LATITUDES

La levure du scientifique

Les chercheurs utilisent un champignon microscopique pour percer les secrets de la cellule.

Qui aurait parié qu’une cellule dénichée dans une bière d’Afrique de l’Est à base de banane et de millet deviendrait un modèle de laboratoire? Tel est pourtant le destin de la levure fissipare, lointaine cousine de la levure du boulanger.

Difficile d’imaginer que ce champignon unicellulaire, semblable à un bâtonnet qui se casse en deux lorsqu’il arrive à maturité, partage des traits avec l’être humain. Pourtant, «si l’on compare les génomes, 70% des gènes de la levure fissipare ont des correspondants dans les cellules humaines», pointe Sophie Martin, professeure au Département de microbiologie fondamentale de l’Université de Lausanne (UNIL).

Non toxique, non pathogène, facile à manipuler génétiquement, et capable de se reproduire en deux à trois heures, ce micro-organisme séduit les chercheurs. «Il a été beaucoup utilisé dans les années 1970-1980 pour comprendre les fondamentaux de la reproduction cellulaire, et a servi de base pour les recherches sur les régulateurs clés du cycle ovulaire qui ont obtenu le prix Nobel de physiologie et de médecine en 2001», poursuit la scientifique.

Aujourd’hui, celle que les chercheurs appellent simplement «pombe», ‒ soit «bière» en swahili ‒, sert notamment à étudier la prolifération des cellules et à comprendre les mécanismes cellulaires qui dysfonctionnent, par exemple dans le cas du cancer, de la dégénérescence musculaire ou des maladies liées au prion.

De leur côté, Sophie Martin et son équipe se concentrent sur l’organisation spatiale de la cellule et son mode de reproduction sexuée. Leurs travaux sur le mécanisme «informant» une cellule que la fécondation a eu lieu et qu’elle ne doit plus chercher à être fécondée ont fait l’objet d’une publication en août 2018 dans la revue «Nature».

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Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 16).

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