GLOCAL

Un Tony Blair si décevant

L’Europe ne veut pas d’une guerre contre l’Irak. Comment le premier ministre anglais, refondateur espéré de la gauche européenne, peut-il persister à soutenir aussi aveuglément la vision bornée américaine?

Une gigantesque bulle politique plane sur le monde. On s’en doutait dès la déclaration de guerre au terrorisme mondial lancée par George W. Bush au soir du 11 septembre 2001 tant le propos était en porte-à-faux avec le danger réel couru par les Etats-Unis. Les gesticulations de Tony Blair, mardi à la Chambre des Communes, apportent la preuve définitive non du danger que l’Irak ferait courir à la planète, mais de la vacuité du discours de ceux qui veulent – de cette manière, dans ces conditions – la peau du dictateur de Bagdad.

Que Bush maintienne le cap de la guerre irakienne pour conforter la domination américaine dans le Proche-Orient et son propre pouvoir au sein des Etats-Unis à la veille des élections intermédiaires et du démarrage prochain de la campagne présidentielle de 2004 peut, à la limite, trouver une justification rationnelle.

Que Tony Blair, le brillant Tony Blair, le refondateur espéré de la gauche européenne, persiste à patauger dans ce bourbier est par contre désolant.

Comme il est exclu que l’opinion publique européenne s’exalte pour une guerre sans objectifs politiques ou militaires clairement définis, une fois encore la gauche devra passer un tour, se morfondre dans des divisions stériles où les anciennes pesanteurs étoufferont les aspirations novatrices, assister en spectatrice à un désastre annoncé.

Pour les prochaines années, le seul gouvernement de gauche capable de peser sur la politique mondiale, sera celui de Gerhard Schröder. Il porte en lui, grâce aux écologistes de Joschka Fischer, des germes de recherche prospective. Mais les socialistes allemands sont eux-mêmes en crise faute d’avoir su affronter les grandes mutations économiques de ces dernières années. La croissance du chômage, les retombées de l’ouverture de l’Union européenne à l’est vont secouer durement la vieille machine social-démocrate construite par Willy Brandt.

Faute d’apporter des réponses efficaces aux angoisses des travailleurs ou des classes moyennes, la social-démocratie allemande court le risque d’ouvrir un boulevard au populisme de droite. Or la guerre contre l’Irak est porteuse de deux inconnues qui pourraient s’avérer catastrophiques pour nos sociétés:

– La première est qu’en l’état actuel personne ne peut prévoir la réaction du monde arabo-musulman à une agression massive ressentie même en Europe comme injustifiée.

– La seconde est que les conséquences économiques de cette intervention sont elles aussi imprévisible. La guerre fouettera certes, au moins en un premier temps, une économie américaine qui a besoin d’être dynamisée, mais qu’adviendra-t-il des économies européennes si le prix du baril de pétrole est multiplié par deux ou trois ne serait-ce que pendant quelques mois?