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Zététique, vous avez dit zététique?

Les attaques de Jean-Luc Mélenchon contre la Suisse paraissent trop datées pour être prises au sérieux. Comme si on qualifiait le député français de «bolibourgeois».

On aurait volontiers parié sur Pâques, la Trinité, voire la semaine des quatre jeudis, si pas la Saint-Glinglin. Mais non, c’est à l’approche de ce Noël si floconneux de l’an 17 que le joli mot de «zététique» fait son irruption dans l’actualité politique suisse. Grâce en soit rendue à l’historien Christophe Vuilleumier et plus indirectement à l’indépassable tribun insoumis Jean-Luc Mélenchon.

«Que la zététique de M. Mélenchon s’applique à la France qui, de scandales politico-financiers, en a connu plus de trente depuis le début des années 2010», écrit donc sur son bloc l’historien Vuilleumier.

Chacun connaît évidemment les péchés pas toujours si mignons de Jean-Luc le perpétuellement persécuté. Comme patauger dans un populisme de plus en plus épais, une laïcité et une indignation à géométrie tout à fait variable. Ne plus guère savoir s’exprimer qu’en mode paranoïa, sur aucun autre ton que celui de l’arrogance, ne plus touiller d’autres soupes qu’au lait aigre. Mais de là à l’accuser de zététisme…

Chacun bien sûr depuis se sera précipité sur Wikipédia, l’encyclopédie d’aujourd’hui toujours prête à rattraper les langues bêtement données aux chats. Sur ce coup pourtant l’encyclopédie d’aujourd’hui en est un peu réduite à se servir de celles d’hier. Pour nous apprendre qu’à propos du mot «zététique» le Larousse affirme ceci – «se dit des méthodes de recherches scientifiques: méthode zététique» – et le Littré cela: «méthode dont on se sert pour pénétrer la raison des choses».

Plus précisément serait zététique la volonté de chercher par le doute et l’analyse. Qu’a donc cherché Jean-Luc Mélenchon pour faire réagir un historien suisse? Pas grand-chose en fait, puisqu’il s’est surtout visiblement contenté de relire un vieux grimoire bien oublié, datant du premier choc pétrolier, c’est dire: «Une Suisse au-dessus de tout soupçon» de Jean Ziegler.

Pour mieux fustiger devant l’Assemblée nationale française, à propos de différents fiscaux, cet affreux petit pays niché au cœur des Alpes. Cette Suisse envisagée comme un «centre international de blanchiment», «une zone de non-droit», «le quatrième pire paradis fiscal au monde», dotée de dirigeants «moralement suspects» et croulant sous les flots d’un argent qui ne saurait être que celui «de la mafia, du trafic de drogue, du trafic d’êtres humains», bref «l’argent du sang».

Un portrait donc pour le moins caricatural. Au moins aussi caricatural que le fait de reprocher sans cesse à Jean-Luc Mélenchon son chavisme de la première heure.

Ou de lui demander ce qu’il pense de cette information, répétée en boucle année après année par des sites aussi plus ou moins caricaturaux: la personne la plus riche du Venezuela ne serait autre que la fille de Chavez, lourde de plusieurs milliards. Sans que l’on sache bien s’il s’agit de l’argent de la mafia, de la drogue, du sang ou plus simplement de la corruption, du népotisme ou du détournement de la rente pétrolière.

Il est en effet plutôt vain – et caricatural – de reprocher à Jean-Luc Mélenchon, comme à tant d’autres cacochymes militants à gauche de la gauche, leur attachement sentimental et un peu humide aux vieilles révolutions dictatoriales d’Amérique centrale et du Sud.

Certains croient bien aux petits hommes verts ou au grand méchant loup, pourquoi pas alors aux Tupamaros? D’ailleurs quand Jean-Luc Mélenchon s’énerve, dans une émission télévisée, parce qu’on l’interroge sur son patrimoine, ce n’est pas bien grave. N’est-il pas, comme la fille de Chavez et quelques autres, ce qu’on appelle là-bas au paradis vénézuélien un «bolibourgeois» – partisan de la révolution bolivarienne certes, mais doté aussi d’un joli sens des bonnes affaires bien capitalistes.

Du moment que tous ces braves gens ne mettent pas leur pactole à l’abri en Suisse, qui trouverait à y redire?