



{"id":9587,"date":"2019-07-31T23:19:07","date_gmt":"2019-07-31T21:19:07","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=9587"},"modified":"2019-07-31T10:32:19","modified_gmt":"2019-07-31T08:32:19","slug":"design-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=9587","title":{"rendered":"Swiss style et horlogerie, le rendez-vous manqu\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Les horlogers suisses r\u00e9p\u00e8tent volontiers qu\u2019ils ma\u00eetrisent leur production jusqu&rsquo;au moindre d\u00e9tail. Dans une montre, disent-ils, chaque micro-\u00e9l\u00e9ment occupe sa juste place. C\u2019est sans doute vrai en mati\u00e8re de m\u00e9canique. Mais il y a aussi, dans la pi\u00e8ce, un \u00e9l\u00e9phant dont personne ne parle: la typographie.<\/p>\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse des chiffres (pour les heures et la date) ou des lettres (pour le logo de la marque, le nom du mod\u00e8le ou encore l\u2019indication Swiss made), les caract\u00e8res typographiques jouent un r\u00f4le central dans l\u2019identit\u00e9 d\u2019une montre. Ils peuvent \u00e9voquer le classicisme, la tradition, mais aussi la force, la pr\u00e9cision, la technique\u2026<\/p>\n<p>Chaque police typographique renvoie \u00e0 un univers pr\u00e9cis. Dans l\u2019horlogerie suisse, pourtant, les caract\u00e8res sont souvent choisis et assembl\u00e9s sans v\u00e9ritable r\u00e9flexion. \u00abIl suffit de jeter un \u0153il sur la production horlog\u00e8re contemporaine pour s\u2019en rendre compte: chez la plupart des fabricants, les choix typographiques manquent d\u2019originalit\u00e9 et de professionnalisme\u00bb, dit le designer Vincent Sauvaire, qui a \u00e9crit un m\u00e9moire sur ce sujet lors ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019Ecole cantonale d\u2019art de Lausanne (Ecal).<\/p>\n<p><strong>Un \u00abvide sid\u00e9ral\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le designer horloger ind\u00e9pendant Eric Giroud, qui travaille pour plusieurs fabricants, se montre tout aussi s\u00e9v\u00e8re: \u00abL\u2019usage de la typographie dans l\u2019horlogerie suisse rel\u00e8ve d\u2019un vide sid\u00e9ral, l\u00e2che-t-il. C\u2019est tr\u00e8s \u00e9tonnant. Je suis architecte de formation, j\u2019essaie donc d\u2019\u00eatre rigoureux sur ces questions-l\u00e0. Mais je constate une m\u00e9connaissance terrible du c\u00f4t\u00e9 des marques: les responsables ne se rendent pas compte de l\u2019importance de la typographie.\u00bb<\/p>\n<p>Il arrive que des horlogers choisissent un logo en se basant sur leur seul go\u00fbt personnel. Plut\u00f4t que d\u2019aller \u00e0 l\u2019essentiel en r\u00e9duisant le vocabulaire graphique, ils optent pour un m\u00e9lange de polices et donnent libre cours \u00e0 leur fantaisie. R\u00e9sultat: des incoh\u00e9rences que l\u2019on remarque sur de nombreuses pi\u00e8ces, y compris aupr\u00e8s des fabricants les plus r\u00e9put\u00e9s.<\/p>\n<p>Le logo d\u2019Audemars Piguet, par exemple, a longtemps affich\u00e9 deux types d\u2019empattements peu compatibles (il a \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9 r\u00e9cemment). Sur un cadran de Vacheron Constantin, les jours de la semaine \u00e9taient bizarrement indiqu\u00e9s dans des typographies diff\u00e9rentes. M\u00eame le g\u00e9ant Rolex, consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus fiables en mati\u00e8re de typo, est parfois pris en faute: il pr\u00e9sente sur son site internet un cadran de son mod\u00e8le Explorer avec un interlettrage irr\u00e9gulier entre le L et le O.<\/p>\n<p><strong>Abus d\u2019Arial?<\/strong><\/p>\n<p>Chez la plupart des fabricants, c\u2019est \u00abun vrai festival de maladresses\u00bb, r\u00e9sume Eric Giroud. \u00abEt les erreurs typographiques ne se limitent pas aux cadrans. On les remarque aussi sur les mouvements, o\u00f9 des gravures indiquent par exemple le nombre de rubis\u2026 Les ing\u00e9nieurs ajoutent tout un blabla sans se soucier de typographie: ils collent de l\u2019Arial partout\u00bb (le caract\u00e8re Arial est consid\u00e9r\u00e9 comme une copie bon march\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre Helvetica, ndlr).<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est souvent li\u00e9 au processus de cr\u00e9ation. \u00abQuand nous recevons un brief pour une nouvelle montre, l\u2019univers typographique n\u2019est m\u00eame pas \u00e9voqu\u00e9, indique le designer Antoine Tschumi, dont l\u2019agence Neodesis travaille pour plusieurs maisons. Il arrive m\u00eame que le brief se r\u00e9sume \u00e0 une discussion dans un caf\u00e9!\u00bb Comment expliquer une telle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9? Le soin maniaque du d\u00e9tail qui avait fait la r\u00e9putation de cette industrie se serait-il \u00e9mouss\u00e9 dans l\u2019euphorie des ann\u00e9es de croissance? \u00abC\u2019est possible, r\u00e9pond Eric Giroud. Les marques ont pu \u00e9couler leurs mod\u00e8les sans se donner trop de peine en mati\u00e8re de recherche typographique.\u00bb<\/p>\n<p>La question est aussi culturelle. \u00abLes comp\u00e9tences de graphiste ne sont pas valoris\u00e9es dans l\u2019horlogerie et c\u2019est regrettable, poursuit son confr\u00e8re Antoine Tschumi. La question du budget domine toutes les autres: pour cr\u00e9er une montre de milieu de gamme, par exemple, un designer dispose de 100 \u00e0 200 heures de travail au total. Il aurait besoin de davantage de temps pour effectuer un vrai travail typographique.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9601\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2030\/07\/Largeur_310719.jpg\" alt=\"\" width=\"469\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2030\/07\/Largeur_310719.jpg 469w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2030\/07\/Largeur_310719-300x200.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2030\/07\/Largeur_310719-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 469px) 100vw, 469px\" \/><\/p>\n<p><strong>Une vraie carte \u00e0 jouer<\/strong><\/p>\n<p>Encore faudrait-il que les designers horlogers soient form\u00e9s \u00e0 la typographie\u2026 \u00abLa fili\u00e8re horlog\u00e8re des Hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es \u00e0 Neuch\u00e2tel n\u2019inclut pas de cours de typo, d\u00e9plore Antoine Tschumi. Leur formation n\u2019est pas assez pratique.\u00bb M\u00eame constat \u00e0 Gen\u00e8ve, o\u00f9 la nouvelle chaire en design horloger de la HEAD (Haute \u00e9cole d\u2019art et de design) n\u2019inclut pas non plus de cours de typographie.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat est d\u2019autant plus \u00e9tonnant que l\u2019horlogerie suisse dispose d\u2019une vraie carte \u00e0 jouer pour s\u00e9duire les clients sensibles \u00e0 la beaut\u00e9 des chiffres. Le pays est consid\u00e9r\u00e9 comme le berceau de la typographie moderne. Les professionnels v\u00e9n\u00e8rent le fameux Swiss style, celui qui a domin\u00e9 le secteur graphique mondial pendant plusieurs d\u00e9cennies et qui a influenc\u00e9 tant le minimalisme des produits Apple que la signal\u00e9tique du m\u00e9tro new-yorkais. Or les marques horlog\u00e8res suisses n\u2019ont pas voulu, ou pas su, capitaliser sur cette r\u00e9putation \u2014 mis \u00e0 part quelques exceptions comme Mondaine et sa reprise du cadran ferroviaire, ou encore Ventura qui a command\u00e9 un cadran \u00e0 Adrian Frutiger.<\/p>\n<p>\u00abMais il ne faut pas oublier que le graphisme suisse est une notion relativement r\u00e9cente: elle remonte aux ann\u00e9es 1940 tout au plus\u00bb, rappelle le professeur de typographie Fran\u00e7ois Rappo. Alors que les grandes manufactures horlog\u00e8res font appel \u00e0 une tradition beaucoup plus ancienne. \u00abLeur ADN est plus fort que celui du graphisme suisse\u00bb, ajoute-t-il en \u00e9voquant les cr\u00e9ations de Patek Philippe et Breguet.<\/p>\n<p><strong>Des Allemands plus sensibles<\/strong><\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, ce sont ainsi des marques allemandes comme Junghans (avec son cadran dessin\u00e9 par Max Bill en 1961) ou encore Nomos Glash\u00fctte qui ont pu se positionner sur le segment de la rigueur contemporaine. \u00abLe grand talent de ces marques, c\u2019est de travailler avec des designers qui ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 la typographie\u00bb, rel\u00e8ve le journaliste horloger Timm Delfs, coauteur d\u2019un livre sur le design horloger (\u00abOn Time\u00bb, Museum f\u00fcr Gestaltung, Zurich).<\/p>\n<p>Les marques suisses vont-elles les imiter? Vincent Sauvaire y croit. \u00abC\u2019est parce que j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9 par le style typographique international et notamment le travail de Josef M\u00fcller-Brockmann autour du syst\u00e8me de grille que j\u2019ai choisi de venir \u00e9tudier le graphisme et la typographie en Suisse, raconte-t-il. Et comme j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 par l\u2019ampleur du travail qui restait \u00e0 faire \u00e0 ce sujet dans l\u2019horlogerie, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 proposer mes services aux grandes marques.\u00bb Avec un certain succ\u00e8s: il eu l\u2019occasion de collaborer avec plusieurs entreprises bas\u00e9es en Suisse, dont Vacheron Constantin et La Montre Herm\u00e8s.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans le magazine EuropaStar.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Grands utilisateurs de caract\u00e8res, les horlogers suisses n\u2019ont pas capitalis\u00e9 sur la r\u00e9putation d\u2019excellence de leur pays en mati\u00e8re de typographie. Ils font m\u00eame preuve d\u2019une certaine n\u00e9gligence, estiment les professionnels. Enqu\u00eate.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":9601,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-9587","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9587","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9587"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9587\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9602,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9587\/revisions\/9602"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9601"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}