



{"id":9504,"date":"2019-07-08T23:18:10","date_gmt":"2019-07-08T21:18:10","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=9504"},"modified":"2019-07-09T11:00:42","modified_gmt":"2019-07-09T09:00:42","slug":"entreprise-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=9504","title":{"rendered":"Cirque Starlight, une PME acrobate"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/entreprises\/2019\/06\/24\/cirque-starlight-une-pme-acrobate\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>\u00c0 la caisse du cirque Starlight, ce samedi soir d\u2019avril, deux visages chaleureux \u00e9mergent des fen\u00eatres de la roulotte reconvertie en bureau. Il s\u2019agit d\u2019Heinrich et Jessica Gasser. Le cofondateur et codirecteur de Starlight et sa fille accueillent les spectateurs, le sourire aux l\u00e8vres. Le parking de la Place de Voyeboeuf est bond\u00e9. Les habitants de Porrentruy et alentours sont venus nombreux assister \u00e0 la seconde repr\u00e9sentation de \u00abPerspective\u00bb, la nouvelle cr\u00e9ation du cirque,<\/p>\n<p>Il est 20 heures. \u00c0 une demi-heure de la repr\u00e9sentation, le chapiteau fleure bon le pop-corn. Petits et grands se pressent sur le tapis rouge menant aux gradins, hot-dog, soda ou bi\u00e8re \u00e0 la main. Dans deux heures, les spectateurs ressortiront de l\u2019antre du grand chapiteau blanc avec le verdict fatidique, \u00e0 savoir s\u2019ils reviendront l\u2019ann\u00e9e prochaine. Un enjeu majeur pour l\u2019entreprise familiale qui doit investir chaque ann\u00e9e des sommes cons\u00e9quentes, sans aucune assurance, si ce n\u2019est celle d\u2019avoir su construire une relation de confiance avec son public.<\/p>\n<p>En Ajoie, tout le monde conna\u00eet la famille Gasser. Le couple fondateur, Jocelyne et Heinrich Gasser, ont \u00e9tabli leurs quartiers d\u2019hiver dans la zone industrielle de Porrentruy dix ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation du cirque Starlight en 1987. Pour y parvenir, Heinrich Gasser, enfant de la balle, quitte le cirque familial pour fonder Starlight avec sa femme Jocelyne, originaire de Bassecourt. Ils nomment leur fra\u00eeche entreprise du nom de leur num\u00e9ro de lancer de couteaux.<\/p>\n<p>Sur la sc\u00e8ne comme en affaires, c\u2019est l\u2019audace qui prime. En quatre mois, ils trouvent des artistes, un chapiteau, montent un spectacle et un plan de tourn\u00e9e.\u00a0\u00abNous ne pourrions pas refaire cela aujourd\u2019hui, nous sommes partis avec une vieille voiture, une roulotte en leasing, et le cur\u00e9 qui avait sign\u00e9 pour nous la dette de rachat du chapiteau, sourit Jocelyne Gasser. Je pense que c\u2019est notre atout. La premi\u00e8re ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 tellement compliqu\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s, nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 tout affronter.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Trente ans d\u2019adr\u00e9naline <\/strong><\/p>\n<p>Trois d\u00e9cennies plus tard, le cirque Starlight s\u2019est impos\u00e9 comme une r\u00e9f\u00e9rence en Suisse. L\u2019entreprise poss\u00e8de aujourd\u2019hui huit chapiteaux et trois gradins pouvant accueillir entre 200 et 1000 places assises. Quatre personnes de la direction y travaillent \u00e0 l\u2019ann\u00e9e et une trentaine pendant la tourn\u00e9e. Son secret? Une prise de risque constante au niveau de la cr\u00e9ation artistique, une diversification des activit\u00e9s, et une adaptation des plans de tourn\u00e9e.<\/p>\n<p>Le cirque Starlight se d\u00e9tourne tr\u00e8s vite des num\u00e9ros d\u2019animaux, pr\u00e9f\u00e9rant s\u2019ouvrir au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 la danse. Cet aspect novateur permet \u00e0 l\u2019entreprise de se d\u00e9marquer, mais Jocelyne Gasser admet volontiers que la nouveaut\u00e9, c\u2019est aussi le risque de ne pas plaire et l\u2019angoisse des gradins vides. C\u2019est la raison qui a conduit le cirque \u00e0 rayer la Suisse al\u00e9manique et le Tessin du plan de tourn\u00e9e, apr\u00e8s des pertes financi\u00e8res trop importantes.<\/p>\n<p>Les deux mois de cr\u00e9ation et trois mois et demi de tourn\u00e9e repr\u00e9sentent un risque financier d\u2019environ 600\u2019000 francs. Les charges les plus importantes sont la location des places, les co\u00fbts d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, d\u2019eau et de chauffage, la communication et les cachets des artistes, r\u00e9gisseurs et travailleurs saisonniers. \u00abAvoir ses parents comme patrons, c\u2019est d\u00e9licat, mais ils m\u2019ont accord\u00e9 une libert\u00e9 totale, raconte Christopher Gasser, qui signe pour la premi\u00e8re fois la mise en sc\u00e8ne cette ann\u00e9e. Ils ont pris un risque important en pariant sur un spectacle en rupture avec notre pass\u00e9 cr\u00e9atif.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9507\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Large09072019.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Large09072019.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Large09072019-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Large09072019-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Reconnaissance officielle<\/strong><\/p>\n<p>Les activit\u00e9s du cirque Starlight b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e9sormais aussi d\u2019une reconnaissance officielle \u00abNous sommes tr\u00e8s honor\u00e9s, le canton du Jura vient d\u2019inscrire l\u2019art du cirque dans les statuts culturels, se r\u00e9jouit Jocelyne Gasser. C\u2019est l\u2019un des premiers en Suisse. Le geste est donc d\u2019autant plus pr\u00e9cieux \u00e0 nos yeux.\u00bb Une l\u00e9gitimation soutenue par plusieurs subventions: 40\u2019000 francs du Canton et de l\u2019Etat du Jura, 20\u2019000 francs de la Loterie romande et 7\u2019000 francs de la Municipalit\u00e9 de Porrentruy, une premi\u00e8re en Suisse.<\/p>\n<p>\u00abIci, la motivation n\u2019est pas li\u00e9e au salaire\u00bb, rigole Jean-David l\u2019Hoste-Lehnherr, artiste monocycliste suisse de la tourn\u00e9e 2019. Dans le monde du cirque, les salaires sont n\u00e9goci\u00e9s selon l\u2019exp\u00e9rience, le r\u00f4le de l\u2019artiste dans le spectacle ou encore sa situation familiale. Le jeune homme avoue ne pas conna\u00eetre tous les salaires de ses camarades de sc\u00e8ne: \u00abCela pourrait \u00eatre une source de conflit. On ne vient pas pour l\u2019argent, mais pour l\u2019exp\u00e9rience.\u00bb Le trentenaire lausannois, qui a fini l\u2019\u00e9cole de th\u00e9\u00e2tre de mouvement Dimitri l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, raconte qu\u2019il venait d\u00e9j\u00e0 voir Starlight enfant. \u00abJouer ici, c\u2019\u00e9tait vraiment un r\u00eave.\u00a0L\u2019impression de promener son village partout en Suisse est g\u00e9niale.\u00bb<\/p>\n<p>Pour couvrir ses frais, l\u2019entreprise joue sur plusieurs tableaux. En dehors des repr\u00e9sentations publiques, le cirque Starlight propose des spectacles scolaires, et deux camps de vacances estivaux. L\u2019entreprise loue \u00e9galement ses chapiteaux et du mobilier pour des \u00e9v\u00e8nements priv\u00e9s ou publics, tels que des banquets ou concerts.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise a aussi investi dans des courts de tennis en Ajoie. Apr\u00e8s r\u00e9novation, ils sont aujourd\u2019hui en location, quand les Gasser n\u2019y organisent pas des manifestations. \u00abPendant, la Coupe du monde de football, nous y avions install\u00e9 une fan zone avec le troisi\u00e8me plus grand \u00e9cran en Suisse romande. Les gens ne savent pas forc\u00e9ment qu\u2019il y avait Gen\u00e8ve, Lausanne et\u2026 Porrentruy!\u00bb rappelle Jocelyne Gasser dans un \u00e9clat de rire.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Concurrence des th\u00e9\u00e2tres<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque vous venez assister \u00e0 un d\u00e9montage vous verrez peut-\u00eatre Jocelyne Gasser descendre d\u2019un tracteur en talons. La femme de cirque est aussi une femme d\u2019affaires au sens de la communication aigu. Elle regrette ne pouvoir investir que 20% du budget dans la promotion du spectacle: \u00abL\u00e0 o\u00f9 les th\u00e9\u00e2tres sont subventionn\u00e9s, nous, nous sommes tax\u00e9s. Nous devons m\u00eame payer pour nos banderoles.\u00bb Le nombre croissant de manifestations culturelles et de l\u2019arriv\u00e9e des spectacles de cirque dans les th\u00e9\u00e2tres sont deux d\u00e9fis de taille auxquels doit faire face le seul cirque contemporain itin\u00e9rant suisse.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les th\u00e9\u00e2tres accueillent souvent plusieurs spectacles de cirque par ann\u00e9e, une concurrence consid\u00e9rable, selon Jocelyne Gasser: \u00abAu contraire du monde du cirque, le th\u00e9\u00e2tre va signer pour un spectacle d\u00e9j\u00e0 con\u00e7u, le succ\u00e8s peut \u00eatre estim\u00e9 \u00e0 l\u2019avance\u00bb. Chez Starlight, les artistes participent \u00e9galement au montage du d\u00e9cor, au rangement et d\u00e9m\u00e9nagement des caravanes, des investissements de temps et d\u2019argent dont les th\u00e9\u00e2tres non pas \u00e0 se soucier.<\/p>\n<p>S\u2019il y a une cat\u00e9gorie de personnes pour qui les Gasser n\u2019ont pas \u00e0 faire de promotion, ce sont les artistes. Starlight re\u00e7oit chaque ann\u00e9e plus d\u2019une centaine de candidatures du monde entier. Parmi elles, la direction du cirque qui se revendique tremplin pour la jeunesse choisit toujours quelques jeunes Suisses.<\/p>\n<p>\u00abDans ce pays, nous avons la culture de la modestie. Nous devrions valoriser davantage nos artistes\u00bb, dit Jocelyne Gasser. La Suisse produit chaque ann\u00e9e une multitude de jeunes talents. Sortant d\u2019abord des \u00e9coles r\u00e9gionales, ils tentent ensuite leur chance dans des \u00e9coles professionnelles \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Aujourd\u2019hui, nombreux sont les artistes suisses qui tournent avec des compagnies r\u00e9put\u00e9es: Cirque du Soleil, \u00c9loize, Knie, Monti, et Starlight, notamment, faisant rayonner le pays dans le monde si particulier du cirque.<\/p>\n<p>________<\/p>\n<p><strong>Repenser le cirque<\/strong><\/p>\n<p>\u00abPerspective\u00bb, la cr\u00e9ation du cirque Starlight 2019 mise en sc\u00e8ne par Christopher Gasser, questionne notre rapport au monde du spectacle et aux artistes. \u00abSouvent, quand le public est face \u00e0 l\u2019artiste, il oublie l\u2019humain qui a travaill\u00e9 des centaines, voire des milliers d\u2019heures, pour arriver au geste parfait. Dans ce spectacle, j\u2019ai voulu renouer un lien intime entre le spectateur et l\u2019artiste en d\u00e9voilant des personnalit\u00e9s fragiles, blagueuses, et bord\u00e9liques, bref humaines\u00bb, d\u00e9taille-t-il. Dans ce spectacle qu\u2019il imagine depuis cinq ans, Christopher Gasser s\u2019est inspir\u00e9 du storytelling des films o\u00f9, au d\u00e9part, le spectateur entre dans une histoire sans savoir ce qu\u2019il regarde.<\/p>\n<p>Ici le cirque se conjugue avec danse, th\u00e9\u00e2tre et chant dans un savant alliage port\u00e9 par 10 artistes d\u2019origine suisse, am\u00e9ricaine, australienne, allemande et russe. Une r\u00e9ussite du genre qui ravira tous ceux qui ont un jour r\u00eav\u00e9 de d\u00e9couvrir les coulisses d\u2019un spectacle de cirque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis trois d\u00e9cennies, le cirque Starlight part sur les routes helv\u00e9tiques \u00e0 la conqu\u00eate d\u2019un public devenu toujours plus exigeant. 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