LATITUDES

Et voici le vendredi sans e-mail

Depuis deux ans déjà, plusieurs sociétés ont adopté le vendredi sans e-mail. Le géant Intel vient de s’y mettre. Et pour vous, le courrier électronique est-il une source de productivité ou de gaspillage?

Le matin, en arrivant au travail, vous craignez d’ouvrir votre courriel qui est devenu votre ennemi quotidien? Votre boîte de réception déborde et vous avez l’impression de passer votre temps à lire ou répondre à vos courriers électroniques? Si cela peut vous consoler, vous n’êtes pas un oiseau rare.

Chacun s’accorde à reconnaître que l’e-mail, synonyme d’efficacité accrue, nécessite un temps de gestion fastidieux et génère du stress. Les ouvrages pour mieux le maîtriser foisonnent. Des cours et des coaches volent à votre secours.

Selon une étude d’IDC, près de 39,7 milliards d’e-mails et 40,5 milliards de spams sont envoyés chaque jour. Les cadres reçoivent régulièrement jusqu’à 140 messages quotidiens.

Si, idéalement, votre boîte de réception devrait être quasi-vide car vous archivez et supprimez les messages au fur et à mesure, la réalité est certainement tout autre! Pas d’affolement face à ce débordement: les vendredis sans e-mail vont relativiser tout cela. C’est bien là leur objectif.

C’est pour lutter contre le poids croissant et l’instantanéité perverse de ce media qu’au début d’octobre, une équipe de 150 ingénieurs californiens d’Intel a décidé de lancer l’opération baptisée «Zero E-mail Fridays» pour permettre à chacun de respirer un peu et, non moins important, pour encourager à prendre des contacts téléphoniques. Ou, mieux encore, à rencontrer en face à face des interlocuteurs qui se trouvent dans le bureau d’à côté.

Il n’est pas interdit d’envoyer ou de lire du courrier électronique le vendredi, mais il s’agit de privilégier la rencontre.

Intel n’est pas la première entreprise à s’y mettre. En dénonçant la dépersonnalisation des e-mails, les initiateurs des vendredis sans e-mail estiment contribuer à un échange d’informations de meilleure qualité. Des entreprises comme Veritas Software, US Cellular, PBD Worldwide Fulfillment Service, Nestlé Rowntree, Camelot et British Energy, qui ont instauré des «vendredis sans e-mail» en ont la confirmation.

Depuis leur introduction, la réduction du volume des courriels envoyé par leurs salariés est significative, jusqu’à 75% chez PBD.

Devant l’impossibilité de gérer leurs messages électroniques, des blogueurs high-tech connus, tels Jeff Nolan, Michael Arrington, Vanessa Fox ou le capital-risqueur Fred Wilson ont recouru à une solution plus radicale. Ils ont déclaré leur boîte mail «en faillite» On efface tout et on recommence….

Dans les entreprises suisses, la messagerie électronique a supplanté le téléphone pour devenir l’outil de communication numéro un. Cet outil chronophage est la source d’une perte de productivité considérable.

Ce gaspillage a été mesuré: la Fondation Suisse Productive vient de publier son enquête menée auprès de 900 personnes. La perte est estimée à 8,55 millions d’heures de travail par semaine, soit presque l’équivalent d’un mois de travail par personne par année.

Le site www.suisse-productive.ch permet d’ailleurs, en un petit quart d’heure, d’établir son potentiel d’amélioration. Alors, vendredi prochain sera-t-il avec ou sans e-mail?