CULTURE

Nouveau design romand, pour Ikea et Swatch Group

Ce collectif neuchâtelois d’avant-garde va réaliser à Auvernier le projet «Dress Your Body» de Swatch Group. Entre autres défis.

L’année 2005 s’annonce luxuriante pour l’atelier Oï. Le collectif d’architecture et de design basé à La Neuveville a été choisi pour réaliser l’ambitieux projet Dress Your Body (DYB) du groupe Swatch, qui réunira sous deux toits – dont l’un garni de ceps de vigne en croissance – toutes les activités de joaillerie et bijouterie du géant horloger du côté d’Auvernier (NE).

En parallèle, Oï multiplie les créations de mobilier sur la scène internationale, prépare une rétrospective de ses travaux chez teo jakob et la scénographie d’une expo au mu.dac de Lausanne. Et ce ne sont là que quelques-uns des défis qui agitent cette quinzaine de créateurs installés dans une discrète usine blanche sur les hauteurs du lac de Bienne, face à l’île Saint-Pierre. Oï n’a jamais été aussi sollicité qu’aujourd’hui.

«Ça devient presque difficile de gérer autant de projets en même temps», admet Patrick Reymond, designer, 42 ans, qui a fondé l’atelier en 1991 avec ses confrères Aurel Aebi et Armand Louis. La reconnaissance internationale est arrivée vers 1997, quand Ikea a mandaté les Neuvevillois pour réaliser des porte-journaux, des lampes, etc. «Les gens d’Ikea nous avaient découverts par hasard, grâce à notre carte de bons voeux qui montrait un de nos objets», explique Patrick Reymond.

Dans la foulée, le collectif a dessiné l’arteplage neuchâtelois (avec roseaux fluorescents et galets géants), l’intérieur du beau musée d’archéologie Laténium de Neuchâtel, sans oublier diverses maisons individuelles, des intérieurs de boutiques et le pavillon AlpTransit au Gothard.

Pour gérer en parallèle des mandats aussi différents, l’atelier a développé un processus créatif où chacun ajoute ses idées au «work in progress», qui passe de la discussion informelle à l’écran d’ordinateur, puis à l’atelier de prototypes (où diverses textures futuristes sont réunies dans une «matériothèque») et ainsi de suite. «Le travail est organique et collectif: chacun de nous n’est qu’une étape du processus.» Et, comme les idées surgissent souvent sur une nappe de bistrot, Oï a conçu une table baptisée «millefeuille» dont la surface est composée d’une épaisse pile de papiers détachables.

La situation excentrée de La Neuveville est paradoxalement devenue un atout pour l’atelier bilingue. «Nous sommes aussi près de Genève que de Zurich», dit Patrick Raymond. La proximité géographique du groupe Swatch, à Bienne, a également constitué un atout: Oï est régulièrement mandaté par le géant horloger, notamment pour ses stands à la Foire de Bâle. Luxe suprême: le collectif peut désormais se permettre de refuser des commandes. «Quand nous nous rendons compte qu’un client a besoin de quelque chose que nous ne pouvons pas assurer, nous préférons renoncer.»