LATITUDES

«Mon trait demeure sûr»

Certains indépendants poursuivent leur activité professionnelle au-delà de l’âge de la retraite. À 85 ans, Robert Saudino, architecte à Ascona, parle de la pratique de son métier dans un corps vieillissant.

«Le travail c’est la santé», dit la célèbre chanson composée et interprétée par Henri Salvador. Un adage que l’architecte tessinois Robert Saudino, 85 ans, met en pratique jour après jour. Interview.

Pourquoi travaillez-vous encore à un âge où la plupart des gens se sont retirés de la vie active?

Il s’agit d’un choix, ce n’est pas par nécessité. Je travaille toujours parce que des clients continuent à me faire confiance, parce que je m’investis dans des projets qui m’intéressent, par passion. Dans ma profession, comme chez les avocats, si vous êtes honnête et faites un bon travail, vous pouvez travailler très longtemps. Bien sûr, si j’étais maçon, je n’aurais pas le même discours et je n’aurais certainement pas continué jusqu’à présent. J’estime que le fait d’avoir beaucoup d’expérience bénéficie à ma clientèle. Ces décennies de métier me permettent notamment de mieux gérer les étapes qui précèdent l’exécution.

Vous associez votre bonne santé au travail?

Ma forme est certainement liée au fait que j’exerce une activité qui me passionne. Je me trouve en meilleure santé que mes amis qui ont abandonné leur profession.  Ma santé me permet d’avoir un bon rythme de travail. Certes, il n’est plus le même qu’il y a 10 ou 15 ans. Autrefois, je travaillais six jours par semaine, dix à douze heures par jour. Désormais, je me contente de cinq jours et de sept à huit heures quotidiennes. Depuis toujours, je fais une petite sieste après le repas de midi. Cela me permet de recharger mes batteries.

Quels sont les autres changements survenus ces dernières années en ce qui vous concerne?

J’évite d’assumer la direction des travaux sur les chantiers, un travail assez exigeant physiquement que j’assurais jadis. Je délègue beaucoup plus, même si je demeure responsable de ce qui se passe sur le terrain. Évidemment, mon cerveau et le dynamisme que j’avais il n’y a pas si longtemps ne sont plus les mêmes. Je peux avoir de petits oublis ou être distrait plus facilement. Je dors moins la nuit, notamment à cause d’inquiétudes. D’une part, parce que je me sens moins infaillible. De l’autre, parce que le travail s’est complexifié. Autrefois, pour un projet, nous avions trois classeurs, aujourd’hui, pour le même dossier, nous en avons une vingtaine, à cause de la bureaucratie. Sinon, je dessine comme je l’ai toujours fait, mon trait demeure sûr. Mon studio s’est adapté à la technologie, mais moi, je continue à manier le crayon. Quant à ma vue, avec des lunettes, elle est parfaite.

Jusqu’à quand entendez-vous travailler?

Jusqu’à ce que Dieu me le permette! Cela dit, si je trouve quelqu’un pour reprendre mon studio à des conditions raisonnables, je suis prêt à le céder. Tout en continuant à suivre des projets. Le travail a toujours constitué une grande partie de ma vie. Je suis bien au bureau, c’est ma seconde maison.

Dans une vie, quel sens a le travail?

Pour l’être humain – selon ma philosophie personnelle – le travail est la chose la plus importante tout au long de sa vie. Celui-ci le stimule, lui permet de satisfaire ses ambitions et de faire évoluer sa condition. Dans l’identité d’une personne, la profession joue un rôle important. Elle lui donne un statut, un rôle social. Pour moi, travailler a toujours été fondamental – tout autant que la famille – et continue de l’être.

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Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 17).

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