LATITUDES

La moitié des voitures pourrait disparaître d’ici à 2033

Le cabinet Deloitte a publié une étude sur le futur de la mobilité en Suisse: plus de la moitié des personnes interrogées s’attendent à ne plus posséder de voiture d’ici dix ans. Une prédiction inédite contestée par le TCS et Auto-Suisse.

Avec 4,7 millions de voitures en circulation fin 2023, soit presque 230’000 de plus qu’en 2022 selon l’Office fédéral de la statistique, la Suisse continue d’être un pays largement motorisé. Néanmoins d’ici 2033, seuls 40% des Suisses pourraient encore posséder un véhicule selon les estimations du cabinet de conseil Deloitte. Dans son étude «Mobilité du futur», publiée début 2024, le millier de personnes interrogées ont déclaré à 80% posséder un véhicule, la moitié d’entre eux s’imagine s’en débarrasser d’ici environ 10 ans. En cause: l’essor de la mobilité partagée, la conduite autonome et la combinaison des modes de transports.

Même si l’étude se concentre sur des projections imaginées de résidents suisses, elle met toutefois en avant des tendances importantes pour l’avenir. «Je ne sais pas dans combien d’années les Suisses abandonneront leur voiture, mais nous sommes sûrs qu’ils utiliseront un écosystème de mobilité où la voiture individuelle ne sera plus prépondérante», explique Michael Ruosch, responsable de l’étude et directeur du conseil en assurance chez Deloitte Suisse.

Une dynamique contestée

La moitié des voitures pourrait donc disparaître d’ici à 2033. Pour Auto-Suisse, principale association des importateurs d’automobiles et pour le TCS, les chiffres actuels contredisent cette prédiction. «L’Office fédéral du développement territorial table au contraire sur une augmentation de 11% pour le transport de personnes et de 31 % pour le transport de marchandises d’ici 2050», détaille Laurent Pignol, porte-parole du TCS.

«Ces dix dernières années, on observe en Suisse un taux de motorisation stable, avec environ 540 voitures par millier d’habitants, soit une voiture pour deux personnes en moyenne détaille Christoph Wolnik, directeur adjoint et porte-parole d’auto-suisse. Un chiffre qu’il est difficile d’imaginer changer drastiquement dans les années à venir.» Michael Ruosch de Deloitte tempère: «Les répondants tendent parfois à être optimistes dans leurs attentes, peut-être ont-ils surestimé la suppression des voitures. Nous croyons en revanche que cette tendance se vérifiera, mais peut-être moins rapidement qu’imaginé.»

Mobilité combinée

L’étude révèle qu’un quart du millier de personnes interrogé possède déjà un abonnement pour un service de partage de voiture. «La mobilité partagée est la tendance qui impacte le plus directement la possession d’un véhicule personnel, poursuit Michael Ruosch. Sans avoir à supporter la charge liée à une voiture, les plateformes d’autopartage et de covoiturage permettent un accès à un véhicule sur demande.» Parmi les utilisateurs de mobilité partagée, la moitié a recours à des services de type taxi et un tiers utilise des systèmes d’autopartage – 28% chez Mobility. Entre 2016 et 2022, le nombre de membres Mobility est d’ailleurs passé de 132’000 à 261’000 utilisateurs.

Pour le TCS, cette augmentation des modes de mobilité est une tendance générale, qui se retrouve aussi dans la voiture individuelle. «Les résultats de notre rapport de 2018 font état d’une Suisse multimodale, où la part du transport individuel motorisé est encore prépondérante, dit le porte-parole Laurent Pignol. Aujourd’hui, 74% des kilomètres effectués par personne sont effectués en voiture individuelle.»

Pour les assureurs, les offres doivent désormais s’adapter à des usagers qui combinent plusieurs modes de transport. «Selon notre étude, 47% des personnes préfèrent utiliser d’autres formats de mobilité que la voiture – transports en commun, trottinette, vélo, etc. –, et 42% en cumulent plusieurs au moins une fois par semaine lors d’un même trajet», précise Deloitte. Le cabinet constate ainsi l’émergence de nouveaux produits assurantiels couvrant l’usager tout au long de son voyage, quel que soit le moyen de transport utilisé. L’étude a par ailleurs été menée à destination des assureurs. «L’assurance automobile représente 28% des primes visant à protéger les biens, commente Michael Ruosch. Avoir une idée des prochaines évolutions en matière de mobilité est crucial pour ces entreprises.»

L’horizon des véhicules autonomes

L’étude de Deloitte s’est aussi intéressée au développement de la conduite autonome. «Aujourd’hui, plus de la moitié des interrogés ne se sentirait “pas du tout en sécurité” dans un véhicule totalement autonome. Mais 53% s’attendent à changer d’avis d’ici 2033. Cette confiance dans l’avenir de la voiture autonome est particulièrement présente chez les 18-34 ans, où 65% se projettent en sécurité dans une telle voiture à l’avenir», explique le responsable de l’étude.

Un futur que questionne Christoph Wolnik, directeur adjoint et porte-parole Auto-Suisse. «Ces dernières années, l’industrie automobile a pris conscience que cette technologie très complexe ne doit pas être mise sur le marché prématurément. Sur la base des connaissances actuelles, il faudra probablement attendre bien plus d’une décennie avant de voir un grand nombre de robot-taxis sur nos routes.»

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Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans la Tribune de Genève.