La bonne vieille carte de géographie vient de sortir vainqueur d’une confrontation avec l’appareil de navigation. Une fable.
Attendue à Courtillers dans la Sarthe, la pauvre Eve Angeli s’est retrouvée à Courtille, en Auvergne. Une erreur de deux lettres qui a conduit la chanteuse française à 500 kilomètres de l’endroit où elle devait donner un concert.
La vedette de «La ferme célébrités» s’est excusée auprès de ses fans: «Quand nous avons compris que Courtillers n’était pas près de Clermont, il était trop tard pour arriver sur place le jour même.»
Il n’y a pas que les blondes qui se plantent avec leur GPS… Prenez ce camionneur d’une entreprise vaudoise, chargé de livrer des meubles dans le Jura bernois. Après avoir franchi avec son camion la petite route escarpée du Weissenstein (un sommet soleurois), il ne s’est pas excusé de son retard, mais il a juré qu’on ne l’y reprendrait plus.
Pour avoir, à la légère, opté sur son GPS pour «le trajet plus court» et non «le plus rapide», il s’est fait quelques mémorables frayeurs.
Il n’est pas le premier à se lancer sans discernement à l’assaut de cette route très pentue et étroite. Les appareils de navigation ont déjà expédié là-haut quantité de conducteurs, à ce point asservis à la dernière technologie qu’ils viennent de s’offrir qu’ils en perdent la jugeote.
«Attention, en voici encore un qui s’est fait prendre par son GPS», avertit Virginie, furieuse de ne plus pouvoir jouir d’un itinéraire sans voitures. Combien de petites routes à l’écart du trafic, empruntées par des mamans avec poussettes et petits vélos, sont maintenant parcourues par les propriétaires du gadget qui permet «de gérer sans souci son déplacement»?
Il y a une dizaine d’années, avec les premières applications civiles des GPS, il était clairement dit qu’on pouvait leur faire confiance, avec certaines précautions cependant qui consistaient, cela semblait aller de soi, en une confrontation avec les outils traditionnels qu’étaient les cartes de topographie.
Jugées un peu rapidement obsolètes, les cartes trouvent encore place dans les sacs des randonneurs, mais de moins en moins dans les voitures. Une expérience menée au Japon vient à point nommé les revaloriser.
Les GPS sont-ils effectivement l’instrument miracle qui permet de trouver son chemin en terre inconnue? Sous les yeux de chercheurs japonais, deux groupes d’étudiants se sont affrontés dans un région habitée inconnue d’eux, avec pour consigne de trouver le meilleur cheminement menant à un objectif précis. Les uns étaient munis d’une carte indiquant le point de départ et le point d’arrivée. Les autres avaient un GPS qui les guidait.
Tous sont parvenus au but. Mais, surprise, contrairement aux attentes, les porteurs de GPS ont été battus sur toute la ligne: ils ont parcouru une plus grande distance, mis davantage de temps et commis des erreurs de direction.
N’est-il pas plus facile de qualifier les cartes de ringardes plutôt que d’apprendre à les lire? S’il est une compétence qui se perd, c’est bien celle-là. A propos du sens de l’orientation**, bien utile pour se déplacer, assez curieusement, personne ne se plaint d’être mal loti.
Les hommes se débrouillent certes un peu mieux que les femmes. Pourquoi? Ils utiliseraient secrètement des cartes routières qu’ils impriment à leur travail. C’est là une découverte fortuite de la société Samsung qui voulait connaître le type de documents imprimés à des fins privées au bureau par ses employés. Elle met ainsi fin à un vieux cliché.
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*Intitulée «Wayfinding with a GPS-based mobile navigation system: A comparison with maps and direct experience», l’étude de Toru Ishikawa vient d’être publiée dans le «Journal of Environmental Psychology» (2008; 28 (1)).
**En ce moment quatre artistes livrent leur réflexion sur la manière dont chacun s’inscrit dans l’espace dans le cadre de l’exposition «Le sens de l’orientation», à voir jusqu’au 17 août à la Fondation Louis Moret à Martigny.
