LATITUDES

Les séjours linguistiques ne séduisent pas seulement les jeunes

Les plus de 30 ans plébiscitent les séjours linguistiques à l’étranger, qui leur apportent une plus-value sur le marché du travail. Certaines écoles proposent même des cours réservés à ces nouveaux élèves.

Depuis peu, les plus de 30 ans représentent plus du tiers des participants à des voyages linguistiques, selon l’Association suisse des organisateurs de séjours linguistiques (SALTA). Conséquence: les programmes qui visent cette nouvelle clientèle sont à la mode. «De telles offres n’existaient pas il y a dix ans, indique Claudio Cesarano, président de cette organisation faîtière qui regroupe près de 90% des écoles de langues et voyagistes suisses. Actuellement, une vingtaine d’établissements dans le monde les proposent.» Les enseignements spécifiques — dont font partie les cours «30+» — ont progressé de 9% rien que sur l’année 2015.

Boa Lingua, qui organise des séjours linguistiques à l’étranger, fait un constat similaire: «Depuis 5 ans, le segment des plus de 30 ans affiche une croissance deux fois plus importante que celui des plus jeunes», détaille Jessica Monnet, directrice pour la Suisse romande. Pour répondre à cette demande grandissante, le voyagiste a décidé de collaborer avec deux nouvelles écoles de langues du groupe EC qui proposent des séjours réservés au plus de 30 ans. En Suisse romande, les agences Pro Linguis, Globo-study, ou encore ESL offrent également de tels services. L’école EF a décidé de faire de même, mais pour les plus de 25 ans. «L’apprentissage d’une langue en compagnie de personnes du même âge favorise la motivation et facilite les contacts, poursuit Jessica Monnet. Les étudiants plus matures souhaitent pouvoir échanger avec des personnes qui partagent leurs centres d’intérêts.»

Comme dans des écoles de langues «classiques», les établissements «30+» proposent différents choix de formules, tels que des cours en groupe à la journée ou des leçons individuelles. L’offre la plus répandue reste cependant la combinaison entre les cours le matin et les activités culturelles l’après-midi (visites de musées, excursions, etc.). A prestation égale, les tarifs pour les plus de 30 ans sont identiques à ceux pour les plus jeunes. Comptez entre 800 et 2000 francs, en fonction du prestataire choisi, pour deux semaines de cours à 20 périodes d’enseignement par semaine, hébergement en famille d’accueil compris. Dans ces classes spécialisées, l’apprentissage de la langue est par contre adapté à l’âge. Il ne s’agit pas de préparer un examen: on y développe des compétences professionnelles. L’objectif est d’apprendre du vocabulaire commercial, de pouvoir suivre une conférence, ou encore d’échanger de façon plus spontanée avec des collègues étrangers.

Pour trouver un job

Judith, 50 ans, est partie deux fois à Londres pour «rafraichir» son anglais. La crainte d’un décalage social entre elle et de plus jeunes élèves l’a poussé à suivre un programme réservé aux plus de 30 ans: «J’avais peur de me retrouver dans une classe sans avoir de réels points d’accroche avec les gens», avoue-t-elle. Tout comme elle, ses camarades de classes étaient salariés et avaient dû prendre des vacances pour partir en séjour linguistique. Les plus de 30 ans partent la plupart du temps moins d’un mois, tandis que les jeunes s’offrent des voyages plus longs. Le premier séjour de Judith a duré deux semaines, le second trois. «Le peu de temps disponible pousse les gens à être très impliqués et faire des efforts pour parler leur langue maternelle le moins possible.»

La plus-value qu’apportent les séjours linguistiques au niveau professionnel explique en grande partie l’engouement de la clientèle plus âgée. «C’est un critère d’employabilité de plus en plus important, constate Grégoire Evequoz, directeur de l’office genevois pour l’orientation, la formation professionnelle et continue. Aujourd’hui, les salariés changent plus facilement de travail ou de fonction au sein d’une entreprise. Cela nécessite une adaptation des compétences, notamment linguistiques.» Grégoire Evequoz évoque notamment l’allemand, qui donne parfois accès à des formations professionnelles supérieures qui n’existent pas en français.

L’anglais n’en est pour autant pas moins important. Selon SALTA, deux tiers des séjours linguistiques des Suisses ont pour destination un pays anglophone. Edouard Frey, un Genevois de 52 ans, est parti six mois à Vancouver, au Canada, en 2010. Son but: atteindre un niveau d’anglais assez élevé pour travailler à l’étranger. «Les cours du soir suffisent pour se débrouiller pendant les vacances. Mais si l’on veut aller plus loin, rien de tel qu’un séjour en immersion.» En 2011, il décide de repartir pour trois mois, cette fois à Bournemouth, en Angleterre. Cette dernière expérience lui permet de décrocher en 2012 un contrat d’un an au Soudan du Sud pour le CICR en tant qu’ingénieur. «Sans ces neuf mois, je n’aurais jamais eu ce poste.»
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Une version de cet article est parue dans le magazine L’Hebdo.