TECHNOPHILE

Air Force Toulouse

Le projet de train supersonique Hyperloop a choisi d’installer son nouveau centre de recherche dans la Ville rose. Un point de plus pour la métropole française, centre névralgique de l’industrie aéronautique et aérospatiale européenne.

L’année 2017 a commencé sur une note positive pour Toulouse. Fin janvier, la société californienne Hyperloop Transportation Technologies (HTT) annonçait l’implantation de son centre européen de recherche dans la ville française. L’entreprise qui travaille à la conception du moyen de transport futuriste imaginé par Elon Musk prévoit d’investir 37 millions d’euros et la création de 50 emplois directs.

Ce choix, un beau coup de projecteur pour Toulouse, n’est pas dû au hasard. La ville se positionne comme le centre névralgique de l’industrie aéronautique et aérospatiale européenne. «Il nous semblait tout naturel d’instaurer une présence ici, au milieu de nos partenaires, soulignait le CEO d’HTT Dirk Ahlborn. Le pool de talents dans la région nous permettra de recruter quelques-uns des meilleurs cerveaux», qui s’appliqueront à développer Hyperloop, sorte de train composé de capsules lévitant dans des tubes à basse pression pour atteindre une vitesse de 1’200 km/h.

De Saint-Exupéry à Galileo

La concentration d’acteurs de l’aéronautique et l’aérospatial dans la région remonte à la Première Guerre mondiale. Le gouvernement français charge alors l’entrepreneur Pierre-Georges Latécoère de développer des avions sur le site industriel de Montaudran, qui fabriquait auparavant des wagons. C’est sur ces prémices que naîtra dans les années 1920 l’Aéropostale et ses lignes vers l’Afrique puis l’Amérique latine, une aventure rendue célèbre par le pilote et écrivain Antoine de Saint-Exupéry.

L’avion supersonique Concorde, le géant du ciel A380, le système de géolocalisation européen Galileo ou encore l’atterrisseur spatial Philae… Toulouse a joué un rôle central dans tous ces projets prestigieux. C’est là qu’est installé le siège du constructeur aéronautique Airbus, qui y emploie 27’000 personnes. On y trouve d’autres poids lourds du secteur, comme Thales Alenia Space. En tout, l’aéronautique regroupe 700 entreprises et 85’000 employés, tandis que le spatial réunit 400 sociétés et 12’000 salariés.

Toulouse compte aussi d’importants centres de recherche – Centre national d’études spatiales, Centre français de recherche aérospatiale, Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes du CNRS – et, avec 130’000 étudiants, elle peut se targuer d’être la deuxième ville universitaire de France après Paris. En été 2018, la ville accueillera l’EuroScience Open Forum, la plus grande rencontre interdisciplinaire sur la science d’Europe. Il réunira plus de 4000 délégués de 80 pays et 35’000 participants. Toulouse a par ailleurs vu naître de nombreuses start-up ces dernières années, notamment dans les domaines de la mobilité, des drones ou encore de l’internet des objets (lire ci-dessous).

Renaissance

Aujourd’hui, c’est toujours en lien avec les industries de l’espace et de l’aviation que se manifeste le dynamisme de la ville. La zone de la piste historique de Montaudran, laissée en friche depuis le départ des activités de maintenance d’Air France dans les années 1990, change totalement de visage. Un nouveau quartier appelé «Toulouse Aerospace» est en train de sortir de terre. Il comprendra notamment un «pôle d’innovation» dédié à l’aéronautique, au spatial et aux systèmes embarqués.

«L’idée est de réunir dans un même lieu des chercheurs, des étudiants, des entreprises et des start-up pour connecter tous les acteurs de l’écosystème, explique Emilion Esnault, le maire de Montaudran, lui-même ingénieur de formation. Mais ce sera aussi un lieu de vie, avec des logements, des projets culturels, un jardin public et des équipements sportifs. A terme, la zone accueillera 7000 actifs et 3000 habitants.»

Le quartier mise sur l’innovation «made in Toulouse» jusque dans son éclairage public, avec une technologie développée par la start-up locale Kawantech. Des capteurs en réseau installés sur chaque lampadaire analysent les objets qui se déplacent dans la rue. Ils communiquent entre eux pour adapter la puissance de la luminosité en fonction de ce qu’ils discernent, voiture, piéton, ou simple mouvement de branche. «Cela nous permet de réaliser 75% d’économies d’énergie par rapport à un éclairage LED traditionnel», souligne Emilion Esnault.

Le défi des matériaux

L’Institut de recherche technologique Saint-Exupéry, né il y a quatre ans d’un partenariat public-privé, rejoindra prochainement Toulouse Aerospace. Là aussi, l’importance des liens entre recherche et industrie est mise en avant. «Nous rassemblons 250 personnes issues de l’industrie – des employés de groupes comme Airbus ou Safran qui sont détachés en général pour trois ans – et des acteurs du monde de la recherche, explique le directeur Ariel Sirat. Une cinquantaine de doctorants et de post-doctorants, chacun encadré par deux scientifiques, travaillent actuellement chez nous.»

Dans le domaine de l’aéronautique, un des principaux défis concerne les matériaux. «Nous nous penchons sur la problématique de la réduction du poids et des coûts de fabrication, mais aussi sur la question de la fonctionnalisation des matériaux, indique Ariel Sirat. Un de nos projets concerne par exemple la réduction de la température de fusion pour les matériaux thermodurcissables et thermoplastiques, des composites fréquemment utilisés dans l’aéronautique, un autre le traitement des surfaces, avec la mise au point d’un robot de peinture pour surface courbe adapté au fuselage des avions.»

Des étiquettes de géolocalisation

L’accélérateur Airbus BizLab, créé par Airbus en 2015, constitue une autre pièce de l’écosystème d’innovation toulousain. La structure accueille des employés du groupe et des start-up du monde entier. «L’objectif était de redonner le goût du risque à nos collaborateurs, mais aussi de bénéficier des compétences et de la créativité de jeunes entrepreneurs de l’extérieur, raconte le directeur Bruno Gutierres. Ce mélange permet aux ‹start-upers› de mieux comprendre les exigences de l’industrie et aux employés d’Airbus de vivre une vraie expérience d’entrepreneur. L’aéronautique, la structure des avions, ce n’est pas le terrain de jeu des start-up. Nous accueillons plutôt des projets dans les services ou le digital.» Peu après celui de Toulouse, deux autres Airbus BizLab ont vu le jour, à Hambourg et à Bangalore.

Pour Airbus, l’expérience semble concluante. Bruno Gutierres cite Uwinloc, qui a participé à la première saison du programme, et a depuis signé un contrat avec le groupe. La start-up toulousaine a développé une technologie lowcost de géolocalisation indoor. Sa spécificité est de fonctionner avec des étiquettes connectées qui ne nécessitent pas de batterie. «Le dispositif est précis à 30 centimètre et peut s’appliquer à des objets très petits, souligne Bruno Gutierres. Il permet de tracer des pièces détachées et de les localiser rapidement, même dans un hangar immense. Un gain de temps important!»

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Données

118,3
En km², la superficie de la ville

1,3
En million, le nombre d’habitants de l’air urbaine toulousaine

130’000
Nombre d’étudiants

635
Avions livrés depuis Toulouse en 2015

10’000
Chercheurs

2238
Heures de soleil par an

95
Laboratoires de recherche publique

42 × 28 × 5
Dimensions (en cm) des briques de terre cuite ayant donné son surnom à la «Ville rose»

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A la pointe de l’IOT

Parmi les start-up toulousaines, Sigfox est incontestablement la plus éclatante réussite de ces dernières années. L’entreprise fondée en 2010 est spécialisée dans l’internet des objets. Sa technologie mise sur une connexion bas débit peu coûteuse et peu gourmande en énergie. Elle se spécialise ainsi dans les objets qui ne doivent envoyer que des informations de petite taille, comme une annonce de panne ou une température. Le réseau de Sigfox compte plus de 10 millions d’objets dans 32 pays. Et l’entreprise ne cache pas ses ambitions. En novembre dernier, elle a réalisé une levée de fonds de 150 millions d’euros – la plus importante en France pour l’année 2016 – et vise une présence dans 60 pays en 2018.

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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 13).

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