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Une histoire de double nuisance

La saison 2008 des votations s’ouvrira avec les FA/18 et l’imposition allégée des entreprises. Deux sujets qui recréent mécaniquement les vieux antagonismes d’avant le 12 décembre.

«Voilà nos impôts qui passent»: la vieille phrase rituelle, à chaque surgissement d’avions militaires au-dessus des têtes ponctionnées, pourrait servir de fusil à deux coups le 24 février prochain.

Le peuple bon et souverain, ou supposé tel, se prononcera en effet ce jour-là à la fois sur l’initiative de Franz Weber visant à interdire le survol des zones touristiques par les FA/18 de notre vrombissante armée et la réforme de l’imposition des entreprises.

À l’heure où l’UDC n’en finit plus de se tâter, de prôner tout et son contraire — un jour du sang et des larmes, un autre jour l’apaisement, un jour avec Blocher à sa tête, un jour sans, un jour une opposition féroce, le lendemain un partenariat constructif –, on notera que, sur ce double coup là, après le séisme du 12 décembre, les vieux clans traditionnels se sont reformés comme par magie ou atavisme.

UDC, radicaux et PDC combattent d’une seule voix l’initiative Weber et soutiennent, avec la même touchante unanimité la réforme fiscale des entreprises, tandis que la gauche et les Verts adoptent les positions exactement inverses.

L’imposition d’abord: la réforme prévoit d’alléger le système dit de double imposition qui taxe les bénéfices d’une entreprise mais aussi les gains de ses actionnaires. Un peu lourd lorsque le patron est aussi le principal actionnaire.

«Une double imposition, par définition, c’est une de trop». Voilà, en résumé, la position des entrepreneurs, pétrie de cette bonne grosse logique qui fait les lapalissades économiques les plus coriaces. Cadeau honteux aux riches de chez riche, rétorque, tout aussi mécaniquement, la gauche.

Bol d’air pour les milliers de PME et d’exploitations agricoles, affirment les partisans de la réforme. Exonération injustifiée de 8000 gros actionnaires, certifient les opposants. Création d’emplois, serinent les milieux économiques. Ruine de l’AVS, contre-attaquent les socialistes.

Bref, voilà le citoyen à nouveau invité à plonger dans le vide, à avancer dans l’ombre, avec à la main un bulletin de vote en forme de coup de poker ou de mise à la roulette. En n’oubliant pas quand même, depuis l’avancée de la mondialisation néo-libérale, ou archéo-esclavagiste — selon les points de vue — qu’«actionnaire», même suivi de l’épithète «exonéré», cela rime de moins en moins avec «postes de travail» et de plus en plus avec «compression des coûts».

Relevons à ce propos, et pour l’anecdote, qu’à Zürich, l’UDC et les radicaux proposent la suppression du 1er mai comme jour férié, sous prétexte de casseurs bien utiles ou autres providentiels «black blocks». Un signe sans doute que, depuis longtemps, le travail n’est plus une valeur qui mériterait sa fête annuelle.

Concernant les coucous chers à Samuel Schmid, les choses paraissent heureusement plus simples. Qui voudra croire que sans FA/18 en exercices assourdissants et perpétuels au-dessus du Valais et de l’Oberland bernois, la Défense nationale serait en péril?

Bien sûr, les militaires y vont de leur petit chantage — sans Fa/18 point d’Euro 2008, pas de forum de Davos, plus de conférences internationales. Bien sûr, les populations les plus concernées préfèrent, retombées économiques obligent, ne rien entendre: en Valais, on enregistre d’avantage de plaintes contre les dégâts silencieux du loup que contre le vacarme des avions militaires.

N’empêche, le dilemme se révèle ici d’une clarté toute physiologique: voter avec le ventre ou les oreilles.