LATITUDES

Les profs ne mesurent pas l’ampleur de l’«e-plagiat»

Les élèves utilisent volontiers internet pour tricher. Des méthodes permettent de démasquer les étudiants-plagiaires. Encore faut-il les appliquer…

La fin du semestre approche, on remet les dernières copies. Parmi ces travaux écrits supposés authentiques, combien de plagiats éhontés, combien de textes pompés directement sur le Net?

Avec un peu d’expérience, le bachelier internaute réussit à se tailler sur mesure un travail de bon niveau en une seule soirée. Patrick, 17 ans, est passé maître en la matière: «Je connais mes profs. Avec ceux qui sont largués côté internet, je ne pense pas courir grand risque. Mais avec les plus jeunes, j’ai intérêt à me méfier…»

Grâce aux moteurs de recherche comme Google, les étudiants peuvent trouver des informations pertinentes sur à peu près n’importe quel sujet – sans même parler de l’existence de sites qui font directement le commerce de travaux scolaires, comme ezwrite.com ou research-assistance.com.

Sur une vingtaine d’étudiants interrogés, la moitié ont reconnu succomber parfois à cette tentation du «e-plagiat». Et pourtant, côté profs, on continue à afficher une belle sérénité. L’Educateur, la revue du syndicat des enseignants romands, ne s’est encore jamais penché sur la question.

Et dans les écoles? «Le sujet n’a été abordé qu’une seule fois en séance des maîtres, pour constater l’existence d’un problème, sans se soucier encore des solutions à y apporter», explique Maxime Zuber, du Gymnase de Bienne. A l’Institut pédagogique de Porrentruy, la question n’a pas encore été étudiée, mais devrait l’être prochainement. A l’Uni de Lausanne, le phénomène en est apparemment encore au stade de l’observation. «Le plagiat? On en parle entre collègues en rigolant à la cafétéria», déclare un professeur.

De nombreux enseignants interrogés font preuve d’une surprenante absence de vigilance. «Je ne m’inquiète pas, je connais trop bien mes étudiants pour que cela m’arrive», déclare un professeur qui, malgré cette belle assurance, préfère garder l’anonymat. D’autres, proches de la retraite, admettent ne plus être vraiment dans le coup en matière de nouvelles technologies, mais font confiance à leur expérience pour «détourner l’obstacle», comme Pierre-André Joset, professeur de mathématiques au Gymnase de Bienne.

Sa collègue, Christine Gagnebin, professeur d’histoire, est l’une des rares parmi les enseignants interrogés à reconnaître le problème et à prendre des mesures. Elle incite ses étudiants à utiliser le net, allant même jusqu’à leur prêter son abonnement aux archives du Monde. Pour prévenir le plagiat, elle choisit des thèmes dans l’histoire locale, propose des sujets comparatifs et, surtout, privilégie l’oral.

François Lombard, chargé d’enseignement à l’Université de Genève, a publié sur son site un outil très utile aux enseignants soucieux de lutter contre la triche en ligne. «Mais la solution n’est pas purement technologique, explique-t-il. On peut aussi détecter les traces classiques que laisse le plagiaire, généralement flemmard: on repère des changements de style d’écriture, des apparitions subites de subjonctif, des erreurs de numérotation pour les références de pages, etc.»

Aux Etats-Unis et au Canada, on se donne beaucoup de moyens pour débusquer le plagiat. En plus des sites plagiarism.com et turnitin.com, très utilisés par les enseignants, certaines universités engagent des personnes travaillant à plein temps pour traquer les plagiaires. Les règlements des écoles ont été modifiés et contiennent désormais des articles explicites stipulant l’exclusion ou la sanction en cas de plagiat.

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Une version de cet article de Largeur.com a été publiée le 9 juin 2002 dans l’hebdomadaire Dimanche.ch.

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