LATITUDES

«Dès la fin de l’opération, je me suis senti bien»

Le Vaudois Claude Reymond, 65 ans, parle de sa greffe de rein comme d’une libération. Elle lui a permis de reprendre la vie de forain qu’il aime tant.

«Forain depuis mes 17 ans, j’ai voyagé dans toute la Suisse, mais aussi en France, à Dubaï, en Syrie, au Liban ou encore en Chine. J’ai eu toutes sortes de manèges, du petit carrousel au circuit de karting, en passant par le grand huit aquatique. J’ai bâti mon affaire tout seul. Je n’étais pas du milieu à la base et j’y ai découvert une seconde famille.

Pendant mes trois années de dialyses, j’ai malheureusement dû laisser ma caravane à l’année à Lausanne. C’était très dur. Je n’ai eu qu’une moitié de vie durant cette période. Je ne pouvais plus voyager et je devais aller au CHUV trois fois par semaine. Quand je pouvais, j’allais voir mes trois filles qui continuaient, elles, sur les fêtes. Je partais aussi voir l’avancement d’un manège que nous avions commandé. Ça m’a aidé à tenir le coup.

J’ai finalement reçu un rein le 5 novembre 2008. Dès la fin de l’opération, je me suis senti bien. Pour moi, c’était comme si, après des années passées dans le noir, on rallumait enfin la lumière! Dix jours après la transplantation, j’étais sorti de l’hôpital. Douze jours plus tard, j’étais à nouveau sur un manège.

J’aimerais remercier mon donneur, que je ne connais pas, mais aussi toute l’équipe de l’hôpital. Après l’opération, je suis d’ailleurs resté en contact avec le Centre de transplantation d’organes du CHUV. Je suis allé les voir en 2011 pour leur proposer une journée de levée de fonds en faveur du don d’organes et de la recher­che sur la transplantation. Je savais qu’en France, les forains avaient déjà organisé de telles journées de sensibilisation. L’idée était de montrer un peu de générosité, car nous pouvons tous être malades un jour et avoir besoin d’une greffe.

Deux années de suite, en 2011 et 2012, nous avons ouvert le LunaPark à Lausanne avec un jour d’avance sur le programme officiel. La totalité des recettes est allée à la Fondation lausannoise de transplantation d’organes. Nous avons réuni 100’000 francs au total. Il y avait aussi une exposition sous la cantine sur l’importance de prendre sa carte de donneur.

Ces moments difficiles me reviennent parfois en mémoire quand je prends mes médicaments antirejet, mais j’essaie de ne pas trop y penser. Même si j’ai eu d’autres pépins de santé, je pense avoir encore au moins vingt ans devant moi. Je continue à voyager et à aider mes filles sur les fêtes foraines. Je suis aussi reparti à l’étranger, mais pour des vacances cette fois-ci. La vie continue!»

_______

Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 15).

Pour vous abonner à In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (dès 20 euros) pour 6 numéros, rendez-vous sur invivomagazine.com.