TECHNOPHILE

Attention au piège: appeler un mobile coûte une fortune

Joindre un téléphone cellulaire en Suisse coûte cinq fois plus cher qu’une communication avec les Etats-Unis. Les tarifs sont encore plus difficiles à comparer depuis que l’on peut passer d’un opérateur à l’autre sans changer de numéro.

J’écris souvent que le prix du téléphone chute, à tel point qu’il sera bientôt forfaitaire, voire gratuit. Pour étayer un article sur le sujet, j’ai décidé l’autre jour d’analyser une fois de plus quelques factures téléphoniques de mon entourage. On constate que la part des communications internationales a drastiquement baissé: le coup de fil dans les pays frontaliers ou aux Etats-Unis coûte désormais 10 centimes par minute chez la plupart des opérateurs privés (12 centimes chez Swisscom depuis le premier mars). Les communications locales et nationales représentent par ailleurs des montants souvent négligeables. La surprise vient des appels vers les mobiles qui totalisent souvent la plus grande part de la facture.

Pas étonnant: appeler un téléphone mobile en Suisse coûte plus de 50 centimes la minute aux heures de tarif normal (voir tableau), soit 5 fois plus qu’une communication avec les Etats-Unis ou la France. Pourquoi? «Nous devons rentabiliser les frais d’investissement et de maintenance considérables du réseau de téléphonie mobile, explique Jacques Bettex, porte-parole de Swisscom. Par ailleurs, il s’agit d’une communication d’un réseau à un autre qui nécessite une technologie plus complexe qu’un simple appel fixe.»

Prix, en centimes, d’une communication d’une minute en tarif normal

Destination

Origine

Swisscom
(mobile)
Orange
(mobile)
Diax
(mobile)
Swisscom (fixe)
55
55
55
Sunrise (fixe)
59,25
59,25
59,25
Diax (fixe)
47
47
38
Tele2 (fixe)
50
50
50
Natel Swiss
59
79
79
Diax (mobile)
30-55
30-55
30-55
Orange (mobile)
30-55
30-55
30-55


Avec près de 3 millions d’abonnés mobiles, Swisscom est l’opérateur qui bénéficie le plus des tarifs élevés des communications vers les portables. En plus des communications des abonnés Swisscom, l’opérateur facture des frais d’interconnexion aux opérateurs privés qui veulent connecter leurs usagers vers le réseau Natel. Ainsi, Sunrise, par ailleurs l’un des opérateur les plus avantageux, facture presque 60 centimes la minute un appel vers un mobile (le prix le plus élevé du marché).

Michel Bon, patron de France Télécom, n’a jamais caché que les communications de fixe vers mobile représentaient l’une des principales sources de revenus de la téléphonie mobile. Raison pour laquelle leurs prix restent particulièrement élevés en France (les plus chers d’Europe). Les opérateurs européens se sont rendu compte que ces appels coûteux avaient l’avantage de rester relativement discrets: dans les articles et les études de consommation, on compare principalement les tarifs fixe-fixe ou mobile-fixe, mais rarement les communications de fixe vers mobile, considérées comme marginales. «Nous n’allons pas aussi loin que France Télécom, mais il est clair que la pression concurrentielle sur les tarifs s’exerce surtout sur les communications internationales et depuis les mobiles, reconnaît Jacques Bettex. Pour l’instant, les prix des communications vers les mobiles ne vont pas baisser.»

En fait, les usagers oublient qu’il est parfois plus avantageux d’appeler un téléphone mobile depuis un autre mobile que depuis une ligne fixe. Il est cependant difficile, voire impossible, de savoir quelle est la solution la plus avantageuse depuis l’introduction de la portabilité des numéros de cellulaire: depuis le premier mars, on peut passer d’un opérateur mobile à un autre sans changer de numéro. Du coup, les indicatifs ne permettant plus de déterminer l’opérateur, il devient impossible de deviner le prix de la communication lorsque l’on appelle un mobile.

Les prix des communications vers les portables dépendent de l’opérateur du destinataire. L’usager gardait le contrôle sur ses dépenses tant que les entreprises de télécoms étaient identifiables par leurs indicatifs: Swisscom avec son bon vieux 079, Orange avec le 078 et Diax avec le 076. Mais ces préfixes ne sont plus significatifs. Ainsi par exemple, l’abonné Natel Swiss paie 59 centimes par minute pour une conversation avec un autre abonné mobile Swisscom. Par contre, il devra payer 79 centimes (30% de plus) s’il appelle un client Diax ou Orange. «Si le destinataire est passé de Swisscom à Orange en gardant son numéro 079, notre client pensera qu’il va payer 59 centimes par minute, alors qu’il paiera 20 centimes de plus, constate le porte-parole de Swisscom. Nous trouvons cette situation regrettable, mais nous n’en sommes pas responsables: c’est l’autorité de régulation qui a décidé de procéder ainsi.»

La portabilité des numéros a été introduite sous pression de la Commission fédérale de la communication (ComCom) afin de stimuler la concurrence. «Il y a en effet un cheveu dans la soupe, reconnaît Fulvio Caccia, président de la ComCom. Mais c’est l’un des seuls moyens que nous ayons trouvé pour stimuler encore la concurrence.»

La portabilité des numéros de mobile augmentera considérablement la volatilité du marché. «On s’attend à ce que les usagers changent plus souvent d’opérateur et nous mettons en place des stratégies pour fidéliser la clientèle, explique Thérèse Wenger, porte-parole d’Orange. Mais nous pensons que le courant, notamment dans les entreprises, va surtout aller de Swisscom vers les privés. Selon la simple théorie des vases communicants, puisque c’est chez l’opérateur national que le réservoir est le plus gros.» Swisscom possède près de 3 millions de clients, contre quelques centaines de milliers pour Diax et Orange.