KAPITAL

Ces idées de business qui fonctionnent à l’étranger

Tout succès entrepreneurial repose avant tout sur une bonne idée. Voici une sélection de concepts inspirants qui ont fait leurs preuves à l’étranger. Deuxième volet des «50 idées de business à lancer en 2018».

«Les bons artistes copient, mais les grands artistes volent», disait Steve Jobs dans une interview pour «Triumph of the Nerds» un documentaire consacré au développement de l’ordinateur personnel. Pour autant, est-ce que s’inspirer d’une idée à l’étranger est toujours une méthode valable? «C’est une stratégie qui fait ses preuves, Google, Amazon, Facebook, Apple mais aussi Coop, Rolex, UBS ne sont pas les premiers arrivés sur leur secteur et pour autant, ils sont leaders sur leur marché, analyse Maxime Pallain, cofondateur et directeur suisse de la plateforme d’investissement en ligne Raizers. Ils se sont tous inspirés d’autres, à un moment donné, mais ils ont aussi innové pour les dépasser. Je rencontre très souvent des entrepreneurs qui me disent que «leur concept n’a jamais été fait», mais quasiment à chaque fois on peut trouver des contre-exemples. Il ne faut jamais imaginer que vous êtes la première personne sur 7 milliards à avoir eu telle ou telle idée. A moins d’être un ingénieur pointu sur une niche très précise, Il vaut mieux prendre ce qui fonctionne ailleurs et le refaire ‘en mieux’ si possible, ou au moins en aussi bien. Un des plus gros risques concerne les différences culturelles, car nous ne sommes ni aux Etats-Unis ni en Chine.»

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MARKETING

Uber pour les annonceurs
Afficher des publicités sur votre véhicule privé, en échange d’une rémunération qui peut atteindre 500 dollars par mois: c’est le business model de l’américain Wrapify ou de l’indonésienne Sticar. Mais contrairement aux précédentes offres de ce type, ces start-ups proposent aussi un suivi en temps réel via une application. Les annonceurs peuvent ainsi suivre l’itinéraire de chaque voiture, le kilométrage, tandis que les conducteurs de véhicule reçoivent en temps réel la somme générée par leurs déplacements.

Maxime Pallain, cofondateur et directeur suisse de la plateforme d’investissement en ligne Raizers: «Aux Etats-Unis, cela fonctionne parce qu’ils ont une culture de la consommation et donc de la pub très différente. La première chose que je ferais, c’est d’aller réaliser des sondages dans la rue, pour vérifier si le public suisse est prêt à faire voiture sandwich. Ensuite, je demanderais aux annonceurs potentiels ce qu’ils pensent d’un tel projet. Des questions d’images sont en jeu: imaginez qu’une de ces voitures provoque un accident couvert par les médias. Cela peut faire nuire à la marque? Il y a donc une vraie étude de marché à réaliser pour un tel projet, du côté des annonceurs, des propriétaires de voitures et des personnes visées par ce service sur leur perception.»

Publicités géolocalisées pour petits commerçants
Aux Etats-Unis, la société Rainlocal propose un intéressant système de placements de publicités géolocalisées pour les petits commerces de quartier. L’idée consiste à placer des annonces sur des milliers d’applications et de sites que les gens utilisent dans leur vie de tous les jours, lorsque ces derniers se trouvent à proximité du commerce en question.

Raphael H Cohen, directeur académique de la spécialisation en Entrepreneurial Leadership du eMBA de l’Université de Genève: «Il est certain que la géolocalisation de beaucoup de prestations va jouer un rôle de plus en plus important dans les années à venir. Il faut relever cependant que sa mise en œuvre peut se révéler plus compliquée pour un petit commerce. Le service de placement de ces publicités doit trouver suffisamment de commerçants prêts à jouer le jeu, ce qui représente un gros effort commercial. Par conséquent, afin de maximiser ses chances de réussite, il faut disposer de moyens financiers et économiques suffisants pour se lancer.»

Des agences de conseil en crowdfunding
En France, des sociétés comme Naoxica ou Happy Crowdfunding se sont lancées dans le conseil en crowdfunding. Leur travail consiste à aider la clientèle à créer une communauté de contributeurs afin de maximiser la réussite d’un projet, notamment à travers du webmarketing, mais aussi des actions et des campagnes sur le terrain. Ceci sans négliger l’entretien des relations avec les financeurs, qui sont autant de clients, prescripteurs ou partenaires potentiels.

Raphael H Cohen: «La viabilité de ce type de projet dépendra avant tout de l’évolution de la mode du crowdfunding. Pour un entrepreneur qui souhaiterait se lancer en Suisse, où le volume de crowdfunding reste encore assez modeste, il faut bien soigner sa présentation en ligne afin de séduire des internautes de plus en plus sollicités. Pour se démarquer et bien construire son offre, je recommande en outre l’appui de professionnels du marketing. Une telle spécialisation pourrait également être lancée directement par une agence de communication.»

Récompenser les influenceurs
Basée à New York et Dublin, la société Popdeem a choisi de récompenser les influenceurs et les consommateurs qui promeuvent l’image d’une marque sur les réseaux sociaux par le biais d’offres spéciales ou de coupons de réductions. Le but étant de générer un maximum de bouche à oreille, tout en pouvant mesurer concrètement les retombées aussi bien sur Facebook, que sur Twitter ou Instagram.

Raphael H Cohen: «Pour que l’avis d’un client reste convainquant, ce dernier doit recommander une prestation de la manière la plus authentique possible. Pour que le système fonctionne, il faut donc que la rémunération du prescripteur reste secrète. Et bien sûr, comme pour beaucoup d’activités sur internet, un des plus grands défis consiste à créer la visibilité requise pour atteindre une taille critique suffisante: la meilleure des idées peut capoter si elle ne dispose pas des moyens d’atteindre suffisamment de clients.»

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TRAVAILLEURS INDÉPENDANTS

Airbnb pour les travailleurs indépendants
Travailler depuis la maison a ses avantages, mais n’offre pas toujours pas la même productivité. Les espaces de coworking sont une alternative, mais qui peut s’avérer couteuse. La plateforme suédoise Hoffice a développé une plateforme de réservation qui connecte les travailleurs indépendants entre eux. On peut ainsi réserver une place chez un autre freelance proposant son appartement pour une journée de travail ou quelques heures.

Michel de Marsano, collaborateur scientifique à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne et Business developer: «On voit que la demande de bureaux indépendants est en augmentation. C’est donc une bonne idée pour compléter l’offre en la matière. D’autant plus que les espaces de coworking ne conviennent pas à tout le monde. Cela peut également créer des synergies ou des liens plus forts que dans les structures existantes, ou encore permettre à un freelance de rentabiliser du matériel coûteux, comme une imprimante 3D.»

Une plateforme de services pour freelancers
La start-up américaine AND CO a conçu une plateforme destinée à améliorer la productivité des travailleurs indépendants. Grâce à des technologies intelligentes et le suivi d’experts, l’entreprise s’occupe notamment de la facturation, du suivi des dépenses ou de la gestion d’écrits administratifs. Le site promet à ses utilisateurs une meilleure compréhension de leurs objectifs et une analyse de l’impact de leurs mandats.

Joseph Ayuso, coach business au sein de l’association Fri Up: «La gestion de l’envoi de factures et leur suivi peut être une offre intéressante pour un indépendant. «Cela dépend toutefois du prix et de de la manière dont le suivi est communiqué et respectivement pris en charge par l’entreprise qui fournit le service. Je dirais donc «pourquoi pas», mais cela dépend du prix en comparaison avec les fiduciaires, de l’offre détaillée et de l’expérience client.»

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SENIORS

Plateforme de rencontre pour seniors
Une personne de plus de 65 ans sur trois se sent seule, selon Pro Senectute. Pour pallier l’isolement, une start-up américaine a développé une application qui met en relation les personnes âgées qui vivent proches l’une de l’autre. Stitch n’est pas réservée aux seuls seniors souhaitant trouver l’amour. On peut aussi participer aux activités du groupe local – telles que des dégustations de vin –, organiser des voyages ou simplement parler au téléphone. L’app propose également un abonnement payant ainsi qu’un service d’assistance par téléphone, un détail qui fait la différence auprès des aînés.

Mauro Cherubini, professeur à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne: «Cette solution répond à un réel besoin de société, car beaucoup de personnes âgées souffrent de solitude. L’innovation principale réside dans le fait d’allier plateforme de rencontres amoureuses et organisation d’activités, alors que la plupart des sites de ce genre sont basés sur le sexe. Le succès d’une telle solution ne va pourtant pas de soi: une grande partie des seniors n’est pas encore familiarisée avec les nouvelles technologies et ne les perçoit pas d’un bon œil.»

Une app pour suivre à distance son proche âgé
Surveiller le bien-être des personnes âgées dans leur propre maison et leur permettre de vivre de façon indépendante plus longtemps. C’est ce qui vise la société australienne Curo. Des senseurs sont placés dans les logements des clients. Ils collectent des informations telles que leur façon de se déplacer, l’heure à laquelle ils prennent leurs médicaments et s’alimentent ou encore la qualité de leur sommeil. Les données sont ensuite analysées puis transmises aux personnes concernées (famille, personnel soignant ou assurance) via une application pour smartphone. Celle-ci envoie des alertes lorsqu’un client tombe ou interrompt sa routine.

Mauro Cherubini: «Pour qu’elle puisse toucher le plus de monde, il faudrait pouvoir personnaliser le traitement technologique. Cela requiert sans doute davantage de gestion des utilisateurs et est plus compliqué à mettre en place. Il faut aussi éviter de tomber dans un écueil du type ‘big brother’ avec ce type de projet.»

Système de mise en relation aînés et personnel qualifié
La start-up britannique Cera assure des soins à domicile aux personnes vulnérables. Les seniors – ou leur famille – qui nécessitent du soutien s’inscrivent à un service en ligne. Ils indiquent leurs besoins particuliers et accèdent ensuite à une liste de prestataires de soins en adéquation à leurs attentes. Il est possible de réserver des soins urgents comme des soins à long terme. La plateforme, accessible sur tous les dispositifs intelligents, permet également aux membres de la famille de recevoir des nouvelles et d’envoyer des messages au personnel soignant. Cera a récemment lancé un service en partenariat avec Uber ainsi qu’un assistant basé sur l’intelligence artificielle. Le système a été conçu pour répondre à n’importe quelle question que les patients ou les prestataires de soins pourraient avoir, via la plateforme ou par SMS.

Mauro Cherubini: «Cette proposition me semble claire et simple à mettre en œuvre. Elle est en outre applicable à une multitude de situations. Elle nécessite par contre une acceptation par le patient de son statut de ‘personne ayant besoin d’aide’. Dans ce contexte, il peut se révéler difficile de communiquer avec des solutions technologiques.»

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BUSINESS-TO-BUSINESS

Stations-services mobiles
Après les fleurs, les courses et les repas, c’est au tour du carburant d’entrer dans l’ère de la livraison à domicile ou sur le lieu de travail. La start-up française Pomp, créée à Paris en 2015, se déplace directement auprès des véhicules de particuliers, mais surtout d’entreprises, pour les ravitailler à l’aide de mini camions-citernes. Le service, effectué par des pompistes certifiés, peut être commandé simplement via une app. L’entreprise s’approvisionne en gros, ce qui lui permet de facturer un prix au litre qui correspond à la moyenne de celui des stations-services de la zone où se trouve le client.

Pascal Bourgier, coach en création d’entreprise au sein de l’association de soutien aux start-ups Genilem: «C’est un projet innovant et très intéressant, particulièrement pour les flottes de véhicules d’entreprises. Il me semble pertinent pour la Suisse, qui compte un nombre élevé de véhicules de fonction. Reproduire le modèle en Suisse risque toutefois de soulever des questions de sécurité et d’autorisations, en raison de la nature dangereuse du carburant. Je pense notamment au transport dans des zones telles que les vieilles-villes.»

Organiser des voyages d’affaires via une plateforme dédiée
En Angleterre, la société Roomex se présente comme l’une des plateformes leader dans le domaine de la réservation d’hôtels pour des voyages d’affaires. Elle revendique un accès sécurisé à plus de 650’000 établissements hôteliers dans les principales destinations d’affaires du monde. Une spécialisation qui permet d’engranger des économies conséquentes (de l’ordre de 20%) sur les réservations d’hôtels, grâce notamment aux taux préférentiels obtenus.

Pascal Bourgier: «Pour les grosses entreprises ayant un budget important, il s’agit sans doute d’une bonne alternative au recrutement d’une personne dédiée à cette activité. Par ailleurs, cela permet de rendre le salarié davantage acteur de son voyage et de se projeter dans l’hôtel dans lequel il souhaite aller en fonction de ses propres besoins.» Selon l’expert, il n’y a pas de raisons qu’une telle offre n’intéresse pas les entreprises helvétiques. A condition, toutefois, de ne pas négliger la notion de service, «très importante dans ce petit pays qui privilégie la qualité à la stricte économie financière».

Une plateforme de privatisation de lieux à la demande
En France, la société Privateaser propose de rechercher, sélectionner et réserver des bars, des salles ou des restaurants dans le cadre d’événements d’entreprise, d’anniversaires, d’afterworks, de mariages ou de lancements de produits. Une offre qui semble avoir trouvé sa clientèle: à ce jour, plus de 600’000 particuliers et 2’800 entreprises ont recouru à ce service.

Pascal Bourgier: «La privatisation est un excellent moyen de satisfaire des clients exigeants. Mais attention, en Suisse, il n’est pas très fréquent de privatiser un lieu entier pour le plaisir d’un seul client ou d’une organisation. On peut se heurter à une problématique purement culturelle.» Dès lors, il pourrait être intéressant de se contenter d’une salle dans un lieu public spécialement prévue à cet effet. Et ne pas oublier de veiller à la gestion du nettoyage, de la sécurité et des assurances.

Un service de livraison pour commerces de proximité
Bon nombre de commerces de proximité sont trop petits pour posséder leur propre service de livraison. C’est la lacune que veut combler la start-up française MoneyTime. Cette dernière permet, via une application dédiée, de rendre les commerces d’une ville accessibles au plus grand nombre, qu’il s’agisse d’une librairie ayant une sélection de livres introuvables ou d’une boulangerie située dans un autre quartier, mais qui réalise les meilleurs croissants.

Cyril Déléaval, coach en création d’entreprise au sein de l’association de soutien aux start-ups Genilem: «Il existe un véritable enjeu en matière de logistique et cela peut vite devenir un incroyable casse-tête. L’externalisation d’une fonction aussi importante est incontestablement une belle idée. Il faut cependant veiller à ce que la technologie reste suffisamment facile d’utilisation pour le commerçant. On doit aussi se montrer capable de former ce dernier et changer les mentalités, notamment en ce qui concerne les bienfaits d’une stratégie multicanaux.»

Une plateforme dédiée à la location de matériel agricole
La société française Wefarmup propose une plateforme de location originale, consacrée au matériel agricole. Cela peut concerner un tracteur, des outils de manutention, un semoir ou même un pulvérisateur. La recherche, la réservation et le paiement de l’outil désiré se fait directement en ligne. Le propriétaire reçoit une notification par email et peut alors accepter ou refuser la demande de location.

Cyril Déléaval: «Comme pour toutes les activités nécessitant des investissements de départ importants, la location est souvent une bonne alternative. Surtout dans le monde agricole, où il n’est pas rare de mutualiser les moyens pour mener à bien des gros travaux.» L’expert relève cependant qu’il existe des cas où l’endettement peut être bénéfique. A noter aussi l’importance de veiller à la disponibilité du matériel: les besoins peuvent être les mêmes et en même temps pour les agriculteurs (par exemple dans le cas d’une moissonneuse).

Un service de poids-lourds à la demande
La société américaine Convoy s’est inspiré du modèle Uber pour le transposer à celui des poids-lourds. Elle affirme avoir réussi à développer l’un des plus grands réseaux de camions fiables au monde. Avec, en prime, un suivi GPS en temps réel sur tous les envois permettant d’apporter diverses améliorations à la chaîne d’approvisionnement de la clientèle.

Pascal Bourgier: «C’est une idée qui mérite d’être explorée en Suisse, d’autant qu’une grande partie du transport s’y fait aujourd’hui par le train. Un élément reste cependant incontournable: dans un marché d’excellence comme le marché suisse, il est impératif de fournir une qualité irréprochable en matière de logistique, notamment en ce qui concerne les rapports de confiance, mais aussi de respect des délais et des standards internationaux (à l’image de ce que réalisent des sociétés comme DHL, Fedex, DPD ou la Poste).»

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BUSINESS-TO-CONSUMER

Déneigement et ramassage de feuilles à la demande
C’est en 2014 que l’entreprise américaine Plowz & Mowz a lancé son service de déneigement à la demande, via une app, dans l’Etat de New York. Elle a depuis levé des fonds, séduit les médias nationaux et étendu ses activités à la tonte de pelouse et au ramassage de feuilles. Cette expansion se traduit également sur le plan géographique, par une présence dans une dizaine d’Etats du pays. Plowz & Mowz collabore avec un réseau de jardiniers professionnels. La prise de rendez-vous, le devis et le paiement passent par son application. Et, petit plus, le client reçoit une photo de son jardin une fois le travail effectué.

Pascal Bourgier: En Suisse, où la météo hivernale est plus clémente qu’aux Etats-Unis, c’est davantage sur le jardinage que sur le déneigement qu’il faudrait miser. Une initiative de ce type pourra trouver son public. «Surtout si elle permet aux propriétaires de jardins d’éviter le travail au noir, encore très répandu pour ces services, et d’engager facilement des personnes assurées et déclarées. La demande existe, et cette dimension sociale pourrait jouer un rôle porteur.»

Pompes funèbres en ligne
En France, la start-up AdVitam propose de faciliter l’organisation d’obsèques grâce à un service de pompes funèbres en ligne. La jeune entreprise met l’accent sur la liberté de choix, sans la pression d’un vendeur, et la transparence des prix. Sur la base de souhaits formulés via le site ou par téléphone, elle s’occupe de toutes les démarches administratives et de la cérémonie. Autre innovation: elle se charge de la fermeture des comptes et abonnements du défunt, notamment sur les réseaux sociaux.

Pascal Bourgier: «Tout ce qui touche aux comptes sur les réseaux sociaux après un décès me semble particulièrement pertinent.» Aux Etats-Unis, il existe des services pour continuer à faire vivre les profils des défunts. Dans la même veine, l’entreprise Quiring Monuments, à Seattle, propose même des pierres tombales munies d’un code QR, qui donne accès à une biographie de la personne décédée. «En Suisse, il existe indéniablement un marché autour du deuil et des obsèques dans lequel les start-ups peuvent trouver leur place.»

Planification financière pour la Génération Y
Tout le monde, quel que soit son revenu, devrait avoir accès à du conseil de qualité pour savoir comment gérer son argent. C’est sur la base de cette conviction que l’Américaine Ramona Ortega a créé sa start-up Mi Dinero Mi Futuro. Il s’agit d’une plateforme en ligne de conseil et de planification financière pour les Milléniaux, la génération née entre 1980 et 2000, connue aussi en français sous l’appellation «Génération Y». La jeune pousse fintech comporte également une dimension sociale: elle cible spécifiquement les communautés moins favorisée issues de l’immigration d’Amérique latine. Une idée dont on pourrait s’inspirer en Suisse?

Pascal Bourgier: «Oui à 200%. C’est un concept intéressant car il vise un public négligé par les banques. Il faut toutefois être conscient que le Millenial suisse est longtemps pris en charge par sa famille. En cela, il ne ressemble pas beaucoup à celui d’Amérique latine ou des Etats-Unis. Ses préoccupations ne sont pas les mêmes.» Reste donc à inventer le business model qui correspond aux spécificités locales.

Conciergerie pour femmes enceintes
L’entreprise américaine Bed Rest Concierge, basée à Dallas, propose des services en lien avec la grossesse et l’arrivée d’un enfant: création et envoi de liste de naissance et de faire-part, organisation de baby-shower, installation de la chambre du bébé, achat des accessoires et vêtements nécessaires. Présente dans tout le pays, la société fondée en 2011 continue de suivre les familles lorsque les enfants grandissent, par exemple en sécurisant le logement, en organisant une solution de garde ou en assurant la livraison de couches ou un service de lessive écologique.

Pascal Bourgier: «Même si l’offre dans le créneau de la conciergerie est déjà plutôt développée en Suisse, il y a de la place pour davantage de monde, surtout pour des services sur-mesure qui s’adaptent aux besoins d’une clientèle très aisée et d’expatriés.»

App de livraison de médicaments
Les applications de livraison de médicaments s’imposent dans de nombreux pays. C’est le cas de RemedioCerto au Brésil, qui cible le marché des contraceptifs, de NowRx et Zipdrug aux Etats-Unis, ou encore de Pharma Express en France. Par rapport aux services de livraison des pharmacies traditionnelles, ces apps se distinguent par leur facilité d’utilisation et de paiement, mais aussi par la possibilité d’être livré rapidement à tout moment. En France, la start-up Pharma Express assure une livraison en moins d’une heure de jour comme de nuit. Elle a par ailleurs développé un système d’ordonnance numérique et conclu un partenariat avec SOS Médecins.

Pascal Bourgier: «Ces évolutions vont dans le bon sens. Pour la Suisse, il s’agit d’une idée intéressante dans la mesure où la tendance est au développement de consultations médicales à distance.» Mettre en place une activité de ce type soulève toutefois des questions juridiques et de réglementations.

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ECONOMIE COLLABORATIVE

Expositions d’art à domicile
En France, la start-up «Les Expos à la Maison» met en relation des artistes qui souhaitent montrer leurs œuvres et des particuliers qui veulent organiser une soirée ou un événement original chez eux. Ces expositions ne sont pas réservées à un public aisé ou aux propriétaires de grands appartements et peuvent se déployer à partir de 30 m2. Le service est gratuit pour l’artiste et pour l’hôte. L’entreprise se finance en prélevant un pourcentage des ventes. Présente en Belgique et en France, la start-up Artzup a lancé un concept similaire fin 2016. Une différence toutefois: le client paie l’artiste pour l’exposition, un montant généralement compris entre 200 et 600 euros. Artzup empoche une commission sur cette somme, ainsi que sur les ventes. Elle propose également une offre pour les entreprises.

Pascal Bourgier: «Ce concept est intéressant mais de nombreux artistes procèdent déjà ainsi pour se faire connaître. Aujourd’hui, cela se fait sans formalisation, grâce au bouche-à-oreille. La question est de savoir s’il y a de la place pour un intermédiaire.»

Location d’espaces de stockage entre particuliers
Logements plus exigus que par le passé, déménagements plus fréquents, nouvelles constellations familiales… Les Suisses ne savent plus où ranger leurs affaires. Cette tendance a contribué à l’essor du self-stockage à bas prix (des box d’entreposage à partir de 1 m2), qui s’est envolé depuis le début des années 2000. Avec l’avènement de l’économie collaborative, un nouveau concept se développe à l’étranger dans ce créneau: la location d’espace de stockage entre particuliers. En Australie, la start-up Spacer se décrit comme l’Airbnb de l’entreposage. Fondée en 2015, elle compte déjà près de 20 employés et son site regroupe 20’000 personnes qui mettent des espaces à disposition, pour des prix en moyenne 50% moins chers que les solutions traditionnelles.

Pascal Bourgier: «Un tel projet pourrait être intéressant en Suisse. Il y a certainement une demande. En revanche, le défi consistera à trouver des offreurs. Les Suisses risquent de se montrer réticents à héberger les archives et les armoires de quelqu’un d’autre pour gagner quelques dizaines de francs.»

Un Airbnb pour les piscines
Le modèle Airbnb continue d’inspirer les entrepreneurs. En France, la start-up Swimmy, fondée en juillet 2016, a décidé d’appliquer le concept au domaine de la baignade. Sur sa plateforme en ligne, des propriétaires de piscine tout le pays proposent aux particuliers de venir se plonger dans leur bassin contre rémunération, à l’heure ou à la demi-journée. Mais aussi, selon les offres, de profiter du jardin, du barbecue ou encore d’un terrain de pétanque. L’idée est simple, la proposition séduisante. A-t-elle un potentiel en Suisse?

Pascal Bourgier: «J’ai certains doutes en raison de différences culturelles entre la France et la Suisse. La Suisse est un pays de lacs. Et de nombreuses communes disposent d’une piscine publique. De plus, je crains que les propriétaires de piscines ne soient prêts à la partager. Dans le pays de Calvin, il y a un petit côté ‘Vivons heureux, vivons cachés’ qui correspond moins à ce type de projets.»

Plateforme de livraison collaborative
La start-up française You2You a créé un service de livraison collaborative en septembre 2015. Il fait se rencontrer deux groupes: d’un côté, des commerçants et des entreprises qui cherchent à faire livrer leurs produits à leurs clients. De l’autre, des particuliers qui veulent arrondir leurs fins de mois ou rentabiliser leurs trajets quotidiens. Concrètement, le commerçant crée une demande de livraison en ligne et la soumet à la communauté des livreurs du site, qui regroupe plus de 35’000 personnes. Toujours via la plateforme, un livreur intéressé à proximité accepte la demande, vient récupérer le colis et l’amène à bon port. Il gagne en moyenne six euros par livraison. Le service est déjà présent dans cinq grandes villes et compte plus d’un millier de commerçants utilisateurs.

L’avis de Pascal Bourgier: «Il s’agit d’une proposition innovante. Mais je vois aussi une problématique d’offre pour étendre le modèle à la Suisse. Qui seront les livreurs? Gagner quelques francs par-ci par-là risque de ne pas être suffisamment incitatif.»

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RESSOURCES HUMAINES

Des sondages instantanés pour motiver les employés
Grâce à une application permettant aux entreprises d’effectuer des sondages ou d’obtenir des feedbacks instantanés de leurs collaborateurs, la société française Zest a mis sur pied un outil intéressant pour les responsables des ressources humaines. Capable de sonder l’humeur et de recueillir les idées les plus innovantes, le système vise à booster l’engagement du personnel, mais aussi à préparer les entretiens d’évaluation annuels ou de s’assurer que les employés comprennent les valeurs de l’entreprise.

Raphael H Cohen: «Les outils aidant les cadres à être plus en phase avec les attentes de leurs collaborateurs sont promis à un bel avenir, étant entendu que les relations de travail reposant sur l’autorité du chef sont manifestement condamnées. Reste à faire en sorte qu’un tel outil ne révèle pas de manière trop cruelle les carences de leadership des cadres.»

Recruter des experts grâce à des défis en ligne
Basée à Bangalore, en Inde, HackerEarth propose des solutions innovantes et ludiques en matière de recrutement et d’entraînement du personnel par le biais de défis en ligne. La start-up, qui compte parmi ses clients des groupes informatiques comme Adobe ou Symantec, a notamment mis sur pied une plateforme de programmation compétitive incluant plus d’une trentaine de langages de programmation.

Raphael H Cohen: «C’est une idée est intéressante, d’autant que les projets EdTech (l’éducation qui a recours aux solutions technologiques, ndlr) ont actuellement le vent en poupe. Proposer de relever des défis en ligne pour former les collaborateurs est un bon moyen de combiner EdTech et jeu pour enseigner ce qui doit l’être. La Suisse dispose de très bons atouts pour se positionner sur ce marché.»

Des récompenses pour améliorer la productivité
Etablie à Londres, la société Perkbox propose une plateforme originale de récompense des collaborateurs par le biais de coupons de réductions et autres offres spéciales. Cela concerne aussi bien le domaine du wellness (offres d’abonnement pour des salles de gym, repas sains, smoothies) que des invitations à des événements ou à des conférences diverses.

Cyril Déléaval: «L’incitation financière telle que pensée pour d’autres pays doit être ciblée au mieux pour répondre aux besoins spécifiques des salariés en Suisse, où le travail partiel est très développé, ce qui montre que les salaires sont en principe suffisants pour vivre. Davantage que des bénéfices financiers, je vois d’un bon œil toutes les mesures permettant d’améliorer concrètement le bien-être au travail, une préoccupation très forte du salarié en Suisse. C’est le cas, notamment, de ce qui relève de la santé des employés.»

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Cliquez ici pour la lire première partie de ce dossier

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Collaboration: Sophie Gaitzsch, Blandine Guignier, Robert Gloy, Julien Calligaro, Alexia Nichele, Marisol Hofmann et William Türler

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Une version de cet article est parue dans PME Magazine.