



{"id":982,"date":"2002-01-26T00:00:00","date_gmt":"2002-01-25T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=982"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"business","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=982","title":{"rendered":"L\u2019affaire Enron pour ceux qui ont rat\u00e9 le d\u00e9but"},"content":{"rendered":"<p>Cliff Baxter, vice-pr\u00e9sident d\u2019Enron, a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 mort vendredi dans sa Mercedes noire. Il s\u2019est tu\u00e9 d\u2019une balle dans la t\u00eate, indiquent les m\u00e9decins l\u00e9gistes. Selon la cha\u00eene ABC, la lettre retrouv\u00e9e \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s explique qu\u2019il ne supportait plus la pression caus\u00e9e par le scandale de la faillite du courtier en \u00e9nergie. Ag\u00e9 de 43 ans, il avait d\u00e9missionn\u00e9 en mai dernier apr\u00e8s avoir critiqu\u00e9 les pratiques financi\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 texane. <\/p>\n<p>Au pays du lib\u00e9ralisme, la faillite Enron a quelque chose de profond\u00e9ment traumatisant. Enron, ce n&rsquo;est pas une de ces dotcom qui vendaient du vent. C&rsquo;est du solide. De l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, du gaz, des pipe-lines\u2026 Cent milliards de dollars de chiffre d&rsquo;affaires. La septi\u00e8me entreprise am\u00e9ricaine. La compagnie texane appara\u00eet r\u00e9guli\u00e8rement parmi les soci\u00e9t\u00e9s plus admir\u00e9es du pays. <\/p>\n<p>Et du jour au lendemain, il ne reste plus rien. Un quart des vingt mille employ\u00e9s \u00e0 la rue. Les actions vid\u00e9es de toute substance. Les caisses de retraite \u00e9vapor\u00e9es. Des salari\u00e9s ruin\u00e9s, tandis que le patron &#8211; Kenneth Lay &#8211; a toujours les 205 millions de dollars qu&rsquo;il a encaiss\u00e9s ces quatre derni\u00e8res ann\u00e9es, gr\u00e2ce \u00e0 ses stock-options.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9b\u00e2cle est d&rsquo;autant plus effrayante que tout un dispositif est cens\u00e9 prot\u00e9ger l&#8217;employ\u00e9 et l&rsquo;actionnaire d&rsquo;une banqueroute de l&rsquo;entreprise. Dans le cas Enron, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me qui a disjonct\u00e9. <\/p>\n<p>Pour l&rsquo;entreprise qui ouvre son capital au public, il y a tout d&rsquo;abord une obligation morale. Celle de diffuser des comptes qui refl\u00e8tent la situation de la soci\u00e9t\u00e9. Enron n&rsquo;a pas observ\u00e9 ce principe. Mais qui soup\u00e7onnerait cela chez un groupe aussi respectable? Regardez: le boss est un ami du pr\u00e9sident Bush Junior lui-m\u00eame. D\u2019ailleurs, au passage, Enron \u00e9tait aussi l&rsquo;un des principaux contributeurs de sa campagne \u00e9lectorale en 2000.<\/p>\n<p>Les comptes sont ensuite c ontr\u00f4l\u00e9s par des r\u00e9viseurs. Leur m\u00e9tier est de certifier que les donn\u00e9es sont dignes de confiance. En apposant leur label, ils engagent leur cr\u00e9dibilit\u00e9. Or Andersen, le r\u00e9viseur d&rsquo;Enron, a approuv\u00e9 des comptes gravement manipul\u00e9s. Il faudrait \u00eatre diablement pr\u00e9somptueux pour mettre en doute la probit\u00e9 d&rsquo;Andersen. Et pourtant, depuis la faillite, les documents concernant Enron ont une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 passer dans la broyeuse du r\u00e9viseur.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter de se retrouver sur la paille, les \u00e9tablissements qui pr\u00eatent de grosses sommes s&rsquo;assurent que leur d\u00e9biteur est solvable. Ce que n&rsquo;a fait aucun des cr\u00e9anciers d&rsquo;Enron. Puisqu&rsquo;Enron est une des compagnies les plus riches du pays.<\/p>\n<p>Les redoutables analystes de Wall Street n&rsquo;ont rien vu en \u00e9pluchant les r\u00e9sultats annuels. Et puis, pourquoi \u00e9plucheraient-ils les comptes d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 dont l&rsquo;action pulv\u00e9rise record sur record?<\/p>\n<p>Le gendarme de la bourse n&rsquo;a pas gendarm\u00e9. La Securities and Exchange Commission (SEC) ne s&rsquo;\u00e9tait plus pench\u00e9e s\u00e9rieusement sur le cas Enron depuis 1997. Il y a d\u00e9j\u00e0 bien assez \u00e0 faire avec les canards boiteux.<\/p>\n<p>Quant aux directeurs et aux administrateurs d&rsquo;Enron, ils \u00e9taient trop occup\u00e9s \u00e0 s&rsquo;en mettre plein les poches pour se soucier de la p\u00e9rennit\u00e9 de la compagnie.<\/p>\n<p>Si tout le monde a fait l&rsquo;autruche, c&rsquo;est qu&rsquo;Enron repr\u00e9sente beaucoup d&rsquo;argent. Pourquoi \u00eatre trop regardant quand on b\u00e9n\u00e9ficie des largesses du groupe? Enron n&rsquo;a jamais l\u00e9sin\u00e9 sur le lobbying en faveur de la d\u00e9r\u00e9glementation. Les patrons ont consacr\u00e9 de gros moyens \u00e0 soigner les politiques, surtout les r\u00e9publicains. L&rsquo;entreprise a investi des millions de dollars dans les campagnes pr\u00e9sidentielles.<\/p>\n<p>Et pour la communaut\u00e9 financi\u00e8re, Enron est une excellente relation. Pour ses services, le r\u00e9viseur Andersen touche des dizaines de millions de dollars par an. Pourquoi contester les comptes et risquer de perdre un bon client?<\/p>\n<p>Avides de mandats, les conglom\u00e9rats bancaires comme JP Morgan Chase et Citigroup cumulent des fonctions souvent conflictuelles. Difficile de rester critique en \u00e9tant \u00e0 la fois cr\u00e9ancier, partenaire commercial, investisseur et conseiller fiscal. Les m\u00eames banques ont continu\u00e9 \u00e0 recommander le titre, m\u00eame lorsqu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9vident que quelque chose ne jouait pas.<\/p>\n<p>Enron est \u00e0 la base un distributeur de gaz. Suite \u00e0 la lib\u00e9ralisation des march\u00e9s, le groupe peut jouer les interm\u00e9diaires entre acqu\u00e9reurs et vendeurs dans les secteurs les plus divers &#8211; eau, \u00e9lectricit\u00e9, c\u00e2bles t\u00e9l\u00e9phoniques\u2026 Et \u00e7a marche tr\u00e8s fort. Gr\u00e2ce aux activit\u00e9s de courtage, les revenus montent en fl\u00e8che. En bourse, l&rsquo;action flambe. De nombreux salari\u00e9s-actionnaires deviennent millionnaires. C&rsquo;est le bonheur. <\/p>\n<p>Mais le trading demande beaucoup de capital. L&rsquo;entreprise emprunte toujours plus. L&rsquo;endettement explose. Et encore, le public ne sait pas tout. Le groupe est engag\u00e9 pour des milliards de dollars dans des op\u00e9rations qui ne figurent pas dans les comptes. Ces op\u00e9rations sont dissimul\u00e9es dans la comptabilit\u00e9 de soci\u00e9t\u00e9s partenaires. Le m\u00eame subterfuge permet de camouffler les pertes et de gonfler les b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chafaudage tient tant que l&rsquo;action grimpe. Les pr\u00eats dissimul\u00e9s sont garantis par la valeur de l&rsquo;entreprise \u00e0 la bourse. Mais d\u00e9but 2001, le titre s&rsquo;essouffle. Les cr\u00e9anciers ne vont pas tarder \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter de leur argent.<\/p>\n<p>En octobre 2001, Enron annonce des pertes pour le troisi\u00e8me trimestre. Bizarre: la valeur net de l&rsquo;entreprise a soudain diminu\u00e9 de 1,2 milliard de dollars. La presse s&rsquo;interroge.<\/p>\n<p>Et toute la belle machine \u00e0 fabriquer de la plus-value boursi\u00e8re se d\u00e9glingue. Wall Street r\u00e9clame des explications. Les autorit\u00e9s de surveillance se r\u00e9veillent. La SEC ouvre une enqu\u00eate. Chez les cr\u00e9anciers et les partenaires, c&rsquo;est le sauve-qui-peut g\u00e9n\u00e9ral. En quelques heures, l&rsquo;entreprise est \u00e0 cours de cash.<\/p>\n<p>Le 2 d\u00e9cembre, Enron d\u00e9pose son bilan. Depuis, chaque jour am\u00e8ne son lot de r\u00e9v\u00e9lations scandaleuses. La Maison-Blanche tente tant bien que mal de prendre ses distances. Accul\u00e9, le boss Ken Lay a d\u00e9missionn\u00e9 mercredi dernier. Et depuis jeudi, une dizaine de commissions du Congr\u00e8s passe l&rsquo;affaire au crible.<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, l&rsquo;honn\u00eate citoyen est sous le choc. L&rsquo;implosion d&rsquo;Enron est aussi inconcevable qu&rsquo;une faillite chez Swissair. A qui le consommateur peut-il se fier si un g\u00e9ant de l&rsquo;\u00e9nergie est balay\u00e9 de la sorte? Le petit \u00e9pargnant doit-il continuer \u00e0 croire que la bourse le rendra riche&#8230; ou du moins\u2026 ne le ruinera pas?<\/p>\n<p>Le laisser-faire \u00e9conomique est-il vraiment la condition d&rsquo;une vie meilleure? L&rsquo;affaire Enron met les Am\u00e9ricains dans le doute.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un vice-pr\u00e9sident du g\u00e9ant industriel am\u00e9ricain a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 mort vendredi. Il ne reste aujourd\u2019hui presque rien de la soci\u00e9t\u00e9 texane. Retour sur la d\u00e9b\u00e2cle historique qui traumatise les Etats-Unis.<\/p>\n","protected":false},"author":20,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-982","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=982"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/982\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}