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La planète des hyperactifs

Cagnard, canicule, vacances : on oublie. Le mot d’ordre, partout, est à l’action fébrile. Le farniente se meurt. Tant pis pour Tarik Ramadan et les conseillers d’Etat.

Sea, sex and sun. Cet aimable programme saisonnier, aussi tenace qu’une réjouissante canicule, ne semble pourtant pas plaire à tout le monde. Partout ce ne sont qu’appels au labeur, au devoir et à la mauvaise sueur. Voyez, à Genève, les avocats de cette femme qui accuse Tariq Ramadan de viol et de contrainte sexuelle. Que reprochent-ils au procureur en charge de l’affaire? Tout simplement sa franche «inactivité». Ils s’en sont même plaints auprès de la Chambre pénale de recours.

L’inactivité considérée comme un délit. On en est là. Bien sûr, diront les stakhanovistes de tout poil et bord, depuis le dépôt de la plainte, il y a plus d’une année et l’audition de la victime par la police, rien, le désert. Si ce n’est «les atermoiements de la procédure et le mutisme du Ministère public», malgré de «nombreux courriers de relance».

Bien sûr, tout cela pourrait contribuer à «aggraver les souffrances» de la plaignante, et s’apparenter, pourquoi pas, à un «déni de justice». Surtout, relèvent encore les avocats, que les faits présumés n’ont rien d’anodin: «Cette inactivité est d’autant plus choquante que les infractions dénoncées sont parmi les plus graves du Code pénal». Le mot de «bourreau» a même été prononcé.

Mais enfin si dans un dossier présumé «électrique», de par les capacités de nuisance du suspect et l’aura communautariste particulièrement sourcilleuse et agressive qui l’entoure, on ne peut même plus choisir, en toute sérénité, la double tactique du tournage de pouce et du dos rond, en attendant que passe l’orage, ou plutôt les orages, nombreux en cette saison, où va-t-on?

Evidemment, on se trouve à Genève, où plus rien n’est toléré. Le farniente moins que toute chose, Calvin oblige, toujours vigousse 500 ans après. Impossible de traîner jusqu’à pas d’heure dans de sympathiques établissements de nuit sans être livré à une féroce vindicte publique. Ne parlons même pas de répondre poliment à l’invitation innocente de bons amis souhaitant vous faire découvrir les délices des mille et une nuits du côté du Golf. Rien, on ne vous passe plus rien, à l’ombre du Jet d’eau. C’est au point que la rente à vie des conseillers d’Etat qui, comme chacun sait, se tuent à la tâche, est remise en cause par une initiative législative des Verts libéraux et que les signatures abondent.

Ne nous acharnons pas sur Genève. On l’aura compris, partout c’est pareil: malgré un calendrier et une météo favorable, l’heure hélas n’est plus à la sieste. Que célèbre-t-on en ce début d’été dans le landerneau politique suisse? Le classement établi par la SonntagsZeitung des parlementaires «les plus puissants». Mais attention choisis uniquement parmi ceux qui se représentent aux élections de cet automne, histoire que les électeurs, naturellement toujours à côté de la plaque, n’aillent pas réélire paresseusement d’authentiques feignasses qui leur ressemblent.

Quels sont les critères qui consacrent «la puissance»? De quoi tient compte ce classement? C’est assez simple: «des sièges en commissions, des votes, des initiatives réussies, des postes au sein du parlement et du parti, de la présence dans les médias et du réseau de contacts». Autrement dit: en plein cagnard, c’est l’hyperactivité qui est récompensée, saluée, ovationnée.

Alors qu’on aurait pu mettre en avant des vertus aussi ancestrales – et suisses – que la retenue, la sagesse, la prudence, la prise de distance, la discrétion, la réflexion tranquille, la méditation sereine, le «non-faire» loué par une philosophie aussi vénérable que le taoïsme – «celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas». Au lieu de cela, la prime va aux rouleurs de biscoteaux et autres m’as-tu-vu de la Coupole fédérale.

À ce petit jeu, c’est Christian Levrat, le patron du Parti socialiste, qui monte pour la deuxième année consécutive sur la plus haute marche du podium. Comme on dit sous les parasols et au fond des chaises longues: perseverare diabolicum.