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Formule magique: passez un tour!

La Suisse s’offrira mercredi un étrange spectacle qui doit déboucher sur l’élection d’un gouvernement par le Parlement. Posté en coulisses, Enzo a assisté aux répétitions.

Par Enzo

Pas la peine de vous accrocher à vos fauteuils. Le spectacle d’illusionnistes donné ce mercredi sous la Coupole fédérale pourrait s’intituler «le matin des magiciens aux petites mains» et les répétitions générales ont déjà montré qu’il sera mauvais.

Là où l’on pouvait attendre un vrai débat de fond et frontal sur le mode de gouvernement dont la Suisse a besoin au tournant du siècle règnent la médiocrité arithmétique et le machiavélisme de sous-préfecture. Nos élus, ces Grands électeurs du Conseil fédéral, jouent à se faire peur, guettés par quelques putschistes de droite et de gauche. Et lorsque de leurs chapeaux mous ils nous ressortiront la formule magique, peut-être ébréchée par le mauvais score d’Adolf Ogi ou de Ruth Dreifuss, nous ne connaîtrons toujours pas la conviction profonde de nos alchimistes votant à bulletin secret.

Alors, qui parle vrai dans la salle? La tête d’affiche Blocher? Certainement pas, même si, au carnaval des hypocrites, il n’est pas le pire. Voyez plutôt les radicaux: à force de contorsions, ils ne se voyent bientôt plus les mains. Leur droite s’agite, en coulisses de préférence, pour suivre Blocher dans un gouvernement expurgé des socialistes. Tandis que leur gauche brasse de l’air autour du modèle inverse, excluant l’UDC. Mais attention: ces stratèges-là pensent pouvoir se dispenser de déclarer les yeux dans les yeux à Blocher qu’ils ne veulent plus gouverner avec son parti gangréné par l’extrême droite. Ils préférent échaffauder de lâches plans où Blocher serait contraint de décliner une élection à la place d’Ogi, ouvrant ainsi la voie à l’élection d’un troisième radical.

Ce même pas de deux fait frissonner quelques socialistes. Mais on attend toujours une plate-forme gouvernementale sérieusement discutée entre ses partenaires. Quant aux démocrates-chrétiens, ils sont trop figés par la peur que la logique proportionnelle rattrape leur second siège pour clamer autre chose que leur attachement au statu quo. Reste une poignée de camarades romands qui ont soudain redécouvert le refrain de la «cure d’opposition». Mais eux aussi semblent finalement avoir eu peur de leur propre ombre quand l’appareil socialiste ne les a pas fait rentrer dans le rang.

Ancré dans nos moeurs et dans nos lois, la formule magique aurait nécessité plus que ces gesticulations pour changer de couleur au sortir des élections fédérales. Mieux vaut donc passer un tour et resservir la potion d’origine. Laisser bouillir quelques années, touiller quelques fois encore, et attendre qu’une toque continentale n’oblige à changer les ingrédients de ce tiède brouet.