LATITUDES

Arbitre chauve et maillots moulants à l’Euro 2000

Choses vues à l’Euro 2000, à l’approche des demi-finales qui opposeront les Pays-Bas à l’Italie et la France au Portugal.

A l’approche des demi-finales, les Néérlandais paraissent imbattables, eux qui viennent de démolir des Yougoslaves particulièrement fantasques. Mais les Français et les Italiens se sont également fait remarquer. Récapitulons.

L’angoisse de Raul au moment du penalty

On a déjà tout écrit sur Raul. A 23 ans, le jeune attaquant madrilène fait partie de la toute petite camarilla des êtres d’exception ayant déjà marqué plus de 100 buts pour le Real. En sélection nationale, le centre-avant n’est pas mal non plus. Sauf dimanche soir, contre la France en quarts de finale.

On jouait la dernière minute, quand l’arbitre transalpin Collina – surnommé «Scream» en raison de son étonnant faciès – siffla un penalty imaginaire en faveur des Ibères, menés 2 à 1. Le gardien français Barthez ne protesta pas, on se demande d’ailleurs s’il ne connaissait pas l’issue par avance.

Raul posa donc son ballon au point de penalty, recula de quelques pas, et expédia la balle dans les gradins. L’Espagne était éliminée, et ne rééditait donc pas l’exploit du match précédent qui la vit remonter, puis dépasser au score les Yougoslaves dans les toutes dernières minutes de jeu.

Côté espagnol, la messe était dite, et dans le regard de Raul on sentait monter la grande frayeur de l’Inquisition. A moins que ce penalty raté soit imputable, si l’on peut dire, à la présence dans les tribune de la divine Adriana, la plus slovaque des mannequins français. Les Ibères sont rudes, mais elle a de quoi troubler les plus endurcis.

A la fin de la rencontre, le sourire énigmatique de la belle en disait long, d’autant plus que son époux, Christian Karembeu, n’avait pas joué. Une fois de plus.

Un petit bonhomme chauve

Toujours dans la même rencontre France-Espagne, c’est le duo nationaliste de TF1 composé de Thierry Roland (exaltation patriotique) et de Jean-Michel Larqué (analyse technique) qui était de service pour le commentaire en direct. La tension du jeu et la difficulté des Français à manœuvrer une équipe espagnole très resserrée faisaient monter peu à peu l’agressivité, sur le terrain, et dans le box des commentateurs.

Vers le milieu de la seconde mi-temps, l’arbitre Collina, dont on a parlé plus haut, oublia d’expulser un Espagnol coupable d’un plaquage digne d’un rugbyman néo-zélandais. Sans cette faute grossière, Thierry Henry, dit «la flèche noire» aurait filé seul au but.

C’est alors que Thierry Roland, spécialiste des dérives racistes et xénophobes quand l’équipe de France est en danger, éructa tout le fiel dont il est capable à l’encontre de Monsieur Collina: «Ça suffit mon p’tit bonhomme! Y’en a marre de ce chauve!»

Le T-shirt de la polémique

Les Italiens sont également qualifiés pour les demi-finales. Ils auront la lourde tâche d’enrayer jeudi la mécanique batave, parfaitement huilée – le gardien yougoslave Ivica Kralj en sait quelque chose. Pour en arriver là, les Transalpins ont joué au football pendant trois minutes contre les Roumains, ce qui leur a suffi pour conclure brillamment deux contre-attaques.

Difficile donc de se faire un avis précis sur cette Squadra Azzurra qui s’est qualifiée au premier tour dans le groupe le plus faible, avant d’éliminer des Roumains réduits à dix après l’expulsion de leur meneur de jeu Hagi, le «Maradona des Carpates».

Favoris, pas favoris, les Italiens ? Le débat fait rage sur Largeur.com, comme en témoigne les interventions furibardes de certains internautes. Mais la polémique principale à leur sujet concerne, pouvait-il en être autrement, leur tenue vestimentaire.

Les Italiens sont en effet les premiers footballeurs de l’histoire à endosser des maillots de corps supermoulants, à l’allure, disent certains, quelque peu éfféminée. Officiellement, si le T-shirt colle à la peau, c’est «pour éviter de se faire tirer le maillot» – une explication qui ne manque pas de piquant quand l’on connaît précisément le talent inné des défenseurs italiens pour déchiqueter incognito le costume de leurs adversaires.

Alors, utile ou futile le maillot supermoulant? A voir débarquer les joueurs sur le terrain, sanglés dans leur body bleu, les cheveux dégoulinant de gomina (ou retenus par un bandeau, version Totti), on ne peut s’empêcher de constater que les Azzurri ont déjà remporté haut-la-main l’Eurolook.

Oranges sanguines

Il serait malhonnête de conclure cette rubrique sans applaudir la fantastique performance du onze batave. Après avoir atomisé l’équipe yougoslave (6 à 1, dont trois buts de Kluivert et deux d’Overmars), les joueurs de Pays-Bas sont désormais grandissimes favoris de la compétition dont la finale aura lieu le 2 juillet à Rotterdam. Qui saura arrêter la mécanique orange? L’Italie, la France, le Portugal ? Réponse mercredi et jeudi avec les demi-finales.

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Guillaume Dalibert, journaliste, travaille à Paris. Il suit l’Euro 2000 à la télévision.