N’oublions pas que le conflit judéo-arabe a été provoqué à l’origine par les Européens. Et n’oublions pas que depuis juillet, Ehud Barak n’a plus de légitimité parlementaire.
Israël à nouveau sur le pied de guerre. Et les rédactions des journaux à nouveau ameutées par des fax: «Ce soir, 10 octobre, place des Nations à Genève, les communautés juives de Suisse romande organisent une manifestation de soutien à Israël et à la paix.»
Et hop, le tour est joué! Venez soutenir Israël et vous soutiendrez la paix. Vraiment la paix? Mais n’est-ce pas justement l’un des Israéliens parmi les plus importants, Ariel Sharon, chef du Likoud, qui en se rendant sur l’esplanade des mosquées le 28 septembre – à un moment où il aurait mieux fait d’être partout sauf là s’il voulait vraiment la paix -qui a déclenché les violences d’aujourd’hui?
N’est-ce pas ce même Ariel Sharon qui depuis plus de vingt ans compte parmi les hommes les plus dangereux de la planète en raison de son agressivité militaire et politique?
Au moment où j’écris ces lignes, une petite voix me susurre à l’oreille: «Ho! Arrête-toi là, tu commences à aligner des truismes que tes lecteurs peuvent lire, voir ou entendre tous les jours selon le média qu’ils affectionnent.»
En effet, que peut-on encore écrire sur le conflit judéo-arabe qui ne l’ait pas déjà été mille fois? Aujourd’hui, pour ignorer l’essentiel de ce qui oppose Israéliens et Palestiniens, il faut vraiment avoir décidé de ne pas entrer en matière. De se fermer les yeux, de se boucher les oreilles.
Mais ce n’est pas toujours possible, tant les sollicitations sont nombreuses. Car ce conflit judéo-arabe, ne l’oublions pas, a été provoqué à l’origine par les Européens. Par l’antisémitisme qui, de la France à la Russie, a accompagné au siècle dernier l’éveil des nationalités. Par l’impérialisme qui fit du monde arabe un territoire de chasse pétrolière franco-britannique, puis plus tard par le nazisme et la Shoah.
Ce sont ces mouvements qui dans les grandes lignes ont fixé l’image que nous avons du Juif et de l’Arabe du Proche-Orient. Une image et un rapport de force dont la diversité et l’éloignement sont parfaitement symbolisés ces jours-ci par l’affrontement entre enfants palestiniens et rambos surarmés israéliens. Je trouve que toute la démesure du Proche-Orient est résumée par ce face à face d’enfants et de rambos. Jamais on ne voit d’enfants israéliens pris dans les violences. Pour Arafat, après trente ans de pouvoir, c’est une condamnation politique sans appel.
Il y a quelques jours, dans sa chronique du «Temps», Bernard Guetta parlait d’un conflit vieux de trois mille ans. Dans un sens, c’est assez vrai. Mais ce conflit, dont la rationalité se perd dans la nuit des temps et dans la division des enfants d’Abraham, est aujourd’hui la quintessence d’une irrationalité qui trouve toute sa dimension dans la vieille ville de Jérusalem, où chaque pierre est revendiquée par l’une des trois grandes religions monothéistes quand ce n’est pas par leurs subdivisions sectaires dont les rites se perdent eux aussi dans la nuit des temps.
Par rapport à ces enjeux qui n’ont de théologiques que les étiquettes que des vendeurs de rêves à bon marché veulent bien leur coller, le premier ministre israélien, Ehud Barak, a, lui, des soucis beaucoup plus prosaïques. Depuis juillet dernier, il n’a plus de majorité parlementaire.
Logiquement, il devrait donner sa démission et convoquer des élections. On pourrait même imaginer que, victime du morcellement inadmissible de la Knesseth (le Parlement) en raison d’une loi électorale mal faite, il pourrait démissionner en demandant d’instaurer un quorum de 5% pour éviter la pléthore catastrophique des partis politiques. Mais non! Barak, comme n’importe quel politicien de deuxième ligue, aime tellement le pouvoir qu’il est prêt à faire la guerre pour le garder.
Il y est d’autant plus prêt qu’avant d’être politicien, il était général.
