LATITUDES

Une nouvelle chance pour le revenu de base?

La crise actuelle constitue une occasion unique pour développer cette mesure selon ses partisans, mais les milieux économiques restent sceptiques.

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans cialis viagra visa.

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Ça s’en va et ça revient. En dépit d’un rejet à près de 77% par le peuple en 2016, le débat autour du revenu de base refait surface en Suisse. Afin de venir en aide aux indépendants, mais aussi aux employeurs, dans le cadre de la crise liée au Covid-19, les Jeunes Verts ont lancé une pétition pour un revenu de base inconditionnel (RBI) «pour toute la population suisse, avec effet immédiat». L’idée a récolté environ 20’000 signatures en moins d’un mois. Si Les Verts ont également demandé «des premières réflexions sur différents modèles» de RBI, d’autres observateurs proposent de limiter une telle mesure aux indépendants et sous certaines conditions.

Le professeur de finance à l’Université de Zurich Marc Chesney propose par exemple d’octroyer un revenu de base aux travailleurs indépendants actuellement en situation de détresse financière, pendant une période de trois mois. L’introduction d’une micro-taxe pourrait financer ce projet, ce qui permettrait d’éviter un accroissement de l’endettement public: «En prélevant 0,1% sur les transactions électroniques effectuées au-delà d’un certain seuil, un montant de l’ordre de 20 milliards de francs pourrait être obtenu, explique-t-il. Il constituerait une aide d’urgence à distribuer aux professionnels qui subissent cette crise. Il s’agit d’une solution très simple à mettre en œuvre, puisque la taxe serait perçue automatiquement, sans aucune bureaucratie. Par ailleurs, une initiative intitulée ‘Micro-impôt sur le trafic des paiements sans espèces’ a été déposée.»

Du côté des milieux économiques, on considère ces projets comme inutiles et utopiques. «Dans la crise actuelle, le système suisse s’est révélé résilient, assurant une réponse fiable et rapide, estime Cristina Gaggini, responsable romande d’economiesuisse. La mise en œuvre d’un revenu de base affaiblirait l’économie en décourageant les gens à travailler, provoquerait une pénurie de main d’œuvre et les jeunes seraient moins incités à se former.» Elle souligne par ailleurs que «le déploiement du chômage partiel à l’ampleur actuelle a été exceptionnellement efficace et des mesures ciblées pour les indépendants, où existent des différences importantes entre chaque catégorie, sont à l’étude. Toutes ces solutions permettront de limiter la hausse du chômage.»

Le revenu de base inconditionnel (RBI) représente une des solutions les plus souvent mentionnées dans le débat public lorsqu’il s’agit de faire face aux incertitudes économiques. Le principe a été tenté sous différentes formes en Finlande, Italie, Ecosse mais aussi au Canada et au Pays Bas, entre autres, depuis 2017.

Malgré des résultats mitigés dans ces projets pilotes, le revenu de base est toujours soutenu par d’important personnages publics tels Elon Musk (Tesla) ou Jack Dorsey (Twitter), mais aussi par des économistes de renom. Une pétition lancée récemment en Allemagne a récolté plus de 450’000 signatures en faveur du RBI. L’Espagne a annoncé pour sa part envisager sa mise en place, qui pourrait être maintenue même après la fin de la pandémie. Le RBI n’a donc pas dit son dernier mot.