont entendre cette chanson-là face à toute proposition de mesures visant à protéger le climat: “Vous n’y pensez pas, avec une économie ruinée par la crise sanitaire.”

Une tarte à la crème d’autant plus utile à balancer en la circonstance que cette loi sur le CO2 est le fruit de trois ans de négociations et de débats parlementaires. Avec comme résultat inévitable, des mesures plutôt modestes qui ne risqueront ni de freiner le réchauffement climatique, ni d’attenter à la prospérité suisse.

On y trouve par exemple un relèvement du plafond de la taxe sur le CO2 pour les combustibles fossiles de 120 à 210 francs par tonne émise. Même chose avec la compensation pour l’importation de carburants, passant de 5 à 10, puis 12 centimes par litre. Sans parler de cette mesurette hautement symbolique qui n’est pas prête de rapporter gros ni de décourager grand monde: une nouvelle taxe sur les billets d’avion, entre 30 et 120 francs par trajet, suivant la distance et la classe de voyage.

N’empêche, Casimir a sorti sa calculette: il devrait en coûter 700 lourds et beaux  millions de francs à l’économie. Et peu importe si une partie des recettes viendront vertueusement alimenter un fonds pour le climat, censé subventionner la rénovation de bâtiments ou des projets de lutte contre les crues et les éboulements, ainsi que des programmes de reconversions énergétiques. Oui, peu importe, en tout cas aux yeux d’un autre référendaire, le directeur du Centre patronal Christophe Reymond, qui ne voit dans ce fond pour le climat qu’une «boîte noire», autant dire une cagnotte verte, bref «une usine à gaz».

Il est vrai qu’à consulter la liste des acteurs économiques opposés à cette loi sur le CO2, on trouvera assez peu de philanthropes. Y figurent l’industrie pétrolière, le petit monde de l’automobile, ou encore le Centre patronal déjà évoqué, ainsi que l’Association suisse des aérodromes. Et même, sans doute pour porter bonheur au référendum, Ramoneur suisse.

Le piquant de l’affaire est que tous ces braves gens se retrouvent à combattre la loi CO2 en compagnie des joyeux drilles du mouvement de la Grève du climat, trouvant eux, évidemment, que les mesures ne vont pas assez loin.

Le paradoxe avec les grévistes est qu’ils sonnent le tocsin sans discontinuer, affirmant qu’il est minuit moins cinq, qu’il y a donc urgence et qu’il faudrait atteindre la neutralité carbone en 2030 et non 2050 comme le prévoit la loi CO2, tout en trouvant très fort, pour aller plus vite, de freiner le mouvement. Là, on n’est plus dans la tarte à la crème. Le Grand-Guignol plutôt.