LATITUDES

Peu de médecins, mais des idées

L’Inde mise sur la technologie pour pallier la pénurie de personnel soignant. Des solutions astucieuses émergent pour combattre les maladies chroniques.

Près de 6 millions d’Indiens sont morts en 2015 d’une maladie chronique, selon des chiffres de l’OMS. Ces pathologies sont la cause de deux décès sur trois, l’un des taux les plus élevés au monde. Il s’agit principalement de maladies cardiaques ou pulmonaires, de cancers ou de diabètes. Le gouvernement indien a lancé un programme de santé publique dont l’objectif est de réduire de 25% les décès liés à ces maladies d’ici à 2025. Il prévoit de créer de nouveaux centres de soins et d’élargir la couverture des plus défavorisés par l’assurance maladie.

Dans un pays en manque de professionnels de santé, la technologie est également appelée à la rescousse. «L’Inde a un besoin urgent de soins de qualité et abordables, ce qui ouvre de nombreuses opportunités aux entreprises du secteur medtech», abonde Devraj Jindal, médecin et porte-parole au Centre des maladies chroniques de la Fondation pour la santé publique de l’Inde (PHFI).

L’application mPower Heart est une réponse à l’urgence en termes de maladies chroniques. Elle permet d’enregistrer les informations d’un patient (rythme cardiaque, pression sanguine, taux de sucre, etc.) sur un smartphone. Un professionnel de la santé peut ensuite consulter les données à distance, adapter le traitement et fournir une prescription médicale. L’application stocke les informations dans un serveur externalisé qui alimente un large répertoire de données médicales, accessible partout en Inde. Des algorithmes se saisissent de ces mégadonnées. Leurs analyses peuvent orienter médecins et infirmières dans la prise de décision. «La majorité de la population indienne vit en zone rurale alors que les meilleurs services de santé ne sont disponibles que dans les villes, explique Devraj Jindal. Ce type de solution se révèle donc crucial pour donner un accès aux soins aux populations vivant dans les villages. De plus, si les infirmières peuvent s’en servir, la technologie se présente comme une solution à la pénurie de médecins diplômés.»

Autre exemple de technologie qui s’attaque aux défis de la santé dans ce pays, le colposcope de poche développé par des spécialistes indiens de l’Université Duke (États-Unis). L’appareil a pour but de réduire la mortalité due au cancer du col de l’utérus, cause du décès de près de 70’000 Indiennes chaque année. Cette version portable de l’instrument se compose d’une longue structure inspirée d’un tampon hygiénique, équipée d’une caméra qui scrute le col de l’utérus. Outre sa petite taille qui le rend mobile, l’appareil présente l’avantage de coûter 30 fois moins cher qu’un colposcope standard. L’état du Tamil Nadu souhaite en doter certains centres de santé cette année.

_______

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 17).

Pour vous abonner à In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (dès 20 euros) pour 6 numéros, rendez-vous sur invivomagazine.com.