LATITUDES

Quand Instagram sert de psy

Le réseau social est devenu un lieu privilégié des jeunes pour parler de leurs troubles anxio-dépressifs.

En Suisse, le risque d’être atteint d’un état dépressif au moins une fois dans sa vie est de presque 17%. Même si beaucoup de personnes ont du mal à parler de leur dépression – ou simplement de leurs angoisses et de leurs phobies –, le sujet est de plus en plus traité par des jeunes adultes sur le réseau social Instagram. Dans la plupart des cas, ils sont illustrateurs, photographes ou graphistes et leurs comptes rassemblent des milliers de followers. Par le biais de dessins ironiques ou de motifs décalés, ils réussissent à digérer leurs souffrances de manière ludique et à aider ainsi d’autres personnes qui connaissent les mêmes problèmes.

Pourquoi ce phénomène se produit-il sur Instagram plutôt que sur un autre réseau social? «Grâce au focus sur les images de cette plateforme digitale, ces artistes créent un univers décalé où la souffrance mentale est transformée ou même caricaturée, estime le Prof. Yasser Khazaal, médecin-chef au Service de médecine des addictions du CHUV. Elles permettent de se détacher de la maladie ou de la souffrance et de libérer ainsi la parole.» Sélection de trois de ces comptes visibles sur Instagram.

Montrer la vulnérabilité  au quotidien

La photographe américaine Alison Crouse se prend en photo, allongée dans l’espace public, souvent dans des scènes comiques, voire absurdes. Intitulé «Devastation Portraits», le projet montre des moments de désespoir au quotidien. «La société ne sait pas comment réagir à la vulnérabilité qu’un individu peut ressentir. Avec mes photos, je veux montrer que de tels états d’âme peuvent survenir n’importe où et toucher n’importe qui», explique la photographe. Débutée en 2018 à la suite d’une période difficile sur le plan mental, la série contient environ 200 clichés.

Libérer la parole

L’artiste américaine Maureen Marzi Wilson traite de ses anxiétés quotidiennes en créant des petites bandes dessinées, appelées «Introvert Doodles». Selon elle, en parler sur Instagram déstigmatise ce genre de trouble mental: «Grâce à cette communauté sur le réseau social, beaucoup de personnes se sentent moins gênées de demander de l’aide professionnelle si elles souffrent mentalement.» Ce projet lui a également permis de publier trois livres.

La force du ridicule

L’illustrateur français Théo Grosjean a créé l’histoire de «L’Homme le plus flippé du monde»: «L’idée est née du besoin de prendre du recul par rapport à mes angoisses, mais également après avoir constaté que même si l’anxiété avait quelque chose de tragique, elle était aussi vecteur de situations particulièrement drôles et ridicules.»

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Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 19).

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