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Le triomphe du libéralisme autoritaire

Les opposants au certificat Covid sont à rechercher dans les extrêmes. Alors que les amis de la liberté sont les plus enclins à la restreindre.

«Les réfractaires au vaccin nous précipiteront dans la prochaine vague. Ils auront sur la conscience des morts et peut-être, en fin de compte, un nouvel arrêt d’urgence de l’économie.» Que le conseiller national radical Philippe Nantermod ait toujours assumé un côté provocateur et tête à claques n’est pas nouveau.

Sauf qu’ici il s’est attaqué au sujet le plus clivant du jour: il ne s’agit plus de défendre à tout crin la liberté de l’individu et du marché face à un étatisme anesthésiant et dorlotant, mais au contraire de poser un acte d’autoritarisme allant jusqu’à la culpabilisation des réfractaires. Les propos ci-dessus, publiés dans une chronique du journal “Le Temps”, ont d’ailleurs valu au parlementaire valaisan un sévère retour de bâton.

«Honte absolue», «propagande digne d’une fiction cinématographique», «propos violents et insultants», «discrimination». Le politicien a répondu en expliquant qu’il n’était pas partisan d’une vaccination obligatoire mais que se faire vacciner restait un «acte de responsabilité individuelle» et refuser de le faire un choix dont il fallait assumer les conséquences.

C’est l’autre pan, pas vraiment caché mais peu claironné bien que très logique, du libéralisme qui est ici à l’œuvre: il est bon et sain que l’individu soit à peu près libre de faire ce qui lui passe par la tête sans que l’Etat ne lui mette des bâtons dans les roues, mais il est aussi bon et sain que cet individu libre et responsable paie le prix exact de ses choix.

En réalité, la position outrancière d’un Philippe Nantermod est à peu près celle de tous les gouvernements européens, même si aucun ne le dira aussi nettement. Aucun n’ose mettre en place la vaccination obligatoire, mais tous assument l’instauration d’une société à deux vitesses avec une pression morale et punitive mise sur les non vaccinés: privations de déplacement, de loisirs, d’activités sociales, qui les transforment en nouveaux lépreux. Avec en guise de crécelle silencieuse l’absence de pass sanitaire.

C’est tout le mérite de ce virus d’avoir révélé cette évidence: que le libéralisme était un autoritarisme faisant semblant de s’ignorer. Le gouvernement qui a le plus tombé le masque à cet égard c’est évidemment celui d’Emmanuel Macron, avec un pass sanitaire rendu obligatoire pour à peu près toutes les sorties publiques y compris les transports et les supermarchés. Notons que les principaux réfractaires, qui se sont indignés à poumons déployés, sont le Rassemblement national de Marine Le Pen et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Bref, les extrêmes.

On retrouve en Suisse la même dichotomie. Si pour l’heure le certificat Covid n’est obligatoire que pour les discothèques et les grandes manifestations, cela pourrait changer. Parmi les partisans d’une extension à la française de ce sésame, on retrouve évidemment le très libéral parti radical, avec l’inévitable Nantermod: «Le gouvernement a, depuis le début, toujours annoncé que les futures mesures de restriction toucheraient les personnes sans certificat Covid.»

Mais aussi des socialistes modérés, à l’image de la conseillère d’Etat Rebecca Ruiz: «Il se pourrait que la Confédération ait à prendre des mesures qui réduiront les libertés de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner pour que le reste de la société puisse vivre aussi normalement que possible.»

Ou encore les centristes, avec le conseiller aux Etats Charles Julliard: «Il ne faudrait pas qu’une minorité non vaccinée puisse durablement restreindre les libertés de la majorité de la population vaccinée.»

Quant aux cris d’orfraie, ils viennent de l’UDC. Le conseiller national Jean-Luc Addor voit par exemple dans ce certificat avant tout «un outil de discrimination» et une insupportable «contrainte sociale». Mais aussi des Verts, si l’on en croit les doutes qu’émet la conseillère nationale Léonore Porchet: «S’agit-il de rendre des droits aux personnes qui ne présentent pas de risque épidémiologique ou est-ce plutôt une discrimination des personnes qui ne peuvent pas rentrer dans cette catégorie?»

On ne dira pas que ces formations politiques ont un problème avec les notions de liberté et de responsabilité. Mais on n’empêchera personne de le penser.