Depuis l’assassinat de l’extrémiste Arkan au début de l’année, Belgrade durcit sa répression. La semaine dernière, quatre chaînes de radio-TV ont été fermées; 200 autres sont menacées. Sur place, les observateurs anticipent une reprise des conflits.
Alors que l’attention se porte sur les difficultés rencontrées par les Occidentaux au Kosovo, la tension ne cesse de monter en Serbie même. A la fin février, divers journalistes basés à Belgrade signalaient une reprise de la paranoïa qui, par intermittence, frappe la population. Sur fond de désespoir lié à l’immobilisme politique imposé par Milosevic et les siens, les gens se demandent ce qui va se passer ce printemps. Les hypothèses les plus folles circulent: guerre civile lancée par le régime pour étouffer définitivement les oppositions, relance du conflit kosovar à partir d’une intervention contre les Albanais du sud de la Serbie ou du Monténégro, intervention militaire contre le Monténégro.
Le désarroi de la population serbe a été rapporté par des journaux aussi différents que The Guardian de Londres, le Corriere della Sera de Milan ou la Weltwoche de Zurich. Au-delà de supputations dignes du café du Commerce, il y a des faits très inquiétants.
Il est vrai qu’après l’assassinat de l’extrémiste Arkan au début de l’année, Milosevic a durci la répression envers son peuple. Les municipalités dont la gestion a échappé au régime sont sous pression. Les médias qui tentent de maintenir une information indépendante sont accusés d’être «des mercenaires sans morale et sans honneur que l’on reconnaît aux mensonges qu’ils propagent». La semaine dernière, 4 radios et télévisions ont été fermées. 200 autres médias ont jusqu’au 31 mars pour s’acquitter d’importante taxes, sinon ils seront fermés. Samedi 18 mars des milliers de personnes ont manifesté à Krajelvo, dans le centre du pays, contre la fermeture de la télévision locale.
Dans un entretien accordé à la Weltwoche, Natacha Kandic, juriste belgradoise, militante des droits de l’homme se dit convaincue que la guerre reprendra en Serbie même ou au Monténégro.
Le Monténégro compte 600’000 habitants, mais un million de Monténégrins vivent en Serbie où ils sont désormais en butte à toutes sortes de discriminations. Le Monténégro forme avec la Serbie la République fédérale de Yougoslavie. En 1997, il s’est donné comme président un opposant à Milosevic. Semi-indépendant, le Monténégro est devenu une espèce de république mafio-bananière où tous les trafics sont permis grâce à sa position côtière et à son voisinage avec la Croatie, la Serbie, le Kosovo et l’Albanie.
Mais pour Belgrade, le contrôle de ce pays est vital: c’est son seul accès à la mer.
Or depuis quelques semaines Milosevic mobilise des troupes et utilise les bases de l’armée yougoslave pour développer au Monténégro un réseau TV qui puisse faire pièce aux information diffusées par les chaînes locales.
Début mars, Belgrade a proclamé le blocus économique du pays. Mesure suffisamment inquiétante pour que le vendredi 18 mars le secrétaire général de l’OTAN, Lord Robertson s’écrie: «Ce blocus est une provocation visant à affaiblir le gouvernement démocratiquement élu du Monténégro. Belgrade sait très bien qu’en cas d’attaque contre l’un de ses voisins, l’OTAN répondra comme il convient.»
Fanfaronnade? Peut-être, mais l’on sait que l’OTAN est très mal pris au Kosovo et que la permanence de Milosevic au pouvoir empêche toute normalisation balkanique. Pour sortir de l’impasse, l’OTAN (soit les Etats-Unis) pourrait très bien s’emparer du premier prétexte venu pour reprendre l’initiative militaire, en tenant compte des leçons des bombardements de l’année dernière.
Mais le cadre international a beaucoup évolué en une année. Milosevic joue ouvertement la carte de l’opposition au nouvel ordre mondial en cherchant à se rapprocher non seulement des parias que sont le Bélarus, l’Irak, la Corée du Nord ou la Birmanie (il vient d’y envoyer son ministre des Affaires étrangères), mais aussi en se rapprochant de la Russie et de la Chine. Or ces deux Etats sont aujourd’hui en porte-à-faux.
Economiquement, ils ont besoin de l’Ouest. Politiquement ils sont contraints, en raison de la fragilité de leur assise, de jouer une carte nationaliste. L’élection de Poutine dimanche prochain va marquer un durcissement russe. Le pouvoir chinois va devoir digérer l’incroyable affront que représente pour lui l’élection d’un démocrate indépendantiste à la présidence de Taiwan.
C’est dire que Milosevic est loin d’être isolé et que la marge de manœuvre de l’OTAN est des plus restreinte. Pauvres Monténégrins!
