KAPITAL

30 ans d’informatique: la révolution permanente

Du lancement du web au smartphone, en passant par le commerce en ligne, le domaine de l’informatique et des nouvelles technologies s’est réinventé plusieurs fois.

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans PME Magazine.

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Cybersécurité, stockage de données, logiciels: le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) représente aujourd’hui 4,5% du produit intérieur brut suisse, pour une valeur ajoutée estimée à 28 milliards de francs. Elle accueille autant les filiales de leaders mondiaux tels que Google, Intel ou Hewlett-Packard que des start-ups innovantes en matière de blockchain ou de fintech. Retour sur les faits qui ont marqué le secteur ces trois dernières décennies.

1. Naissance du Web à Genève

«Vague mais excitante»: c’est ainsi que le supérieur de Tim Berners-Lee commente l’idée que ce dernier lui soumet le 12 mars 1989. L’ingénieur britannique, qui travaille au CERN, a rédigé un document sur un «système de gestion de l’information» qui permet de naviguer d’une information à l’autre en cliquant sur des mots clés. Une idée qui allait mettre en route une mutation du monde sans précédent. «Au départ, il s’agissait d’un projet visant à améliorer le partage des recherches scientifiques menée au sein du CERN, explique Yves Bolognini, directeur du Musée Bolo de l’informatique. Les contributions de Robert Cailliau ont ensuite permis de préciser l’idée, avant sa présentation publique le 6 août 1991.»

Baptisé World Wide Web, le projet de Tim Berners-Lee vient se greffer sur le réseau Internet  existant, avec ses échanges d’emails, partage de fichiers et autres forums de discussion qui foisonnent depuis déjà plusieurs décennies au sein du milieu académique. «Très vite, on a découvert qu’il était possible de faire du commerce, puisque le logiciel du WWW était diffusé dans le domaine public.» Un site pionnier de commerce en ligne ouvre ses portes en 1992, sous la forme d’une librairie baptisé Book Stacks Unlimited. Le premier paiement sécurisé a pour sa part lieu le 11 août 1994: 12,48 dollars pour un disque du chanteur Sting. «La fin des années 1990 a ensuite été marquée par l’arrivée massive de financement dans l’espoir de faire beaucoup d’argent.» Une frénésie spéculative qui connaîtra un coup d’arrêt brutal avec l’éclatement de la «bulle internet» au printemps 2001. En Suisse, les sites LeShop.ch et Blacksocks.com font parties des précurseurs qui ont réussi à s’imposer dans le tumulte des débuts du commerce en ligne. Lancé dans le canton de Vaud en 1997, le supermarché en ligne Le Shop figure parmi les premiers magasins d’alimentation en ligne au monde.

2. Des souris et des hommes

Parmi les histoires du secteur informatique, l’expansion de Logitech fait partie de celles qui marquent. Fondé en 1981 à Apples (VD), le fabriquant de périphériques a enregistré une croissance impressionnante: en 1987, Logitech comptabilise «la distribution de 327 souris et 10 millions de chiffre d’affaires», selon une anecdote rapportée par Daniel Borel, son fondateur. L’entreprise affiche aujourd’hui un volume de ventes annuel atteignant 2,57 milliards de francs. Dans l’ombre du visionnaire romand, d’autres entrepreneurs ont aussi contribué à écrire quelques pages de l’informatique helvétique, à l’instar de Jean-Daniel Nicoud. Ce professeur à l’EPFL conçoit le micro-ordinateur Smaky dans les années 1970. «Il s’agissait d’une machine très performante pour l’époque, une des premières à disposer d’un écran graphique», relève Yves Bolognini. Les différentes variantes de l’ordinateur vaudois seront commercialisées par la PME Epsitec jusqu’en 1998. En une vingtaine d’années, 4500 machines seront vendues, principalement aux écoles suisse-romandes.

3. L’explosion du mobile

«Merci d’être venus, aujourd’hui nous allons écrire l’histoire ensemble», lançait Steve Jobs vêtu de son traditionnel pull à col roulé noir le 9 janvier 2007, lors de la présentation du premier iPhone. Développé durant deux ans, pour un coût estimé à 150 millions de dollars, le téléphone d’Apple doté d’un écran tactile allait immédiatement rendre obsolètes assistants électronique de poche et smartphones équipés de stylets et de claviers. «Personne n’avait idée que le téléphone allait se transformer en ordinateur, intégrant toutes les fonctionnalités habituelles», se rappelle Yves Bolognini. Le succès du téléphone est immédiat, suivi l’année suivante du lancement de l’App Store qui entraînera l’essor du marché des applications mobiles: on estime que plus de cinq millions d’apps pour smartphones sont désormais disponibles sur les différentes plateformes en ligne.

4. La sécurité en ligne de mire

Forte de la tradition bancaire pluriséculaire de la Suisse, les entreprises helvétiques ont investi dès les débuts de l’informatique le marché des logiciels dédiés aux instituts financiers. Aux côtés du genevois Temenos, leader mondial du marché, on compte aujourd’hui une variété d’acteurs de poids: Avaloq, Finnova, Eri Bancaire.

Avec l’emprise des grands groupes américains sur le domaine technologie, la sécurisation des données est par ailleurs devenue un véritable produit d’exportation. Depuis une décennie, les PME suisses s’affirment sur le marché du cloud computing, servant de coffre-fort digital aux citoyens du monde entier. La société zougoise Siag Secure Infostore a ainsi littéralement installé un centre de données dans un ancien bunker de l’armée suisse, rebaptisé Swiss Fort Knox pour l’occasion. D’autres se spécialisent dans des nouvelles technologiques, comme la start-up genevoise ID Quantique, qui se profile sur le marché de la cryptographie quantique, estimée inviolable.

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L’informatique suisse en 2049…

Se projeter dans un domaine qui connaît des changements majeurs chaque année s’avère risqué, estime Yves Bolognini: «Prenez l’exemple des Google Glasses, ces lunettes de réalité augmentée dont tout le monde disait qu’elles représentaient l’avenir, et qui ont disparu aujourd’hui. De la même manière, j’ai de la peine à croire à une forte expansion de la réalité virtuelle.» Pour le directeur du musée Bolo de l’informatique, le changement majeur se situera au niveau du monde professionnel. «Le télétravail va se développer de plus en plus, ce qui contribuera à résoudre les problèmes écologiques.»

Yves Pitton, directeur de VTX Telecom, ose lui aussi quelques prédictions: «En terme d’intelligence artificielle, les médias se focalisent aujourd’hui sur la voiture autonome, qui ne constitue que la pointe de l’iceberg. L’IA va avoir un impact bien plus grand dans la vie de tous les jours, les processus  de travail ou le traitement des données. Nous parlerons aussi beaucoup moins de l’impact négatif de la technologie sur les emplois. Elle va au contraire permettre à la Suisse de monter encore en puissance, notamment en terme de PIB par habitant.»

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19’000
Le nombre d’entreprises suisses actives dans le domaine des TIC.

200’000
Le nombre d’emplois dans le domaine informatique en Suisse.

236’000
Le nombre de salariés dans le domaine informatique prévu d’ici à 2026.