Ce qui surprend, dans ces images de la conquête lunaire, c’est l’absence de sponsors. Si elle avait lieu aujourd’hui, l’expédition serait sans doute bardée de marques commerciales.
C’était l’événement médiatique de la semaine. Les images de la conquête lunaire, trente ans après, n’avaient rien perdu de leur pouvoir de fascination. Je les ai revues sur toutes les chaînes de TV, dans tous les journaux, avec toujours la même émotion. La nostalgie d’un futur idéal, la beauté d’un exploit scientifique sans sponsor.
Si elle avait lieu aujourd’hui, la conquête de la lune aurait certainement été parrainée par des multinationales. On aurait vu le grand M du fast food sur le drapeau «flottant», les trois lettres IBM sur le casque d’Armstrong, le logo CNN au sommet du module ou la virgule de Nike imprimée dans la Mer de la Tranquilité.

Mais les images de 1969 sont restées obstinément vierges de toute présence commerciale. Seul un oeil averti peut distinguer, au poignet des astronautes, un minuscule caractère de l’alphabet grec. Un petit pas pour l’homme, mais un pas de géant pour Omega et cette horlogerie suisse qui, pourtant, ne connaissaient pas encore Nicolas Hayek.
De la même manière, la marque Hasselblad, qui a fourni les équipements photographiques de l’expédition, a pu par la suite utiliser ces images dans sa pub. Au rayon des sponsors, c’est à peu près tout.
Les images de la conquête lunaire paraissent si pures aujourd’hui, non brouillées par les signaux visuels des grandes marques. On n’a plus l’habitude. Depuis les années 70, les téléspectateurs découvrent des logos scotchés à tous les événements d’une certaine ampleur. Demandez à Bertrand Piccard…
La NASA, elle, a été capable de financer l’expédition lunaire avec son seul budget, un budget massif débloqué dès le début des sixties par JFK Senior. Il était là, le grand sponsor de l’opération: c’était l’Amérique, avec son drapeau étoilé et son esprit pionnier. Une splendide campagne de publicité politique pour l’american way of life. C’était l’époque de la guerre froide, les Russes étaient déjà largués.
Après cette apogée du 21 juillet 1969, la conquête spatiale a naturellement perdu de son attrait. Aucun projet finançable ne pouvait dépasser la lune. L’Amérique avait démontré sa suprématie technologique en mondovision: la mission était accomplie.
Depuis trente ans, la NASA gère tranquillement des projets plus modestes. Un vol standard de la navette spatiale coûte en moyenne 350 millions de dollars. On a vu les astronautes tester du Pepsi et du Coca en orbite, on a repéré des Thinkpads d’IBM dans le cockpit, des appareils Nikon dans la soute.
L’agence pourrait sans doute trouver d’autres sponsors pour alléger ses coûts, quelques millions par-ci, quelques millions par-là. Mais l’intérêt du public pour les projets spatiaux n’est plus ce qu’il était. On ne peut pas rivaliser avec la lune.
