LATITUDES

Barrer la route aux virus: l’aciclovir balise une voie sinueuse

Bactéries, champignons et virus mettent à mal la santé humaine depuis toujours. Suite à la découverte des antibiotiques, les scientifiques ont appris comment combattre les pathogènes avec des molécules.

Si le premier antibiotique, la pénicilline, remonte à 1928, le premier traitement efficace contre un virus est arrivé seulement quarante ans plus tard. Ce long délai révèle toute la difficulté de la recherche sur les antiviraux.

Une différence de taille explique ce fait : les virus sont en effet 100 à 1000 fois plus petits que les bactéries. « Pour pouvoir bien les étudier, il a fallu attendre l’apparition de la microscopie électronique dans les années 1930. Les bactéries, elles, sont observées depuis le XVIIe siècle », précise Thierry Buclin, médecin-chef du Service de pharmacologie clinique du CHUV. Autre différence, les virus ne sont pas des organismes vivants autonomes, mais des gènes parasites. De ce fait, ils présentent moins de cibles accessibles aux traitements.

« Les virologues ont longtemps tenu pour acquis qu’aucun produit ne ferait succomber un virus. C’était avant la découverte de l’idoxuridine à la fin des années 1950, un composé
capable de stopper la reproduction du virus de l’herpès. » En effet, les virus sont composés de quelques gènes —l’ADN ou l’ARN viral—, entourés d’une enveloppe de protéines. Leur stratégie d’infection consiste à s’attacher aux cellules hôtes, à y introduire leurs gènes afin d’exploiter la machinerie cellulaire pour les traduire et se reproduire. Pour dupliquer leur ADN,
ils ont besoin d’une enzyme appelée ADN-polymérase, codée par leur propre ADN. L’idoxuridine bloque cette enzyme et, de ce fait, la reproduction du virus.

Malheureusement, l’idoxuridine est toxique pour l’organisme et peut uniquement être appliquée localement sur des muqueuses infectées. Les virologues ont donc recherché d’autres molécules utilisables par voie générale. Une substance dérivée d’une éponge des Caraïbes, dotée de propriétés comparables à l’idoxuridine est découverte en 1970 : l’aciclovir. « Une étape majeure de la lutte contre les virus est alors franchie ! vingt-cinq ans seront encore nécessaires pour obtenir un dérivé facilement absorbé par voie orale contre les cas graves d’herpès et de varicelle. Son mécanisme d’action a inspiré la délicate mise au point des quelques dizaines d’antiviraux connus à ce jour. »

Ainsi, des antiviraux efficaces ont vu le jour ces dernières années pour contrôler le sida et l’hépatite C. « Une étonnante complexité reste néanmoins liée au développement d’antiviraux, comme l’indiquent les récents échecs du remdésivir, de l’hydroxychloroquine et de l’ivermectine dans la recherche d’une molécule active contre le coronavirus à l’origine de la pandémie du Covid-19 », conclut Thierry Buclin.

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Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 22).

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