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phenomeneMERCREDI 21 MARS 2007
Les cracheurs amendés
Très populaire sur les terrains de football, le crachat marque un retour en force auprès des jeunes générations. De la Suisse alémanique jusqu’à Pékin, les autorités réagissent.
Par Geneviève Grimm-Gobat

Dès le mois de juin, les cracheurs passeront à la caisse dans la commune zurichoise de Wallisellen. Le tarif: trente francs le crachat. Pour l’heure, des cartons jaunes et rouges servent d’avertissement. Brigades du crachat ou caméras de surveillance, on ignore encore qui surprendra les contrevenants.

Les premières réactions des citoyens semblent favorables à cette mesure. Un sujet dont les media alémaniques se font largement l’écho. On y apprend ainsi que Winterthur pourrait bien imiter Wallisellen.

La semaine dernière, la conseillère communale Ruth Werren a rappelé qu’il y a trois ans, lors de la révision du règlement de police, elle avait souhaité introduire «un paragraphe crachat». Sa proposition avait alors été balayée par 33 voix contre 22. L’argument des adversaires: la crainte d’être ridiculisés loin à la ronde.

Elle revient à la charge avec un nouvel argument. «Cracher en public est non seulement abject, mais met en danger la santé d’autrui», prétend la politicienne. Pas vrai, répond par presse interposée un pneumologue: «Théoriquement peut-être, mais une ville de 100’000 habitants compte au plus 7 tuberculeux. Cracher est certes hideux mais elle ne menace pas la santé de la population.» («Spucke ist eklig, aber kaum eine Gefahr», Tages-Anzeiger, 13.3.07)

La France est confrontée aux mêmes pratiques glaireuses. C’est en se référant à une loi du maréchal Pétain, de 1942, que la police lyonnaise a fait payer 135 euros à un jeune lycéen surpris en flagrant délit de crachat à un arrêt de bus.

Après des décennies de quasi disparition, «le crachat fait un retour irrésistible dans le monde occidental. Près de 60% des jeunes générations crachent, assimilant cet acte à une forme de cogito salivaire, «je crache donc je suis» », analyse Martin Monestier dans «Le crachat. Beautés, techniques et bizarreries des mollards, glaviots et autres gluaux».

L’écrivain est formel: «Le sport pourrait être en partie responsable de ce phénomène social grandissant. Les sportifs sont des «cracheurs automatiques». Cette famille regroupe les très nombreux cracheurs qui glaviotent inconsciemment, de façon mécanique, et dans la presque totalité des cas sans la moindre conscience de ce qu’ils sont en train de faire.

Les adolescents, à trop vouloir s’identifier à leurs héros en adoptent leurs belles manies». Merci David Beckham, Fabien Barthez, Alexandre Frei et autres célèbres éjecteurs.

Mais ne jetons pas la pierre aux seuls footballeurs! Les cyclistes crachent à tous vents, les tennismen humidifient les cours, et un Lendl qui ne crachait jamais était considéré comme un être froid et asocial…

Si, ici, le phénomène inquiète, parce que perçu comme une preuve d’incivilité, il en va différement en Chine. Beaucoup de Chinois pensent que se dégager la tuyauterie sans vergogne près de quarante fois par jour, c’est nettoyer ses poumons, donc bon pour la santé. Une habitude qui angoisse les organisateurs des Jeux Olympiques de Pékin 2008.

Une campagne anti-crachat a donc été lancée. Les autorités locales viennent d’annoncer que «toute personne qui crachera recevra une amende».

Chaque humeur expulsée sur la chaussée sera facturée 50 yuans, soit l’équivalent moyen du revenu mensuel d’un étudiant. La ville envisage d’installer des boîtes à crachats dans les rues et de distribuer des mouchoirs. Mais le chemin vers la médaille d’or pour les hôtes sera encore bien long, précise l’agence officielle Chine Nouvelle.


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