KAPITAL

Les manifestants anti-OMC se trompent de cible

La lutte s’engage contre l’Organisation mondiale du commerce, devenue le bouc émissaire de toutes les angoisses. Des militants s’unissent pour combattre ce symbole de la globalisation. Marco Kalmann n’a pas participé à la manif.

Un soleil vif éclairait ce dernier samedi de novembre. Les manifestants se gelaient les orteils, mais le bleu du ciel donnait un air enthousiaste, presque publicitaire, à leur défilé. Ils s’étaient réunis à l’initiative de la Coordination suisse anti-Millenium Round. «Tous unis contre l’OMC», disait la banderole. J’ai hésité à les rejoindre et j’ai renoncé.

C’est la naïveté de leurs slogans qui m’a fait tourner les talons. A en croire leurs pancartes, ces milliers de personnes (3000 selon la police, presque le double selon les organisateurs) manifestaient à la fois contre la malbouffe, contre McDonald’s, contre Coca Cola, contre le bœuf aux hormones, pour la solidarité, contre la compétitivité (tiens!), contre les organismes génétiquement modifiés et surtout contre cette Organisation mondiale du commerce basée à Genève qui s’apprête à ouvrir son nouveau cycle de négociations à Seattle.

L’OMC est une cible facile, on peut y concentrer toutes les angoisses de l’époque. Cette structure mondiale d’arbitrage commercial est devenue le symbole de la globalisation à visage inhumain. «Non à l’OMC!», crient les manifestants. Comme si une disparition de cet organisme de régulation allait résoudre les questions les plus complexes du prochain siècle: génie génétique, écologie, commerce mondial…

Face à de tels enjeux, je préfère discuter et débattre, par exemple sur le Net, plutôt que de manifester dans la rue. Le protectionnisme ne mène à rien. Définir une alternative claire et cohérente aux ravages du libéralisme me paraît plus efficace que de défiler dans une manif qui amalgame naïvetés et banalités (qui est contre la solidarité? Qui est pour la malbouffe?).

Pour définir cette alternative, plusieurs sites se proposent de répondre au dogme libéral. Parmi eux, l’organisation Global Exchange a tenté de définir «dix bonnes raisons de s’opposer à l’OMC».

«L’OMC ne sert que les intérêts des multinationales, piétine les droits de l’homme, détruit l’environnement, pénalise les pays pauvres, augmente les inégalités», dit Global Exchange. Son acte d’accusation est étayé par des exemples concrets, parfois pertinents, parfois douteux, mais suffisamment crédibles pour que l’OMC ait décidé d’y répondre sur son propre site; les internautes peuvent trouver un contre-argumentaire qui nourrira leurs réflexions et qui leur démontrera, peut-être, que l’OMC n’est pas si nocive.

Prenons par exemple l’accusation qui présente l’OMC comme un organisme anti-démocratique. «Ses lois sont écrites par les multinationales qui ont accès aux négociations; les propositions des citoyens et des organisations non-gouvernementales sont constamment ignorées», disent les militants de Global Exchange. Pas du tout, rétorque l’OMC: nos membres sont des gouvernements, et toutes les décisions sont prises par consensus. Il est vrai que ces gouvernements tiennent compte des intérêts d’entreprises privées. Mais ils se basent aussi sur les revendications des associations écologiques et de consommateurs… Encore faut-il qu’elles se fassent entendre.

Pour faire avancer leurs causes, qu’elles soient humanitaires, sociales, alimentaires ou écologiques, les militants doivent donc s’en prendre à leurs propres gouvernements: ce sont eux, et eux seuls, qui pourront faire entendre leurs voix à l’OMC (en attendant que les organisations non-gouvernementales et parlements nationaux y soient mieux consultés). Mais ce n’est pas en supprimant l’OMC que l’on fera entendre ces revendications.

Au lieu de lutter contre le tribunal, il vaut mieux définir une bonne stratégie de défense avec ses avocats, me semble-t-il. L’OMC joue un rôle fondamental dans la croissance économique mondiale. Un blocage des négociations nuirait autant aux pays pauvres qu’aux pays développés.

Samedi, à Genève, les manifestants se sont trompés de slogan. Ils disaient non à l’OMC comme certains partis disent non à l’Europe. C’est pourtant en participant à une telle structure supranationale que les petits ont une chance de se faire entendre par les grands.

Sur les banderoles des manifestants, on pouvait lire «Tous unis contre l’OMC». J’aurais préféré: «Tous unis pour se battre au sein l’OMC».