KAPITAL

Lingerie chic en un clic

Les grandes marques de soutiens-gorge se vendent bien sur le net et aguichent la clientèle masculine. Petit tour derrière le paravent.

Les vendeuses en lingerie chic connaissent bien l’embarras des hommes qui entrent dans leur boutique. Pudeur? Gêne face aux regards qui semblent deviner le but coquin de l’achat? L’internet a permis de régler le problème. Confortablement assis à la maison, les clients peuvent désormais choisir sans rougir les bonnets correspondant le mieux à la poitrine de leur bien-aimée.

«L’embarras que ressentent les hommes dans une boutique de lingerie a placé la vente de soutiens-gorge parmi les premiers secteurs à bénéficier du commerce électronique, après les “sex-toys”», observe Salvino Salvaggio, sociologue, consultant en stratégie et management, spécialisé dans l’intimité.

En Suisse, deux Lucernois se sont lancés dans l’affaire en 2001 avec Underwear24.ch. «Nous avons constaté qu’il y avait un marché de niche en matière de vente de sous-vêtements en ligne, non seulement parce que les femmes s’épuisent en les achetant dans les magasins, mais aussi parce que les hommes ne sont pas courageux en matière de dentelles», indique le cofondateur, Stefan Erzinger.

Leur hypothèse se confirme, puisqu’ils ont doublé chaque année leur chiffre d’affaires, pour atteindre aujourd’hui plus d’un million de francs par an et 50’000 clics par mois, dont la moitié par la gent masculine. Underwear24 a également l’avantage de vendre les grandes marques vers lesquelles sont attirés les hommes, comme Triumph ou Sloggi.

1001dessous.com, spécialisé dans les sous-vêtements féminins, fait partie des dix sites de mode et beauté francophones les plus visités sur le web avec près de 250’000 visiteurs mensuels (selon Médiamétrie/Netratings 2005). «Les hommes représentent aujourd’hui 22% de nos clients, un chiffre en hausse», remarque Anne-Laure Brémond, responsable du site à Marseille.

Miser sur l’achat masculin répond non seulement à une volonté d’attirer de nouveaux clients, mais également d’écouler les modèles chers, «puisque les hommes achètent en vue de faire un cadeau», comme l’explique le sociologue. Le net les encourage à flâner et à multiplier les actes d’achat, ce qu’ils ne font pas en boutique. Chez Beldona à Genève, une vendeuse déplore: «Les hommes sont rares et, en plus, ils viennent et repartent vite fait.»

La pudeur des sentiments Les sites se présentent de manière très fonctionnelle, afin de permettre à la clientèle masculine d’aller droit au but. Cependant, alors qu’ils assurent la discrétion, ils ne remplacent pas l’aide de la vendeuse, ce que beaucoup regrettent.

Pour pallier ce manque, les photos en trois dimensions sont toujours plus fréquemment utilisées, afin que l’internaute puisse examiner tel ou tel soutien-gorge sous toutes ses coutures.

De plus, un autre concept attire l’attention de Salvino Salvaggio: «Dès l’aube du commerce électronique en Europe, la marque Barbara, par exemple, a lancé un site qui guide les hommes au moyen d’un questionnaire simple, vers les modèles de soutiens-gorge adaptés.»

Aux questions sur la taille et la forme des seins, s’ajoutent les choix multiples, du genre «Est-elle plutôt violons sensuels marocains, soirées londoniennes ou pique-nique crapuleux dans les bois?», qui permettent d’établir si Madame est plutôt dentelle fine, cuir, ou coton à petites fleurs.

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Une version de cet article est parue dans le magaznie L’Hebdo du 1 décembre 2005