



{"id":9959,"date":"2019-11-13T22:46:14","date_gmt":"2019-11-13T21:46:14","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=9959"},"modified":"2019-11-13T17:46:41","modified_gmt":"2019-11-13T16:46:41","slug":"interview-29","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=9959","title":{"rendered":"\u00abLe vieillissement de la population est le d\u00e9fi de sant\u00e9 num\u00e9ro un\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/entreprises\/2019\/09\/24\/8-lisaiton-pme-magazine-y-30-ans\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il prend les commandes de l\u2019Ecole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Lausanne (EPFL), Patrick Aebischer veut renforcer la r\u00e9putation de l\u2019universit\u00e9, d\u00e9velopper les partenariats avec les entreprises et proposer davantage de cursus autour des sciences de la vie. Aujourd\u2019hui actif dans le capital-risque, le Fribourgeois d\u2019origine livre ses r\u00e9flexions sur l\u2019EPFL et sur le secteur de la sant\u00e9 qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 transformer.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9962\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/largeur_131119.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/largeur_131119.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/largeur_131119-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/largeur_131119-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>En 1989, vous travailliez au CHUV dans la recherche m\u00e9dicale. Aviez-vous conscience de l\u2019ampleur de l\u2019\u00e9volution du secteur en trois d\u00e9cennies?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Patrick Aebischer<\/strong>: Le domaine de la sant\u00e9 a totalement chang\u00e9, tout s\u2019est complexifi\u00e9: les patients ont aujourd\u2019hui des polypathologies et leur dur\u00e9e de vie s\u2019est allong\u00e9e. L\u2019esp\u00e9rance de vie a ainsi doubl\u00e9 en 150 ans. Le vieillissement est devenu le d\u00e9fi num\u00e9ro un du secteur de la sant\u00e9. La sant\u00e9 est aussi plus pr\u00e9cise que ce qu\u2019on imaginait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de la recherche, le g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique est d\u00e9sormais accessible. Il y a 30 ans nous avions d\u00e9bours\u00e9 trois milliards d\u2019euros pour le s\u00e9quen\u00e7age d\u2019un \u00eatre humain. Aujourd\u2019hui le co\u00fbt est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 moins de 1\u2019000 francs. Ainsi, nous serons bient\u00f4t tous s\u00e9quenc\u00e9s, ce qui nous permettra de connaitre nos facteurs de risque \u00e0 telle maladie. C\u2019est r\u00e9volutionnaire!<\/p>\n<p><strong>Vous avez durablement chang\u00e9 le visage de l\u2019EPFL, notamment avec l\u2019introduction du cursus des sciences de la vie. Pourquoi ce choix?<\/strong><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un cursus essentiel car nous avons besoin d\u2019ing\u00e9nieurs qui connaissent les math\u00e9matiques, la physique mais aussi la biologie. La sant\u00e9 actuelle a besoin de cette polyvalence entre ing\u00e9nierie et physiologie. Aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 50% des recherches men\u00e9es \u00e0 l\u2019EPFL concernent le domaine de la sant\u00e9. On retrouve notamment la m\u00e9decine des \u00abparties de rechange\u00bb puisque plus de 50% des personnes de plus de 60 ans ont un implant de remplacement. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ing\u00e9nierie, les m\u00e9decins peuvent d\u00e9sormais quasiment tout changer: d\u2019une valve cardiaque \u00e0 une hanche en passant par l\u2019appareil auditif. C\u2019est dans ces interfaces entre cerveau, physiologie et ing\u00e9nierie que l\u2019on va observer de grandes \u00e9volutions.<\/p>\n<p><strong>De nombreuses start-up \u00e9mergent de l\u2019EPFL. Comment faire pour qu\u2019elles restent ici?<\/strong><\/p>\n<p>Le principal d\u00e9fi r\u00e9side dans notre capacit\u00e9 \u00e0 les faire grandir en Suisse. Si nous sommes performants dans la phase de cr\u00e9ation des start-up, nous avons des lacunes dans celle de la croissance. Pour rester dynamiques, nous avons tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 les maintenir ici afin que le pays enregistre un retour sur investissement. En effet, le secteur public finance massivement la recherche. Si les start-up se p\u00e9rennisent dans la r\u00e9gion, elles vont engendrer de la valeur ajout\u00e9e en cr\u00e9ant de nouveaux emplois notamment.<\/p>\n<p>Une solution pour les garder se trouve dans les fonds d\u2019investissement: si les entreprises ont acc\u00e8s \u00e0 des capitaux importants elles pourront rester. Le processus de test clinique dans la sant\u00e9 est particuli\u00e8rement long et on\u00e9reux. Il faut donc que nos start-up aient acc\u00e8s \u00e0 du capital risque puis \u00e0 des fonds de croissance pour se p\u00e9renniser en Suisse.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est d\u2019ailleurs votre activit\u00e9 principale aujourd\u2019hui. Pourquoi cette reconversion?<\/strong><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un choix logique car une bonne universit\u00e9 doit avoir un bon enseignement, une bonne recherche mais doivent \u00e9galement \u00eatre entour\u00e9es de start-up \u00e9manant de cette activit\u00e9 de recherche. Aujourd\u2019hui, je travaille avec NanoDimension, un fond de capital-risque sp\u00e9cialis\u00e9 dans le secteur de la sant\u00e9. Jusqu\u2019ici, nous avons lev\u00e9 335 millions de francs de fonds et investit dans des start-up situ\u00e9es \u00e0 l\u2019interface de l\u2019ing\u00e9nierie et les sciences de la vie.<\/p>\n<p>Je trouve que ce soutien financier au d\u00e9veloppement des entreprises manque cruellement en Suisse. Il est pourtant tr\u00e8s important. Lorsque je pr\u00e9sidais l\u2019EPFL, j\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 promouvoir des investissements en capital-risque. A mon arriv\u00e9e il s\u2019\u00e9levait \u00e0 environ 3 millions de francs. Quand je suis parti seize ans plus tard, il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 300 millions, avec plus des deux tiers dans le domaine des sciences de la vie.<\/p>\n<p><strong>Les progr\u00e8s technologiques soul\u00e8vent des questions \u00e9thiques et sociales. Comment abordez-vous cette probl\u00e9matique?<\/strong><\/p>\n<p>On ne peut pas arr\u00eater le progr\u00e8s technologique, mais il faut \u00e9videmment l\u2019encadrer. Dans les questions de m\u00e9decine g\u00e9nique, on touche \u00e0 l\u2019essence m\u00eame de l\u2019\u00eatre humain. Il faut donc garder \u00e0 l\u2019esprit les consid\u00e9rations \u00e9thiques. Le danger serait de faire avancer la technologie jusqu\u2019\u00e0 un point de tension o\u00f9 la capacit\u00e9 sociologique, par nature plus lente, serait d\u00e9pass\u00e9e. Par exemple: quelles seront les cons\u00e9quences de vivre sur quatre, voire cinq, g\u00e9n\u00e9rations? Ces probl\u00e9matiques sociales doivent \u00eatre r\u00e9invent\u00e9es. Paradoxalement, les limites au d\u00e9veloppement scientifiques seront surement davantage d\u2019ordre soci\u00e9tales que technologiques. Les progr\u00e8s scientifiques font \u00e9galement face \u00e0 des probl\u00e9matiques de gouvernance politique. La mise en place de r\u00e9gulation est beaucoup plus longue que les progr\u00e8s techniques.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Quels sont les principaux d\u00e9fis de la sant\u00e9 de demain?<\/strong><\/p>\n<p>Le vieillissement, c\u2019est certain. Il faut se pr\u00e9parer au fait que la population vive plus longtemps, avec le challenge qu\u2019elle vieillisse bien. A l\u2019\u00e9poque, avoir quarante ans c\u2019\u00e9tait vivre \u00e2g\u00e9. Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas la moiti\u00e9 de l\u2019esp\u00e9rance de vie. A 65 ans, je ne me sens pas encore tr\u00e8s vieux (rires)! Aujourd\u2019hui, la population la plus croissante est celle des centenaires. Je ne crois pas aux th\u00e9ories d\u2019\u00e9ternit\u00e9, mais la science va nous permettre de rajouter 10 \u00e0 20 ans \u00e0 notre esp\u00e9rance de vie ces prochaines ann\u00e9es. L\u2019objectif est d\u2019accompagner cette augmentation par un accroissement des capacit\u00e9s physiques et mentales afin d\u2019am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 mais aussi le bien-\u00eatre. Pour cela il faut travailler sur les 4 piliers fondamentaux du vieillissement: la mobilit\u00e9, autrement dit la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendant, la dimension cognitive, la vision et l\u2019audition.<\/p>\n<p>Puis, la sant\u00e9 de demain doit imp\u00e9rativement passer par la pr\u00e9vention personnalis\u00e9e. Les progr\u00e8s technologiques font que nous sommes \u00e9valu\u00e9s en permanence, par nos montres ou nos proth\u00e8ses, qui mesurent de notre rythme cardiaque \u00e0 notre tension, en passant par le nombre de pas, etc. Ces outils accumulent des donn\u00e9es qui peuvent servir \u00e0 la pr\u00e9vention qui serait d\u2019autant plus efficace si elle \u00e9tait personnalis\u00e9e. Par ailleurs, le vieillissement de la population risque d\u2019augmenter encore les co\u00fbts de la sant\u00e9. Il faudra donc se demander si la soci\u00e9t\u00e9 est pr\u00eate \u00e0 consacrer 30% du PIB \u00e0 ce poste, soit plus du double d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>A quoi ressemblera la sant\u00e9 dans 30 ans? <\/strong><\/p>\n<p>Elle sera compl\u00e8tement diff\u00e9rente, surement personnalis\u00e9e, avec un r\u00f4le majeur jou\u00e9 par l\u2019utilisation de donn\u00e9es. Gr\u00e2ce aux mesures biom\u00e9triques, les patients seront les premiers acteurs de leur sant\u00e9. En parall\u00e8le, la technologie permettra d\u2019augmenter les capacit\u00e9s humaines. Au niveau de la Suisse romande, la Health Valley devrait s\u2019agrandir au-del\u00e0 des biotechnologies et de la pharmacologie. La sant\u00e9 ce n\u2019est plus seulement une pilule qu\u2019on ing\u00e8re mais passe aussi par la pr\u00e9vention et la stimulation psychologique. Des acteurs comme Nestl\u00e9 Health Science qui se focalise sur la nutrition, ou encore l\u2019industrie des jeux vid\u00e9o dans la stimulation de l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale peuvent avoir une port\u00e9e suppl\u00e9mentaire \u00e0 la sant\u00e9.<\/p>\n<p>A mon sens, le grand challenge du XIX\u00e8me si\u00e8cle sera de nourrir la technologie et le vieillissement, autant physiquement qu\u2019intellectuellement. Nous travaillerons peut-\u00eatre moins gr\u00e2ce aux robots, mais nous devrons alors entretenir notre cerveau. Le prochain si\u00e8cle sera celui des humanit\u00e9s et des sciences sociales et l\u2019Europe \u00e0 un r\u00f4le \u00e0 jouer de par son riche h\u00e9ritage historique et culturel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En seize ans \u00e0 la t\u00eate de l\u2019EPFL, Patrick Aebischer a transform\u00e9 l\u2019institution en une r\u00e9f\u00e9rence de renomm\u00e9e internationale o\u00f9 convergent l\u2019ing\u00e9nierie, les nouvelles technologies et les sciences de la vie.<\/p>\n","protected":false},"author":20256,"featured_media":9962,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1302],"class_list":["post-9959","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-rencontres","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20256"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9959"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9963,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9959\/revisions\/9963"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}