CULTURE

Chaud comme Blancho

Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse, n’aura pas le droit de porter une arme à feu. Les protestations risquent de ne pas être très nombreuses.

La Suisse est gâtée. Question islamologues en tout cas. Sur Tariq Ramadan, occupé présentement à passer revue le ban et l’arrière-ban des ténors du barreau genevois, tout a été dit. Longtemps le monde nous l’a envié, ce présumé phare de l’islam raisonnable et compatible.

Aujourd’hui l’homme est à terre, plus bas que terre même. Qu’on se rassure pourtant. La Suisse, on l’a dit, est gâtée. Ramadan n’est pas l’arbre qui cache la forêt verte. Voici Blancho. Nicolas, de son beau prénom.

Le monde nous l’envie moins. Peut-être parce que le président du Conseil central islamique suisse ne cache pas son jeu avec le même talent que le suave Tariq. Barbu, ambigu, certes, mais pas aussi Tartuffe.

Né à Bienne, Nicolas Blancho se convertit à l’âge 16 ans et devient Nicolas Abdullah Blancho. A 19 ans, en 2002, il vole au secours de l’autre Ramadan, Hani et de sa fameuse tribune publiée dans le Monde pour justifier la lapidation de la femme adultère et envisager le sida comme un châtiment pour les homosexuels: «En s’exprimant de la sorte, le frère Ramadan a fait un bon travail. Il ne s’agit pas de cacher les choses, d’être gentil avec les gens d’Europe. Partout où il s’est imposé, l’islam a d’abord choqué, puis, quelques années plus tard, il a été adopté comme un bienfait.»

En attendant ce jour béni, Blancho s’active et s’agite, ne ménageant pas sa peine. Il soutient par exemple les élèves qui ne veulent pas serrer la main de leur professeur -une femme professeur, a-t-on idée?- mais récuse le procès en obscurantisme: «Il faut faire la différence entre défendre une option et appeler à une option. Nous n’allons pas dire à tous les musulmans de ne pas serrer la main d’une femme. Il existe dans toutes les religions des interprétations orthodoxes, aussi dans le judaïsme. On n’en fait pas toujours un problème.» C’est pas moi, m’sieu, c’est les Juifs, on connaît la chanson.

Mais Blancho sait se montrer miséricordieux et compatir avec toutes ces brebis égarées parties faire le Jihad: «Le djihad armé fait partie des moyens de légitime défense pour un musulman.» Il se rêve parfois aussi en bâtisseur: «La capitale de la Suisse n’a toujours pas de vraie et belle mosquée et c’est dommage.»

Enfin frère Nicolas est un ami de la tradition, la vraie, la grande. Ainsi, à la question que lui pose Le Temps -«Que dites-vous à un musulman qui souhaite épouser plusieurs femmes?», il répond, pas embêté pour un sou: «Qu’il le fasse et qu’Allah bénisse son prochain mariage.»

Et c’est cet homme-là qu’on arrête pas d’embêter, ce chantre d’un islam de paix ou plutôt comme il dit d’un «islam du centre», – pourquoi pas? Il existe bien une Union démocratique du Centre. Dernière vexation en date: il rêvait de posséder un pistolet SIG Sauer P226, calibre 9 mm, doté d’un magasin de 15 coups, pur produit du génie entrepreneurial suisse. C’est là que l’on reconnaît le patriotisme chevillé au corps du personnage.

Il faut dire que Nicolas Blancho se sentait menacé. Par qui? Les islamophobes enragés, et les sionistes cruels qui courent nos rues et battent nos campagnes, le couteau entre les dents, comme il est de notoriété publique?

Pourtant le Tribunal fédéral, sans doute aux ordres du Congrès juif mondial, de la CIA, du Vatican et du Männerchor de Steffisburg, a dit niet. Pas de pétoire pour Blancho. Nulle sulfateuse. Il a confirmé que la police cantonale bernoise avait bien fait de ne pas délivrer de port d’arme. Et donne raison aux différentes instances cantonales que Blancho avait sollicité pour contester le refus de la police. Et qui toutes avaient tenu le même langage: l’usage raisonnable d’une arme n’est pas du tout garantie de la part de quelqu’un qui ne reconnaît pas l’État de droit, ni les droits de l’homme et justifie la violence contre certaines instances ayant en commun d’être occidentales.

On mesure le degré de stigmatisation, l’ampleur de l’amalgame: interdire à nos salafistes, tous bons centristes, de prêcher l’arme au poing.