LATITUDES

Les conseils du jardinier 2.0

Sur internet ou dans les médias traditionnels, Tom le Jardinier partage généreusement ses astuces et techniques pour soigner son potager. Ce Jurassien adore la diversité biologique de Lausanne, sa ville d’adoption.

Tom vient de recevoir un mail d’Algérie d’un internaute qui hésite sur ses semis. Des messages de ce type, le jeune jardinier lausannois de 26 ans, un véritable phénomène digital, en reçoit par pellées. On sollicite ses lumières du monde entier, jusqu’à cet Azerbaïdjanais qui voulait faire pousser des épinards. Il faut dire que Tom maîtrise parfaitement l’art de concilier les médias en étant aussi actifs sur Instagram et YouTube, que dans le journal agricole Terre & Nature ou sur une radio locale jurassienne. Ici ou ailleurs, il explique comment semer, repiquer, arroser, ou encore pailler son jardin. À cela s’ajoute une image bien travaillée avec son iconique chapeau de paille et ses bretelles vintage. Une figure que Tom s’est construite après la dure épreuve d’un cancer qui l’a obligé à interrompre ses études d’horticulture, un métier physiquement trop exigeant, pour se diriger dans un apprentissage de polygraphe.

Si un jardin dit beaucoup de celui qui le cultive, à quoi ressemble le vôtre?

Il se situe au Mont-sur-Lausanne, à 800 mètres d’altitude. C’est le potager d’une personne retraitée que j’ai repris en main il y a un an et demi. Il est encore en développement. Il s’est agi dans un premier temps de revitaliser le terrain qui avait été retourné chaque année à la bêche ou au motoculteur ce qui mélange trop les strates du sol et l’appauvrit. J’ai créé des carrés de permaculture détourés avec des planches de sapin. De manière générale, ce qui m’intéresse, c’est le potager, dans le sens de Louis XIV, c’est-à-dire d’un espace où l’on cultive des légumes pour le potage, et des fleurs pour décorer le château.

C’est pour vous la définition d’un jardin contemporain?

Le jardin contemporain doit s’inscrire dans un écosystème, en favorisant et en nourrissant les auxiliaires. Des analyses ont montré dans les années 1990 que les jardins individuels étaient fortement pollués par les engrais et les produits de traitement. Aujourd’hui les gens changent de méthodes et c’est tant mieux. Aussi, historiquement, les ouvriers qui s’installaient en ville cachaient leur jardin, car il était mal vu de faire pousser des légumes pour sa subsistance, alors que désormais on prend plaisir à montrer ses cultures.

Vous ne vous en privez pas sur les réseaux sociaux.

J’avoue, c’est mon péché mignon.

Comment expliquez-vous votre succès?

Je ne suis pas un média. Dans mes tutoriaux, je tutoie les gens. Cela fait tomber les barrières. Je reçois environ 400 mails par jour, des dizaines de propositions de partenariats, c’est affolant!

Quelles sont les questions récurrentes?

Les soins à apporter aux orchidées et au basilic questionnent beaucoup les gens.

Vous avez réponse à tout?

Il faut avoir l’humilité de dire qu’on ne sait pas. Je n’ai pas tellement de connaissances de pépiniériste par exemple. Je renvoie mes interlocuteurs vers des spécialistes.

Que vous inspire la tendance du jardinage urbain?

Je donne souvent des coups de main dans les plantages de la ville, comme par exemple à celui de la Borde. Ce sont des zones que la Ville a mis à disposition des habitants pour cultiver des lopins de terre dans les quartiers à forte densité. On doit habiter à moins de cinq minutes à pied pour avoir droit d’y obtenir un coin à jardiner. La gestion est assez libre. On s’échange des variétés de tomate. J’aime bien aussi la bourse aux plantons du quartier du Vallon. Chacun amène ses plantons, puis on fait du troc.

Quels espaces de verdure appréciez-vous à Lausanne?

Le long de l’Allée Ernest-Ansermet en direction de Montbenon, les plates-bandes devant l’ambassade de Suède sont très belles, dans un style peu criard, avec beaucoup de plantes vertes. J’aime aussi un parc floral à Ouchy près du Beau-Rivage avec des fleurs pastel et des rosiers grimpants. De manière générale, Lausanne fait un travail remarquable sur la biodiversité dans ses choix d’essences. Le géranium rouge apparaît encore ici et là, mais même pour cette fleur, les variétés ont été multipliées. Il m’arrive d’ailleurs de piquer des boutures de temps en temps.

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Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans le magazine The Lausanner (no 3).