Un nouveau fournisseur d’accès britannique offre des paquets d’actions à ses abonnés. La société promet une entrée en bourse prochaine.
Au Royaume-Uni, ou l’expression «phénomène de masse» ne suffit plus à décrire la formidable explosion de l’internet grand public avec plus de 20 millions d’usagers réguliers, la bagarre entre fournisseurs d’accès au réseau vient d’entrer dans une nouvelle phase. Alors que les ISP (Internet Service Provider) gratuits se comptent déjà par dizaines, la seule promesse d’offrir au client potentiel un accès mensuel sans paiement d’un abonnement ne suffit plus.
Nouvel acteur sur le marché britannique, Blue Carrots propose tout simplement à ses futurs utilisateurs de devenir ses actionnaires. En adhérant online au service gratuit de ce nouveau «portal», on devient automatiquement propriétaire d’un paquet d’actions de Blue Carrots. Le provider anglais promet qu’au moins 80% de son capital sera distribué à sa clientèle, à condition que celle-ci passe fréquemment par le site pour entrer sur le net, ce que le fournisseur d’accès peut facilement vérifier.
Plus les adhérents seront nombreux, plus la valeur virtuelle de la société devrait grimper. Une très large base de clients permettra également à Blue Carrots de «négocier des rabais pour des achats groupés», de matériel informatique par exemple. Blue Carrots indique qu’elle envisage une entrée à la bourse de Londres d’ici deux ans. Si l’on se réfère aux aventures boursières les plus fameuses de l’ère cyber (Amazon.com, eBay, AOL), les utilisateurs pourraient rapidement transformer leurs «carrotz», c’est ainsi que l’ISP britannique nomme ses actions, en millions de livres sterling.
Le concept est certes totalement neuf sur le réseau, mais il s’inspire très largement du succès des mutuelles hypothécaires du Royaume-Uni, où chaque bénéficiaire d’un prêt pour la construction ou l’achat d’un logement est également détenteur d’une part de l’entreprise. Récemment, les mutuelles en question ont commencé à se «démutualiser» pour se transformer en sociétés anonymes, leur entrée en bourse se transformant en ticket de loto gagnant pour les détenteurs de parts; c’est un peu le même principe que Blue Carrots entend suivre.
La démarche va pourtant au-delà du simple actionnariat populaire virtuel. Entreprise participative, les carottes bleues demandent à leurs adhérents davantage que du «feedback»: une véritable interaction entre les utilisateurs du site et ses concepteurs. Ainsi les idées transmises par e-mail au siège de la société ne seront pas simplement enregistrées par un quelconque customer service, mais donneront lieu à des réponses personnalisées. L’entreprise a pour but de transformer l’utilisateur passif en véritable co-propriétaire. En réalité, Blue Carrots pourrait devenir le tout premier kibboutz de l’internet. Mais dans cette ère post-idéologique, son objectif ne sera pas tout à fait socialisant, puisqu’il s’agira avant tout de favoriser le commerce électronique à tarifs préférentiels.
Idée de génie ou utopie? Histoire de prouver le sérieux de l’entreprise, le site propose de télécharger un document d’une trentaine de pages rédigé par des avocats d’affaires londoniens, spécialistes du droit du réseau. La lecture de ce texte est ardue, mais elle permet de se faire une idée assez précise de la détermination des cultivateurs de carottes bleues.
