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Des concepts inédits pour créer son entreprise

Vous souhaitez créer une nouvelle entreprise ou compléter une offre existante? Voici 50 idées qui qui font parler d’elles à l’étranger, commentées par un panel d’experts suisses.

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans PME Magazine.

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«Rien ne se perd, rien ne se crée: tout se transforme», disait le chimiste français Antoine Lavoisier. Une formule que l’on peut aussi appliquer au monde de l’entreprenariat. Utiliser le modèle d’une entreprise existant à l’étranger permet de disposer de certaines données essentielles avant se lancer: concurrence, clientèle ou encore juste prix des produits ou des services proposés.

États-Unis, France, Allemagne, Corée du Sud ou Japon: notre sélection d’exemples inédits provient des quatre coins du globe. Pour autant, il faut ensuite réussir à adapter le concept aux spécificités du marché local. On peut aussi imaginer s’allier avec une entreprise étrangère pour décliner son modèle en terre helvétique.

L’an dernier, plus de 40’000 entreprises ont été créés en Suisse, un nouveau record! Peut-être que cette année, ce sera à votre tour? Top départ!

Un système d’irrigation intelligent
L’agriculture utilise près de 70% des eaux tirées de la nappe phréatique et des rivières. Pour diminuer son impact, la start-up italienne Bluetentacles développe un système qui permet d’arroser les cultures uniquement quand c’est nécessaire. La solution développée par l’entreprise vise à relier les équipements existants à une intelligence artificielle en ligne, qui analyse en permanence les données climatiques et l’humidité du sol.
Caroline Coquerel, start-up coach chez Innosuisse et à la Fondation Genevoise pour l’Innovation Technologique: «Ce projet rapproche des tendances fortes, en Suisse aussi: notre préoccupation pour une ressource de plus en plus critique, dans notre pays et nos recherches pour en utiliser moins et mieux grâce aux nouvelles technologies. De plus en plus de start-ups apparaissent en Suisse autour de l’AgriTech et la FoodTech. Un tel projet trouvera donc sur notre territoire, à la fois concurrence, partenaires et marché en forte évolution.»

Repas gratuit (servi avec un peu de pub)
Basée à New-York, Lunchspread a lancé un service inédit de promotion des restaurants: des groupes d’employés peuvent passer une commande de dégustation gratuite, en s’engageant à répondre à un sondage. La livraison est accompagnée d’une présentation du restaurant.

Raphaël Conz, responsable de la politique de soutien aux entreprises dans le Canton de Vaud: «Ce modèle d’affaires – pouvoir définir son profil et recevoir des offres personnalisées – est intéressant alors que chez Tripadvisor, le client doit aller chercher sur le site, par rapport à des critères d’évaluation définis. Oui, pourquoi ne pas pousser une offre pour que les restaurants locaux puissent s’adresser à un public cible local. Les deux sont gagnants: pour le consommateur, c’est un système basé sur son propre intérêt, à partir de son profil, et pour le petit restaurateur, c’est du marketing direct à moindre coût. Mais cette solution devrait s’élargir et ne pas concerner que la zone géographique où l’on a son bureau, où l’on prend sa pause de midi. Car les employés sont de plus en plus nomades, ils se déplacent de ville en ville.  À mon sens, c’est plus souvent ailleurs que son lieu de travail que l’on a besoin de connaître des offres de restauration sympas. Cette plateforme devrait donc tenir compte du nomadisme des employés urbains.»

Créations de vidéos localisées
À l’heure des réseaux sociaux, la communication vidéo gagne toujours en importance, y compris pour les petites et moyenne entreprises. La plateforme américaine Smartshoot surfe sur cette tendance via une plateforme qui permet de trouver dans le monde entier un vidéaste ou un photographe professionnel en quelques clics, et ainsi commander des contenus inédits à un prix attractif.

Caroline Coquerel: «Dans d’autres domaines, des projets se développent avec des modèles similaires, associant plateforme globale et mise en valeur d’acteurs locaux, comme Batmaid (professionnels de ménage), Buildigo (artisans), MagicTomato (produits locaux livrés le jour même). Ces exemples montrent l’utilité de ces plateformes globales pour, au contraire, valoriser des métiers et des activités de proximité. Côté offre vidéo ou photo, deux tendances parallèles se développent: des projets, tels celui-ci, pour trouver des professionnels qualifiés, ou des outils ergonomiques pour faire soi-même des vidéos et des contenus de haute qualité.»

Transactions agroalimentaires simplifiées
Fondée par deux anciens fermiers, la start-up australienne AgriDigital développe une offre simplifiant les transactions tout au long de la chaîne de production et de vente de produits agroalimentaires. Utilisant la technologie blockchain, elle permet notamment d’éliminer les étapes fastidieuses et répétitives liées à la rédaction et l’envoi de contrats.

Caroline Coquerel: «Ce projet s’inscrit dans la tendance des start-ups pour la FoodTech et l’AgriTech. Ce projet australien semble orienté vers un type spécifique d’agriculteurs (en termes de surfaces, de produits et d’un certain volume de production). Pour l’adapter sur notre territoire, il serait important de bien étudier l’adéquation entre les publics cibles de cet outil et la structuration de notre monde agricole, à travers une étude de marché et des partenaires connaissant très bien le domaine.»

Transmission d’entreprise ciblée
La plateforme française Ouipharma met en relation pharmaciens et repreneurs potentiels. Connaissant un fort engouement, le service prévoit de s’étendre à d’autres domaines d’activités, comme les cabinets médicaux ou les restaurants. La publication d’une annonce fait l’objet d’un abonnement d’un montant variable.

Raphaël Conz: «Il y a beaucoup plus d’indépendants en France, alors que la grande majorité des pharmacies en Suisse sont gérées par de grands groupes. Pour ce type d’idée, nous n’avons pas la masse critique de pharmacies indépendantes. En outre, le marché est relativement saturé: à chaque coin de rue, une pharmacie. Dans le même genre en Suisse, businessbroker.ch ou remicom.com sont spécialisés dans la transmission d’entreprises et dans l’achat/vente de commerces. Certains groupes proposent également des solutions de reprise. Oui, pour un outil de ce type intégré sur une plateforme existante. Mais pas un business à part et généraliste.»

Optimisation d’espaces de travail
Des salles de réunion qui restent vides ou des bureaux inutilisés: la start-up française Jooxter veut résoudre ces problèmes via une offre qui combine plateforme web et objets connectés. Un service qui se veut aussi utile pour préparer une réorganisation des locaux qui soit bien acceptée par les collaborateurs.

Caroline Coquerel: «L’optimisation de l’utilisation des espaces et l’amélioration de la rentabilité des surfaces sont des sujets d’actualité. Un tel projet trouvera ainsi en Suisse un marché en très forte évolution. Les défis concernent notamment des aspects comme la culture d’entreprise, la modification des modes de travail, le réagencement des espaces nécessitant investissements et capacité d’amortissement, ou encore la sécurité d’accès aux locaux des grandes entreprises.»

Réparation express de cyber-attaques
L’an dernier, un tiers des PME suisses ont été victimes d’une attaque informatique, selon une étude de l’institut GFS-Zurich. Un phénomène qui se constate également à l’étranger, et qui touche souvent le site internet. Au Royaume-Uni, SharkGate propose un service qui garantit la réparation gratuite en une heure d’un site web, en échange d’une souscription ultérieure à une protection informatique.

Caroline Coquerel: «Sharkgate associe une approche très intéressante et diverses facettes de notre écosystème: intelligence collective et collaboration au niveau global, nouvelles technologies et intelligence artificielle, analogie avec le mode de défense immunitaire humain et innovation du modèle d’affaire. En Suisse et chez Fongit, un tel projet trouverait certainement des collaborations et des technologies qui seraient utiles à cette activité.»

Machine learning simplifié
L’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans le monde économique entraîne une pénurie des talents. Pour y répondre, l’entreprise sud-coréenne Xbrain mise sur une solution clé en main qui permet aux néophytes d’accéder aux avantages de l’analyse automatisée de données. Baptisée Daria, la plateforme cloud est adaptable à différents secteurs industriels.

Caroline Coquerel: «Vu la difficulté à trouver des profils experts dans ces domaines, et vu la forte demande croissante, ce type d’outil pourrait trouver son public dans un pays orienté hautes technologies tel que le nôtre. Il est tout à fait en ligne avec l’apparition de ces nouveaux outils et applications, permettant à des publics non experts de s’approprier des sujets parfois perçus comme complexes.»

Optimisation de la gestion d’ouvriers
Le secteur de la construction profite aussi d’innovations issues du domaine numérique. Exemple avec la start-up française Site2Site. Elle a développé une application qui permet de simplifier la gestion d’un chantier: lien entre bureau et site, horaires du personnel, analyse de l’avancement des travaux.

Raphaël Conz: «Le marché suisse de la construction est bien développé, riche de nombreuses entreprises. Cette application pourrait tout-à-fait intéresser ces sociétés. À priori, la clientèle suisse pourrait préférer une application de ce type plutôt qu’un investissement dans un outil informatique sur mesure.»

Recommandation de prestataires
Comment trouver le meilleur partenaire au niveau local ou international. C’est en partant de cette question qu’est née la start-up française Prestashare. À la base un simple fichier excel, elle est devenue aujourd’hui une plateforme qui compte plus de 1200 sociétés référencées.

Raphaël Conz: «C’est un concept bien intéressant, car on est dans la recommandation de prestataires de service, sur le modèle de TripAdvisor mais en BtoB. En revanche, y-a-t-il une masse critique suffisante en Suisse? Chez nous, les entreprises  fonctionnent  avant tout  au bouche-à-oreille. En effet, avec notre mentalité, la taille restreinte de notre population et de nos marchés, les sociétés se parlent entre elles et se recommandent essentiellement encore par bouche à oreille. Je miserais donc plus sur une plateforme de ce genre pour un modèle BtoC.»

Publicité embarquée et connectée
La publicité se décline sur tous les supports, et même sur les bouteilles d’eau. La start-up française Ads on Board vise à connecter annonceurs et utilisateurs de taxis, de VTC et de shuttles. Pour ce faire, la société distribue des bouteilles siglées de QR-codes ou d’une publicité.

Frank Gerritzen, Business Angel: «On voit bien de la publicité sur le dos des télésièges, les pylônes de téléphérique et les sièges d’avions, pourquoi pas sur les bouteilles d’eau? Il est important d’être vu le plus souvent et longtemps possible. Par contre le support n’est pas particulièrement haut de gamme, donc ne se prête pas à des produits ou service de luxe. Et s’il faut scanner le QR-code pour voir ce dont il s’agit, peu se donneront la peine à mon avis, et encore moins le public visé.»

Carte de fidélité sur tablette
Fini les nombreuses cartes de fidélité qui s’accumulent dans les tiroirs ou les portemonnaies! C’est l’idée de Spoqa, une start-up sud-coréenne qui installe des tablettes dans les magasins, les restaurants ou les cafés. Les supports tactiles permettent ainsi aux clients d’entrer leur numéro de téléphone et gagner des points de fidélité sans avoir à installer d’application mobile ou d’avoir une carte de fidélité. L’entreprise revendique plus de 12 millions d’utilisateurs en Corée du Sud et 10’000 partenaires.

Frank Gerritzen: «L’idée est séduisante pour faciliter la vie des clients et, pour le commerçant, les fidéliser. Le diable se cache dans le détail cependant: la complexité sera d’arriver à son but avec le moins de manipulation et de temps possibles. Regardez Twint, l’app de paiement des banques suisses, qui a du mal à décoller. Il est beaucoup plus facile de sortir une carte de crédit que d’ouvrir l’app de Twint, mettre en marche le bluetooth, approuver le paiement (relativement long). Dans ce genre de services, le client doit gagner quelque chose d’autre que des points, en l’occurrence du temps ou de l’argent.»

Pop-up store express
Mode, mobilier ou objets design: le concept de magasin éphémère a connu un fort succès ces dernières années, en misant sur la surprise et le divertissement des consommateurs. La start-up Storefront vise à faciliter la location et la mise à disposition d’espaces pouvant accueillir ce type de boutiques.

Raphaël Conz: «C’est un concept judicieux pour certains produits adaptés à ce type de ventes. Mais je crains que la taille du marché suisse ne pas suffisante, sauf à Zurich et Genève. En revanche, Storefront pourrait rajouter ces deux villes ainsi que d’autres (Lausanne, Berne, Lugano…) à son catalogue international. Le pop-up met en relation dans des zones urbaines bien ciblées.»

Des courses en 1 minute
La start-up française Jow a développé une application qui propose des menus hebdomadaires sur-mesure, avec des recettes présentées sous forme de vidéo. Lancé en avril 2018, ce service permet également de convertir automatiquement les recettes en liste d’achats sur la boutique en ligne d’un partenaire, en l’occurrence Monoprix. La livraison est inclue. L’application est gratuite, la start-up prélevant une commission sur les paniers d’achats générés.

Frank Gerritzen: «Dans la même veine que Hello Fresh, la livraison en moins. C’est une tendance intéressante et bien ciblée: les consommateurs veulent cuisiner des produits sains, qui n’ont pas été transformés, mais ne veulent pas perdre des heures dans les magasins. Je pense qu’il y  a un avenir pour ce genre d’app, encore faut-il garder à l’esprit qu’il n’y a aucune propriété intellectuelle à défendre et que nos Migros et Coop auront vite fait de copier l’idée… dès qu’elle aura du succès!»

Cafés à lapins
Après les bars à chats, voici la variante avec des lapins! De Tokyo à Hong-Kong, les «Bunny Cafés» cartonnent en Asie. Selon les formules, il est possible de les câliner, de jouer avec eux, de les nourrir ou encore de se prendre en photo avec eux. Toutefois, certains établissements ont dressé une liste de règles à l’entrée. Ainsi, il est interdit de tirer les oreilles des animaux. Mais cette tendance ne s’arrête pas aux lapins ou aux chats. En effet, le Japon a aussi vu l’ouverture d’un café chouette et d’un café reptile.

Frank Gerritzen: «Il est toujours très difficile de se prononcer sur des grandes (ou petites en l’occurrence) tendances de société. Le Japon met à disposition des animaux à caresser dans des établissements publics car les gens ne veulent pas de compagnons à quatre pattes chez eux. Ce qui n’est pas le cas en Suisse. L’effet d’annonce passé, je doute fort de l’enthousiasme que suscitera ce genre d’initiative…et la réticence des consommateurs à entrer dans des établissements qui sentent l’animal.»

Impressions 3D pour industriels
Grâce à son équipement de pointe, TheFabLab permet aux industriels d’imprimer rapidement et à meilleur prix des prototypes de leurs nouveaux produits. La structure italienne propose des designers afin qu’ils accompagnent les demandes des clients, contrairement à l’offre traditionnel, où les procédés sont davantage artisanaux. La start-up propose également des formations dans le domaine de la fabrication numérique, de l’internet des objets et de la robotique.

Frank Gerritzen: «L’impression 3D a un bel avenir. Et toutes les PME ne pourront pas s’offrir des imprimantes de haute performance. Donc en soi c’est une belle tentative mais qui est soumise à une rude concurrence car rien n’empêche à un concurrent de faire la même chose, moins cher, plus vite…c’est à celui qui occupera le marché le plus vite. La société a besoin de capitaux importants pour se déployer vite, et faire un marketing agressif.»

Campagne de pub en vitrine
L’entreprise Message in a Window propose d’organiser des campagnes de communication ciblées dans les vitrines de commerces français. Disposant d’un réseau de 40’000 enseignes, soit plus de 100’000 vitrines, la start-up se targue d’un fort effet commercial de sa démarche. Certains produits mis en promotion sont par la suite proposés à la vente par les commerçants annonceurs. Des capteurs permettent de calculer l’audience des campagnes.

Cyril Déléaval, coach en en développement d’entreprises chez Genilem: «C’est une idée intéressante, car elle surfe sur un marché des médias et des annonceurs en pleine mutation! La législation suisse sur l’affichage va d’ailleurs bientôt changer. Ce sera un point à vérifier. Le défi consistera à capter suffisamment l’attention des passants, car l’être humain développe toujours plus de filtres face à la publicité. Il faut donc savoir s’adapter dans la durée. La composante digitale offre l’avantage de pouvoir tester l’idée de manière assez directe.»

Création de podcasts B2B
Les productions de contenus sous forme de podcasts se multiplient. La société américaine Sweet Fish Media démontre qu’un podcast peut également s’utiliser comme un outil de promotion auprès de clients potentiels. L’entreprise promet gain de temps et efficacité en créant des podcasts sur-mesure.

Frank Gerritzen: «Amortir la production d’un podcast sur un très petit nombre de clients reste une gageure, il faudrait au moins attaquer le marché européen. Ceci dit, une approche par une autre forme de media est intéressante. Il est important de connaître le canal de communication préféré de ses clients et sa capacité à prendre le temps d’écouter. La densité d’information sur un canal tel que l’écoute n’est pas du tout la même que par l’écrit, et le temps est ce qu’il manque à tout le monde…»

Smoke shop de luxe
Avec le développement du marché légal du cannabis, la compagnie LazyDaze Co. a voulu réinventer la traditionnelle boutique enfumée, en s’inspirant du design de l’enseigne américaine d’habillement Urban Outfitters et de la qualité de services des magasins comme Macy’s. La société vend non seulement de la marijuana légale, des accessoires ou produits dérivés liés au chanvre, mais également des objets décoratifs et des vêtements. La société dispose également d’un espace réservé pour déguster des cafés ou des thés au chanvre, tout en ayant la possibilité de fumer. LazyDaze Co. s’est déployé dans plusieurs villes du Texas, mais aussi en Caroline du Nord, dans l’Ohio, au Colorado et Nevada, ainsi qu’en Australie.

Frank Gerritzen: «Nous avons à faire ici à une chaine de commerces spécialisés, dont le succès dépend de la popularité du produit, de la taille du marché, de la localisation des échoppes et de beaucoup, beaucoup de marketing. En soi il n’y a rien qui empêche une telle d’initiative de réussir, si ce n’est la taille du marché suisse et la popularité de cannabis…effet de mode? Souvenez-vous il y a 25 ans, il y avait d’innombrables magasins qui vendaient des téléphones portables. Mobilezone est le seul à avoir vraiment réussi…»

Brosses à dents biodégradables
Les Suisses consomment plus de 20 millions de brosses à dents par an. Soit autant, ou presque, de morceaux de plastique qui atterrissent à la poubelle. Des entreprises s’attaquent à cette accumulation de déchets en fabriquant des brosses à dents biodégradables en bambou, un matériau solide et souple à la fois. La marque française Smiloh se distingue par ses produits graphiques, colorées au chalumeau, et aux poils infusés au charbon végétal à l’action blanchissante. Elle les écoule au prix de 7,50 euros, essentiellement en France, notamment chez Monoprix, et dans quelques enseignes bio en Suisse. A quand des fabricants suisses, alors que le pays figure parmi les leaders du marché bucco-dentaire avec des entreprises comme Trisa et Curaden?

Pascal Bourgier, coach en création de start-up chez Genilem: «Dans un pays sensible à la qualité de vie et à l’environnement, ce genre de produit a de bonnes chance de succès. Les matériaux naturels sont en vogue et les consommateurs helvétiques sont capables d’absorber les surcoûts. Les barrières d’entrée me semblent cependant importantes pour une start-up. Elle devrait faire face à la concurrence internationale et lancer beaucoup de démarches pour mettre en place un réseau de distribution, notamment dans le secteur morcelé des pharmacies. Une marque existante aura l’avantage d’un réseau établi.»

Téléconseil pour enfants malades
Beaucoup de parents consultent des forums sur Internet lorsque leur enfant tombe malade. Pourtant, les conseils qui s’y trouvent sont souvent anxiogènes et peu adaptés à des situations spécifiques. C’est pour cette raison que l’entrepreneuse française Fanny Renoux a fondé DoudouCare. Ce site web permet aux parents de poser des questions par SMS ou e-mail. En l’espace de 24 heures, ils reçoivent une réponse écrite personnalisée. Le site collabore avec une trentaine de spécialistes: infirmières puéricultrices, psychologues infantiles ou encore ostéopathes. Le service est payant – une consultation coûte 5,90 euros. Des formules préférentielles existent également comme par exemple un pack de 10 questions valable pendant un mois pour 50 euros.

Markus Binggeli, coach au service Affaires au sein de la plateforme d’innovation Platinn: «Le modèle d’affaires me semble solide, car chaque échange sur DoudouCare entre les usagers et les spécialistes médicaux est monétarisé. Les Suisses consultent facilement Google lorsqu’ils veulent avoir plus d’informations sur une maladie. Un service professionnel et fiable en ligne peut donc tout à fait trouver une clientèle sur le marché helvétique. Il est toutefois primordial de mettre en avant la transparence dans le but de créer un climat de confiance: qui sont les spécialistes qui me donnent les conseils? Quelles ont été les expériences des autres clients?»

Un accompagnement pour les petits voyageurs
Les parents qui ne peuvent pas accompagner leurs enfants lors des voyages en bus, en train ou en avion, souhaitent les voir bien accompagnés. Pour trouver une personne accompagnatrice, ils peuvent utiliser le service français Kidygo (disponible en tant que site web et application mobile).  Le service s’appuie sur un réseau de plus de 40’000 accompagnateurs certifiés. En général, il s’agit de personnes avec des expériences dans le baby-sitting ou des professionnels de l’encadrement d’enfants. Les parents entrent le trajet de leur(s) enfant(s) dans le moteur de recherche du site et voient s’afficher le nom des accompagnateurs potentiels qui souhaitent effectuer ce même trajet. Ensuite, les parents prennent en charge le titre de transport de la personne accompagnatrice. Kidygo perçoit une commission sur cette transaction. La start-up fait également payer 49 euros à l’année son certificat donnant le droit d’accompagner des enfants.

Markus Binggeli: «Kidygo propose un modèle d’affaires basé sur deux axes, ce qui représente une force. Face à l’arrivée de potentiels concurrents sur le marché, la start-up pourrait résister plus facilement. En revanche, ce service manque un peu de transparence. En tant que parent, on a envie de savoir davantage sur les critères d’obtention du certificat d’accompagnateur. J’ai aussi des doutes sur la faisabilité du service en Suisse. En comparaison à la France, les trajets ici sont plus courts. Il est plus facile pour les parents de faire des allers-retours, même si les enfants veulent rendre visite aux grands-parents installés dans un autre canton.»

Wedding planer en ligne
Un mariage est souvent un marathon organisationnel. Entre le choix du lieu de la cérémonie, des vêtements et du menu, de nombreux prestataires doivent être contactés. La start-up berlinoise Foreverly veut rendre cette tâche plus facile. Elle a créé une plateforme en ligne où les futurs mariés peuvent entrer en contact avec plus de 4’500 prestataires. Le service gratuit existe aussi sous forme d’application mobile qui comprend par exemple une «to do» liste et un planning pour le budget. De plus, Foreverly publie un magazine en ligne qui traite des sujets autour du thème du mariage. La start-up se finance grâce aux espaces publicitaires sur son site qu’elle vend aux prestataires. Elle revendique plus de 70’000 visiteurs par mois.

Pico Lantini, directeur de la plateforme d’innovation Platinn: «C’est un service qui illustre le potentiel que recèlent les offres intégrées de services autour d’un moment particulier de la vie. Au-delà de la mise en présence d’annonceurs, stratégie de valorisation déjà bien connue depuis deux décennies, je pense que ce type de plateforme peut apporter des données très pertinentes à des prestataires de services à long terme – comme par exemple des assureurs. Ceux-ci peuvent y trouver un véritable intérêt car ils raisonnent en ‘lifetime value’ des contacts ainsi établis, donc dans une perspective à long terme, et pourraient financer toute ou une partie de la plateforme. En plus, on compte chaque année environ 40’000 mariages en Suisse… ce qui fait un bon volume de contacts!»

Le réseau social de la garde d’enfants
Faire garder son enfant pour quelques heures est souvent un casse-tête pour les parents. Trois entrepreneuses berlinoises ont trouvé une solution en lançant l’application mobile «SitEinander», cette année. Avec cette application, les parents peuvent se construire un réseau entre eux pour organiser les gardes d’enfants. Pour assurer l’équilibre entre les parents, chaque garde effectuée permet d’accumuler des «points». Ces derniers servent ensuite de bons pour pouvoir bénéficier d’une garde. La start-up vient de terminer une campagne de crowdfunding qui doit permettre à SitEinander de se faire connaître dans toute l’Allemagne (en ce moment, l’application est notamment utilisée à Berlin). Le service est gratuit – à terme, la start-up proposera des abonnements payants premium afin de se financer.

Markus Binggeli: «En Suisse, de nombreux voisins et familles s’organisent via des plateformes comme Facebook ou WhatsApp pour différents types d’activité. L’avantage de SitEinander est que toutes les interactions concernant la garde des enfants sont centralisées. En revanche, le marché risque d’être trop petit en Suisse pour une telle application. Pour avoir un modèle d’affaires solide, beaucoup de parents doivent choisir ce système au détriment des autres canaux de communication gratuits, comme WhatsApp.»

Limiter l’isolement des seniors
En France, une personne sur quatre est âgée de plus de 60 ans. Justine Arnoux, une ancienne infirmière, a remarqué que beaucoup de seniors étaient très seuls au quotidien. Cette expérience l’a poussée à créer il y a deux ans MyDonger. Cette plateforme numérique met en relation les personnes âgées avec des «dongers» souhaitant passer du temps avec elles. Ces moments de partage comportent des sorties, des aides (par exemple faire les courses), ou des visites au domicile de la personne âgée. Le service est payant: la retraitée paye le ou la donger selon un tarif horaire convenu à l’avance par les deux parties. MyDonger perçoit une commission de 1,50 euro sur chaque transaction. Pour l’instant, le service compte plus de 500 dongers.

Patrick Albert, coach au sein de la plateforme d‘innovation Platinn: «En Suisse, le pourcentage de seniors dans la population est comparable. La «silver economy», l’économie basée sur les besoins des personnes âgées, est un marché prometteur. D’autant plus que le vieillissement de nos sociétés occidentales va se poursuivre. La plateforme MyDonger s’adresse à mes yeux à une population certes âgées, mais plutôt connectée, qu’on trouve davantage dans les grandes villes. Pour faire bénéficier aussi les seniors moins connectés, il faudrait à mon avis combiner un tel service à des structures de bénévolat déjà existants. Ce type de collaboration nuancerait le côté un peu trop monétaire de MyDonger. Car ce que les personnes âgées cherchent, ce sont aussi des relations sociales à long terme. Concernant le modèle d’affaires, il faut un socle très important de participants pour dégager des bénéfices.»

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Cliquez ici pour lire la première partie du dossier

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Collaboration: Tiago Pires, Carole Extermann, Florence Duarte, Peggy Frey, Sylvain Menetrey, Thomas Pfefferlé, Stéphanie de Roguin et Robert Gloy