De la Birmanie jusqu’à Cuba, les dictatures ne cessent de renforcer la répression. Ce qui n’empêche pas les touristes de partir en masse visiter certains de ces pays martyrs.
Alors que chacun se demande si le thermomètre baissera plus rapidement que Bush dans les sondages, l’actualité brûlante des dictatures nous incite à faire un détour du côté de celles qui ne cessent d’accentuer la répression.
Ces jours-ci, plusieurs Etats montrent que si la mondialisation a investi la planète, il reste des zones interdites où il ne fait pas bon vivre. Où les gens se fichent du beau temps et se demandent comment ils vont s’en sortir.
A tout seigneur, tout honneur: la Corée du Nord, communiste depuis la dernière guerre mondiale, se fait sermonner par son voisin et protecteur chinois (une autre dictature et pas des moindres!) afin qu’elle accepte une vraie négociation internationale sur son programme nucléaire. Les responsables chinois n’ont surtout pas envie que l’affaire tourne mal et que les Américains interviennent militairement à leurs portes, ce qui les placerait dans une situation politico-militaire inextricable.
Mais comment faire plier un dictateur aussi rusé que Kim Jong-Il? L’isoler? Il l’est déjà. Le renverser? La longévité de son père au pouvoir — près d’un demi-siècle — prouve que c’est quasiment impossible. L’acheter? C’est certainement la voie que devront suivre Chinois et Américains curieusement unis pour l’occasion.
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En Birmanie, les généraux au pouvoir depuis 1962 sont en train de démanteler le mouvement oppositionnel qui se reconnaît en Aug San Suu Kyi. Elle-même et les autres dirigeants de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, sont en prison. Dans des conditions dures, dénoncées par tout ce que la planète compte comme organisations de défense des libertés. Mais les généraux sont décidés à frapper fort: les responsables provinciaux du parti sont aussi enfermés ou en fuite, les sièges du parti fermés. Les militants partent par camions entiers à destination des camps de concentration.
A part ça, le tourisme marche bien, merci pour les généraux, et les Occidentaux se pressent pour visiter les beautés d’un pays martyr sous prétexte de faire la charité aux malheureux qui y vivent.
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L’Iran couvert du noir chiite depuis 1979 connaît lui aussi une vague de répression violente depuis quelques semaines. Les mollahs sentent leur pouvoir vaciller tant en raison du mécontentement populaire que des pressions américaines. Aussi ferment-ils le pays: l’assassinat par la police politique d’une photographe irano-canadienne, Zahra Kazemi, témoigne de leur volonté d’éloigner tout regard indiscret.
Mais les étrangers ne sont pas les seules victimes: la répression frappe aussi les partisans d’une ouverture du régime qui peuplent à nouveau des prisons qui par ailleurs n’ont jamais cessé de fonctionner.
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Cuba enfin, le Cuba de Cumpay Segundo mais surtout de Fidel Castro (au pouvoir depuis 1959!), maintient son régime d’une poigne de fer. Mardi 15 juillet, trois personnes sont mortes pour avoir tenté la fuite vers la Floride.
Pour comprendre ce qu’ils fuyaient, il vaut la peine de citer le communiqué cubain annonçant leur mort: «L’objectif de ces délinquants était de se rendre aux Etats-Unis. Ces faits répugnants sont le résultat direct de la grossière loi qui permet depuis près de 40 ans d’accorder le privilège exceptionnel de donner asile, résidence et droit à travailler immédiatement à toute personne de ce calibre arrivant illégalement aux Etats-Unis.»
Il se trouve malheureusement des dizaines de milliers de touristes d’un autre calibre qui n’éprouvent aucune vergogne à alimenter les caisses d’un Etat qui tire à vue sur ce genre de «délinquants». Il est vrai que sur les plages souillées de sang, filles et garçon du cru ne coûtent pas cher.
