George Bush Junior, fils de l’ancien président américain, part favori dans la course à la Maison Blanche. Son programme prévoit une augmentation massive des dépenses d’armement.
Si l’élection présidentielle américaine de novembre 2000 avait lieu aujourd’hui, le républicain George Bush Junior, fils de, l’emporterait aisément sur Al Gore, actuel vice-président des Etats-Unis et candidat clintonien de la continuité démocrate. Un récent sondage crédite Bush Jr de 54 points contre 37 pour Gore.
Il est certes prématuré de tirer des plans sur la comète: la course à la fonction suprême américaine s’apparente à un véritable marathon, ponctué par la cadence infernale des fameuses «primaires». Mais l’éventualité du retour à la Maison Blanche d’un dénommé Bush, estampillé 100% texan moins le stetson, est bien réelle.

Jusqu’ici, il était difficile d’imaginer la politique étrangère d’un «Bush 2» président. On ignorait tout de la vision du monde du gouverneur du Texas. Depuis quelques jours, le tableau s’est clarifié: ce qu’il a dit la semaine dernière devant un parterre d’officiers de la Navy à Charleston, en Caroline du Sud, a de quoi faire sourire, ou frémir, c’est selon.
«Si je suis élu, je défendrai les Américains des missiles et de la terreur et je commencerai à façonner l’armée du 21ème siècle», a dit le favori à l’investiture républicaine. Son programme prévoit d’accroître de manière spectaculaire les dépenses en recherche et développement pour de nouveaux armements, d’augmenter l’enveloppe salariale du personnel de la défense d’un milliard de dollars par an et de se préparer à d’éventuelles confrontations avec la Chine et la Russie, notamment en réactivant un ambitieux projet de défense anti-missiles. Le père avait eu l’occasion d’enterrer – presque malgré lui – la guerre froide, le fils prépare un retour vers le passé.
Il ne faut pas se fier à la ressemblance physique entre les deux hommes. George Bush Junior n’a pas la culture géographique de son père. Il a encore du mal à faire la différence entre la Slovaquie et la Slovénie, et l’autre jour, en évoquant les habitants de la Grèce, il a gaffé en parlant des «Gréciens». Si son appréciation des affaires planétaires évoque furieusement celle de son paternel, c’est qu’elle est «pensée» par la même personne: Condoleeza Rice, 45 ans, qui pourrait devenir la femme la plus puissante de la planète en s’emparant du Département d’Etat en cas de victoire républicaine à la Maison-Blanche.
Forte en thème, spécialiste de la Russie, cette femme noire de 45 ans était déjà l’âme de la politique soviétique de George Bush père. Elle s’apprête à jouer le même rôle auprès du fiston, avec la certitude qu’il ne faut plus jamais traiter Moscou avec la légéreté clintonienne, estimant qu’on s’est trompé de cap en considérant Eltsine comme un partenaire, tout en déboursant les prêts du FMI dans le «trou noir de la corruption moscovite». Cet argumentaire est disponible sur le site officiel de la candidature Bush à la présidence.
Curieuse coïncidence, quand l’Amérique se dotera d’un nouveau président à la fin 2000, les Russes auront changé le leur cinq mois plus tôt. Les candidats ne manquent pas, à commencer par les deux favoris, le puissant patron de Moscou Iouri Loujkov, et l’ancien maître-espion du KGB (et ex-premier ministre) Evgueni Primakov, vieux renard de la guerre froide. On évoque même le retour sur le devant de la scène du général Alexandre Lebed, celui qui veut laver l’affront fait à ce qui était l’Armée Rouge. Ils disent tous la même chose, ne veulent plus «plier» devant l’Occident, parlent de restaurer la «grandeur» de la Russie.
Quel qu’il soit, le nouveau maître du Kremlin aura peut-être en face de lui, de l’autre côté de l’Atlantique, un type qui pense surtout à la Russie en terme de menace ballistique. Nous assisterions alors au grand retour d’une expression trop longtemps disparue d’un lexique bipolaire lui aussi passé de mode, le «téléphone rouge». Qu’il se remette à sonner et les années 90 feraient soudainement figure de parenthèse historique. De l’équilibre de la torpeur, on passerait à nouveau à celui de la terreur. Il ne faut jamais désespérer: la fin de l’Histoire attendra encore un peu.
