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L’Iran sera bombardé

Les Israélo-américains sont décidés à frapper l’Iran. Début juin, une répétition générale a eu lieu en Méditerranée. La guerre aura-t-elle lieu avant ou après les élections étasuniennes?

En écrivant ces lignes, je participe en toute conscience à une vaste opération d’intoxication de l’opinion mondiale visant à la préparer au bombardement de l’Iran et à l’élargissement de la guerre menée par les Etats-Unis au Proche-Orient. Mais comment faire autrement?

L’information, parfois, se cache derrière la propagande. Le New York Times a dévoilé la semaine dernière une répétition générale de l’attaque contre l’Iran organisée en Méditerranée par les Israéliens en collaboration avec l’armée grecque, membre de l’OTAN. Nom de code: Glorious Spartan 08. Ils ont pris leur temps pour s’exercer.

Pendant vingt jours, du 28 mai au 18 juin, cent chasseurs F-15 et F-16 soutenus par une dizaine d’hélicoptères CH-53E Sea Stallion (étalon des mers!), un AWAC (boeing équipé pour la guerre électronique) et deux avions citernes se sont acharnés sur des cibles situées sur l’île de Crète, en simulant toutes les cas de figure possibles.

Crète est à 1500 km des bases de Tsahal. Comme les futures cibles iraniennes. Le Pentagone a laissé filtrer son contentement: tout est prêt. A quand le feu vert?

Le jour même de la fin de l’opération, le ministre israélien de la défense, Ehud Barak, de passage à Paris, faisait la une du quotidien Le Monde en déclarant «l’Iran est un défi pour le monde». Manifestement, le chef des travaillistes ne croit pas aux négociations en cours avec Téhéran. Pas plus que le président Bush qui ne cache pas son envie de terminer son mandat sur un formidable feu d’artifice final. La réalité est en passe de rattraper la fiction du Docteur Folamour.

On sait depuis qu’Israël existe que son gouvernement ne peut rien décider sans l’aval de Washington qui porte son existence politique, économique et militaire à bout de bras. Or ce qui s’est passé à la Knesset mercredi 25 juin me paraît annoncer une option guerrière pour cette année-même.

Empêtré dans diverses procédures l’accusant d’être corrompu jusqu’à la moelle, le premier ministre Ehud Olmert a en effet sauvé son poste de justesse. Une motion de la droite, le Likoud de Benjamin Netanyahu, devait faire tomber son gouvernement «centriste» et provoquer de nouvelles élections. Lundi encore, les travaillistes d’Ehud Barak soutenaient Netanyahu. Avant de changer d’avis et d’écarter ainsi les élections anticipées. Une guerre en pleine campagne électorale? Vous n’y pensez pas!

L’affaire iranienne témoigne une fois de plus de la dégénérescence des relations internationales. Dans nos sociétés hautement médiatisées, la recherche d’un casus belli devient de plus en plus difficile et les menteries officielles ne résistent ni aux enquêtes ni aux fuites.

Après les armes de destructions massives irakiennes, voici donc la prétendue course à la bombe iranienne. Nous sommes censés avaler ces bobards, même si des gens qui en principe connaissent le dossier disent le contraire.

Qui? La CIA soi-même en décembre dernier mettait les «experts» en crise en claironnant que Téhéran avait abandonné son programme nucléaire militaire en 2003 déjà.

Qui d’autre? Le directeur général de l’AIEA, Mohamed El Baradeï qui, au lendemain des manœuvres Glorious Spatan 08 mettait en garde les grandes puissances contre une intervention militaire, menaçant de démissionner si elle était lancée: «Je ne pense pas que ce que je vois aujourd’hui en Iran soit un danger actuel, grave et pressant.»

Il paraît de prime abord inconcevable que Bush et ses amis soient capables d’augmenter le bourbier proche-oriental en faisant entrer l’Iran dans la guerre pour de basses raisons de campagne électorale étasunienne, pour remettre en selle McCain et barrer la route à Obama. Et pourtant!

Et pourtant l’option semble d’autant plus irrésistible qu’en maintenant les républicains au pouvoir, elle aurait aussi l’avantage de décupler le business des industries militaires. Et d’augmenter encore un peu plus le prix du pétrole en faisant baisser l’offre face à une demande en augmentation vertigineuse.

On oublie trop que les Bush père et fils, baignant jusqu’au cou dans le pétrole, comptent parmi les plus grands bénéficiaires de la hausse de l’or noir. N’ont-ils pas déjà déclenché deux guerres pour se remplir les poches?