



{"id":9396,"date":"2019-06-07T23:52:01","date_gmt":"2019-06-07T21:52:01","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=9396"},"modified":"2019-06-24T11:25:30","modified_gmt":"2019-06-24T09:25:30","slug":"sante-52","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=9396","title":{"rendered":"Hyperlong\u00e9vit\u00e9: les d\u00e9fis du quatri\u00e8me \u00e2ge"},"content":{"rendered":"<p>Le record mondial de long\u00e9vit\u00e9 de Jeanne Calment, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge canonique de 122 ans, \u00e9tait-il une imposture? Le d\u00e9bat fait rage entre les m\u00e9decins qui ont authentifi\u00e9 l\u2019\u00e2ge de la supercentenaire fran\u00e7aise et une \u00e9quipe de chercheurs russes qui a soulev\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se que sa fille Yvonne, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1934 selon les registres d\u2019\u00e9tat civil, aurait usurp\u00e9 l\u2019identit\u00e9 de sa m\u00e8re pour \u00e9viter de payer des frais de succession. Si la supercherie se confirmait, l\u2019Am\u00e9ricaine Sarah Knauss, disparue en 1999 \u00e0 119 ans, serait couronn\u00e9e, \u00e0 titre posthume, doyenne de l\u2019humanit\u00e9. La doyenne en exercice se nomme, elle, Kana Tanaka. Elle a f\u00eat\u00e9 ses 116 ans le 9 mars dernier \u00e0 Fukuoka, au Japon.<\/p>\n<p>M\u00eame si le ph\u00e9nom\u00e8ne des supercentenaires \u2013 ces personnes qui d\u00e9passent l\u2019\u00e2ge de 110 ans \u2013 demeure encore statistiquement rare, la pol\u00e9mique remet en lumi\u00e8re la question de la long\u00e9vit\u00e9, en augmentation continue dans les pays \u00abd\u00e9velopp\u00e9s\u00bb, qui nous confronte \u00e0 une<br \/>\nnouvelle \u00e9tape de vie: le \u00abquatri\u00e8me \u00e2ge\u00bb. Il est d\u00e9sormais possible pour quatre g\u00e9n\u00e9rations de coexister. La proportion de \u00abvieux vieux\u00bb \u2013 personnes \u00e2g\u00e9es au-del\u00e0 de 90 ans \u2013 n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9e dans les nations riches. Le nombre de centenaires a ainsi presque doubl\u00e9 entre 2000 et 2017, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique, passant de 784 \u00e0 1510 (0,18% de la population). Les experts pr\u00e9voient que pr\u00e8s d\u2019un gar\u00e7on sur cinq et une fille sur quatre n\u00e9s en 2017 f\u00eateront leurs 100 ans. Si pour certains sp\u00e9cialistes, comme le g\u00e9n\u00e9ticien fran\u00e7ais Jean-Louis Serre, la long\u00e9vit\u00e9 a obligatoirement une limite et le plafond de l\u2019esp\u00e9rance a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 atteint, d\u2019autres, comme les chercheurs italiens Elisabeth Barbi et Francesco Lagona, soutenaient dans la revue Science en 2018 que le risque de mort se stabilise \u00e0 partir de 105 ans, cr\u00e9ant ce qu\u2019ils appellent un \u00abplateau de mortalit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9397\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/img_gu_jour_04_06_2019_2.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/img_gu_jour_04_06_2019_2.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/img_gu_jour_04_06_2019_2-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/img_gu_jour_04_06_2019_2-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>1. Technoproph\u00e9ties<\/strong><\/p>\n<p>Depuis toujours, la vie \u00e9ternelle fait l\u2019objet de fantasmes, qu\u2019il s\u2019agisse de la Fontaine de Jouvence, pr\u00e9sente dans le Jardin d\u2019\u00c9den, dont l\u2019eau serait source de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, ou des recherches scientifiques li\u00e9es au transhumanisme. \u00c0 l\u2019aide de m\u00e9dicaments, d\u2019hormones, de cryonie (conservation d\u2019\u00eatres vivants \u00e0 tr\u00e8s basse temp\u00e9rature), ou m\u00eame du \u00abt\u00e9l\u00e9chargement de la conscience\u00bb, les protagonistes de ce mouvement entendent am\u00e9liorer la condition de l\u2019esp\u00e8ce humaine, voire nous rendre immortels.<\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre biog\u00e9rontologue britannique Aubrey de Grey estime que pour \u00e9viter la mort, il s\u2019agit d\u2019en \u00e9radiquer les causes. C\u2019est un programme de cette nature auquel Google s\u2019attelle en investissant dans le d\u00e9veloppement de robots microscopiques qui \u00abnageraient\u00bb dans le corps pour combattre les maladies. De tels desseins d\u00e9stabilisent notre conception traditionnelle de la vie, car c\u2019est bien la certitude de la mort qui la structure. \u00abLa mort fait partie de notre \u00eatre dans le monde, de notre condition humaine. S\u2019en d\u00e9faire signifie renoncer \u00e0 notre humanit\u00e9\u00bb, consid\u00e8re le philosophe fran\u00e7ais Franck Damour, critique du transhumanisme. S\u2019inscrivant dans une perspective philosophique traditionnelle, il soutient qu\u2019\u00eatre humain \u00absignifie avoir la mort comme horizon et, \u00e0 la fois, refuser la mort. Cette contradiction est l\u2019\u00e9quation m\u00eame de la vie humaine!\u00bb.<\/p>\n<p>Son coll\u00e8gue Jean-Michel Besnier souligne le paradoxe qu\u2019il y a \u00e0 d\u00e9sirer une immortalit\u00e9 qui neutralise la part symbolique conf\u00e9rant un sens humain \u00e0 nos existences de mortels: \u00abLes promesses attach\u00e9es aux progr\u00e8s biotechnologiques permettraient un fonctionnement sans usure de nos m\u00e9tabolismes biologiques. Le vivant en nous subsisterait, mais qu\u2019en serait-il de l\u2019humain? Les technoproph\u00e8tes du transhumanisme se moquent bien de l\u2019aventure humaine ayant donn\u00e9 sens et attrait \u00e0 la culture. Que seraient la litt\u00e9rature ou la musique sans la mort? Nous n\u2019aimons plus la vie, si nous ne la pensons plus qu\u2019en termes d\u2019algorithmes.\u00bb<\/p>\n<p><strong>2. Techniques mini-invasives<\/strong><\/p>\n<p>Loin de l\u2019utopie d\u2019immortalit\u00e9, les technologies permettent d\u00e9j\u00e0, plus modestement, d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie et la prise en charge m\u00e9dicale des patients \u00e2g\u00e9s. Au CHUV, on r\u00e9alise par exemple l\u2019exploit de remplacer une valve du c\u0153ur sans ouvrir la poitrine. Appel\u00e9e TAVI, cette technique a le grand avantage d\u2019\u00e9pargner une op\u00e9ration \u00e0 c\u0153ur ouvert tr\u00e8s risqu\u00e9e pour une personne \u00e2g\u00e9e. Elle consiste \u00e0 amener une nouvelle valve \u00e0 travers une toute petite ouverture (le plus souvent effectu\u00e9e dans une art\u00e8re de la jambe, mais, s\u2019il y a obstruction, elle peut \u00eatre amen\u00e9e par les art\u00e8res du cou, par exemple) qui \u00e9crase la valve aortique malade. \u00abElle est notamment utilis\u00e9e aupr\u00e8s des 75 ans et plus, plus fragiles et, souvent, souffrant de comorbidit\u00e9s, les rendant plus vuln\u00e9rables, indique St\u00e9phane Fournier, chef de clinique au service de cardiologie du CHUV. Cette intervention a aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019impliquer une convalescence moins longue que celle suivant la chirurgie conventionnelle.\u00bb D\u2019autres h\u00f4pitaux perfectionnent ces techniques dites mini-invasives particuli\u00e8rement adapt\u00e9es aux personnes \u00e2g\u00e9es, comme la thoracoscopie uniportale VATS offerte \u00e0 Berne et au Tessin notamment. Celle-ci permet la r\u00e9section des tumeurs pulmonaires \u00e0 l\u2019aide d\u2019une incision d\u2019\u00e0 peine quelques millim\u00e8tres.<\/p>\n<p>Si jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, l\u2019augmentation de l\u2019esp\u00e9rance de vie s\u2019expliquait par la diminution du nombre de morts pr\u00e9matur\u00e9es, aujourd\u2019hui, elle est principalement due \u00e0 la baisse de la mortalit\u00e9 chez les plus de 65 ans gr\u00e2ce \u00e0 la science. Expert en d\u00e9mographie et vieillissement, l\u2019Am\u00e9ricain James Vaupel affirme d\u2019ailleurs dans ses nombreux travaux que 75 ans, c\u2019est le nouveau 65. Les personnes \u00e2g\u00e9es de 75 ans ont le m\u00eame niveau de sant\u00e9 que celles dix ans plus jeunes il y a 50 ans.<\/p>\n<p>\u00abLes soins m\u00e9dicaux contribuent effectivement en Suisse \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance de vie de 81 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes\u00bb, confirme le Prof. Christophe B\u00fcla, chef du services de g\u00e9riatrie et r\u00e9adaptation g\u00e9riatrique du CHUV. Celui-ci souligne que le revers de cette augmentation du nombre d\u2019ann\u00e9es de vie est l\u2019apparition de pathologies chroniques multiples \u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9: insuffisance cardiaque et\/ou r\u00e9nale, diab\u00e8te, hypertension art\u00e9rielle, arthrose, etc. Il rappelle au passage que les femmes vivent plus longtemps, mais connaissent une morbidit\u00e9 plus importante.<\/p>\n<p><strong>3. Adapter la m\u00e9decine<\/strong><\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales doit d\u00e9sormais composer avec une population de patients \u00e2g\u00e9s toujours plus importante. \u00abCelles-ci ont \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9es pour une patient\u00e8le plus jeune, souffrant d\u2019une seule pathologie. Tout d\u2019un coup, on se retrouve face \u00e0 des individus qui en cumulent trois ou quatre en m\u00eame temps\u00bb, constate Christophe B\u00fcla.<\/p>\n<p>La prise de conscience et l\u2019adaptation sont variables, m\u00eame si de nouvelles sous-sp\u00e9cialit\u00e9s (ortho-g\u00e9riatrie, onco-g\u00e9riatrie, etc.) se d\u00e9veloppent. De m\u00eame, encore peu d\u2019essais cliniques int\u00e8grent des sujets \u00e2g\u00e9s avec plusieurs pathologies. Si par ailleurs,<br \/>\ncertaines interventions sont techniquement possibles \u2013 comme l\u2019alimentation par sonde chez des patients atteints de d\u00e9mence \u2013 elles posent des questions \u00e9thiques au personnel m\u00e9dical, selon le sp\u00e9cialiste en g\u00e9riatrie du CHUV. \u00abNous pouvons prolonger la dur\u00e9e de vie d\u2019un individu, mais qu\u2019en sera-t-il de sa qualit\u00e9 de vie? Est-ce pertinent d\u2019utiliser la chimioth\u00e9rapie, qui implique des effets secondaires, pour gagner six mois chez une personne de 94 ans, ou est-il plus judicieux d\u2019investir dans sa qualit\u00e9 de vie?\u00bb Ces questions sensibles li\u00e9es \u00e0 l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique divisent les professionnels qui souhaitent utiliser toutes les options disponibles pour prolonger la vie d\u2019un patient m\u00eame tr\u00e8s \u00e2g\u00e9, et ceux qui avancent que l\u2019on en fait trop, qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019un certain \u00e2ge, diverses pistes th\u00e9rapeutiques ne devraient plus \u00eatre envisag\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9bat, n\u2019est-ce pas finalement au patient de trancher? La r\u00e9flexion porte d\u00e9sormais sur les fa\u00e7ons de mieux respecter l\u2019autonomie des patients \u00e2g\u00e9s et leurs v\u0153ux en mati\u00e8re de sant\u00e9 et de fin de vie. \u00abUne des caract\u00e9ristiques des a\u00een\u00e9s est qu\u2019ils ont des \u00e9tats de sant\u00e9 et des pr\u00e9f\u00e9rences tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Des gens du m\u00eame \u00e2ge, souffrant des m\u00eames pathologies, ont des souhaits diff\u00e9rents. Certains veulent continuer \u00e0 vivre co\u00fbte que co\u00fbte, d\u2019autres en ont assez. Certains r\u00e9clament m\u00eame le suicide assist\u00e9, mais ils restent minoritaires.\u00bb La d\u00e9pendance intervient dans les mois qui pr\u00e9c\u00e8dent la mort. Par un ensemble d\u2019actions de pr\u00e9vention promus par la g\u00e9riatrie, comme l\u2019activit\u00e9 physique, une bonne nutrition, ou encore l\u2019engagement social, cette phase peut \u00eatre r\u00e9duite. La d\u00e9pendance n\u2019est en effet pas une fatalit\u00e9. \u00abUne r\u00e9cente \u00e9tude danoise sur les centenaires actuels montre que par rapport \u00e0 ceux d\u2019il y a 20 ans, non seulement ceux-ci sont en meilleure forme physique et cognitive, mais que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 sont ind\u00e9pendants au quotidien. Cela bouscule notre id\u00e9e toute faite de l\u2019individu tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 en totale perte d\u2019autonomie\u00bb, explique Christophe B\u00fcla.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00f4pital cherche aussi \u00e0 s\u2019adapter globalement \u00e0 une patient\u00e8le toujours plus \u00e2g\u00e9e. Chercheur en soins infirmiers \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, C\u00e9dric Mabire a d\u00e9velopp\u00e9 un projet sur les valeurs des soignants relatives \u00e0 la prise en charge de cette population \u00e2g\u00e9e. \u00abNous avons interrog\u00e9 80 membres du personnel soignant de services o\u00f9 il y a une forte proportion de seniors. Le but est de partager des valeurs communes afin d\u2019am\u00e9liorer nos pratiques de soins.\u00bb Ces analyses ont mis en \u00e9vidence l\u2019importance de l\u2019adaptation de l\u2019environnement hospitalier et de l\u2019offre de soins \u00e9thiques \u00e0 des personnes (\u00abplut\u00f4t qu\u2019\u00e0 des maladies port\u00e9es par des patients\u00bb). \u00abL\u2019h\u00f4pital est construit autour de la maladie aigu\u00eb, regrette C\u00e9dric Mabire. Le syst\u00e8me n\u2019est pas orient\u00e9 selon la prise en compte des maladies chroniques, toujours plus r\u00e9pandues, ni adapt\u00e9 aux seniors au niveau structurel et organisationnel.\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 titre d\u2019exemple, le sp\u00e9cialiste \u00e9voque les panneaux indicatifs qui devraient \u00eatre plus fr\u00e9quents et \u00e9crits en caract\u00e8res plus gros, pour faciliter l\u2019orientation des seniors. Ou encore l\u2019acc\u00e8s aux personnes \u00e0 mobilit\u00e9 r\u00e9duite qui devrait \u00eatre favoris\u00e9, notamment en \u00e9vitant les marches pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ascenseur. Il indique \u00e9galement que le personnel devrait parler plus lentement, plus fort et prendre le temps d\u2019expliquer. Le rythme de l\u2019h\u00f4pital, la cadence impos\u00e9e posent \u00e9galement probl\u00e8me, tant au personnel soignant qu\u2019aux patients. \u00abTout se fait trop rapidement: les repas, la toilette, les prises de m\u00e9dicaments\u2026 \u00c0 l\u2019h\u00f4pital, tout le monde reconna\u00eet que la pression d\u2019un rythme<br \/>\nsoutenu est en inad\u00e9quation avec les besoins des seniors.\u00bb Le respect de l\u2019autonomie du patient \u00e2g\u00e9 passe par des gestes tr\u00e8s simples. \u00abPar exemple, plut\u00f4t que de lui mettre des comprim\u00e9s dans la bouche, donner au patient la bo\u00eete de m\u00e9dicaments, le laisser contr\u00f4ler si c\u2019est le bon, le sortir et le prendre lui-m\u00eame. En une semaine, une personne qu\u2019on infantilise ou materne d\u00e9mesur\u00e9ment peut perdre la capacit\u00e9 physique et mentale de le prendre seule\u00bb, explique C\u00e9dric Mabire.<\/p>\n<p><strong>4. M\u00e9langer les g\u00e9n\u00e9rations<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on imagine, la majorit\u00e9 des 90 ans et plus vit \u00e0 domicile, comme le souligne Alain Huber, secr\u00e9taire romand de Pro Senectute. \u00abLes personnes tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es souhaitent \u00eatre aid\u00e9es et soign\u00e9es \u00e0 domicile, et, si possible, mourir chez elles. Pour les y maintenir le plus longtemps possible, il est important de travailler en r\u00e9seau, avec les parents, les proches, les voisins et les organisations sociales.\u00bb Actuellement, le nombre de places en EMS serait de toute fa\u00e7on insuffisant pour accueillir davantage de r\u00e9sidents. La disponibilit\u00e9 future variera selon les cantons et les communes. \u00abDe nouvelles formules alternatives d\u2019h\u00e9bergement existent, fait valoir Alain Huber, comme celles o\u00f9 des \u00e9tudiants logent chez des a\u00een\u00e9s et font des heures de m\u00e9nage, ou encore les foyers de jour qui accueillent les personnes atteintes de d\u00e9mence, permettant de d\u00e9charger les proches.\u00bb<\/p>\n<p>Pro Senectute \u0153uvre en faveur des droits des seniors \u00e0 divers niveaux. L\u2019association se mobilise notamment contre l\u2019\u00e2gisme \u2013 la discrimination \u00e0 l\u2019encontre des personnes \u00e2g\u00e9es \u2013, th\u00e8me sur lequel elle pr\u00e9voit un symposium en novembre 2019. \u00abUn exemple parmi tant d\u2019autres est celui des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires que les personnes \u00e2g\u00e9es doivent payer si elles n\u2019ont pas d\u2019acc\u00e8s \u00e0 internet pour faire leurs paiements.\u00bb En outre, des \u00e9tudes comme celle men\u00e9e par la Haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e de Berne montrent une progression inqui\u00e9tante de la pr\u00e9carit\u00e9 chez les seniors, avec une part de 12% qui avait recours aux prestations compl\u00e9mentaires en 2015, alors que cette proportion n\u2019\u00e9tait que de 5,9% en 1999 en Suisse. \u00abNous avons r\u00e9guli\u00e8rement des cas de personnes qui ont besoin de lunettes parce qu\u2019elles les ont perdues ou bris\u00e9es et qui n\u2019ont pas les moyens de les remplacer\u00bb, illustre Alain Huber.<\/p>\n<p>Ne pas avoir de lunettes adapt\u00e9es, ou d\u2019appareil auditif pour les personnes qui souffrent de perte d\u2019audition, peut avoir des cons\u00e9quences psychosociales f\u00e2cheuses. \u00abLes gens attendent en moyenne sept ans avant de consulter pour des troubles d\u2019ou\u00efe et s\u2019appareiller: c\u2019est trop\u00bb, rel\u00e8ve Alain Huber. La maladie est souvent \u00e0 l\u2019origine de la solitude, un autre d\u00e9fi de taille apr\u00e8s 75-80 ans. \u00abLa surdit\u00e9 rend une r\u00e9union au caf\u00e9 avec des copains p\u00e9nible. La r\u00e9duction de la mobilit\u00e9 isole \u00e9galement. On ne sort plus lorsqu\u2019il pleut ou il neige. M\u00eame chose avec la perte de la vue et de l\u2019\u00e9quilibre. On se sent plus vuln\u00e9rable, on s\u2019enferme chez soi.\u00bb Un ph\u00e9nom\u00e8ne renforc\u00e9, \u00e0 moins d\u2019avoir un r\u00e9seau plus jeune, par le fait qu\u2019\u00e0 85 ans, les amis du m\u00eame \u00e2ge disparaissent. Il est toutefois possible de maintenir une bonne condition physique longtemps. \u00abQuelques entra\u00eenements des muscles, simples et r\u00e9guliers, peuvent avoir un effet b\u00e9n\u00e9fique\u00bb, conseille Alain Huber.<\/p>\n<p><strong>5. Financer la long\u00e9vit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Outre les nombreux d\u00e9fis socio-sanitaires, la gageure incontournable li\u00e9e au vieillissement des populations se pose en termes de financement des assurances sociales. D\u2019autant que l\u2019\u00e9cart entre le nombre d\u2019actifs et de retrait\u00e9s d\u00e9cro\u00eet constamment avec l\u2019arriv\u00e9e massive des baby-boomers \u00e0 la retraite. Le pourcentage de personnes \u00e2g\u00e9es de 65 ans et plus correspond actuellement \u00e0 pr\u00e8s de 18% de la population en Suisse. En 2050, elles en repr\u00e9senteront 27%. Avec cette \u00e9volution, les d\u00e9penses en soins li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9pendance, qui concernent notamment le tr\u00e8s grand \u00e2ge, montent en fl\u00e8che. En Suisse, l\u2019ensemble des soins li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pendance \u00e9quivaut aujourd\u2019hui \u00e0 1,5% du PIB. \u00abSelon les projections, nous estimons qu\u2019en 2030, ils compteront pr\u00e8s du double\u00bb, indique Christophe Courbage, professeur \u00e0 la Haute \u00c9cole de gestion de Gen\u00e8ve. Les soins \u00e0 domicile s\u2019\u00e9l\u00e8vent actuellement \u00e0 1200 millions de francs annuels, tandis que les co\u00fbts en institution fr\u00f4lent les\u2026 8000 millions. \u00abSi l\u2019on ne fait rien rapidement, on va droit dans le mur\u00bb, pr\u00e9vient l\u2019\u00e9conomiste. En effet, les co\u00fbts li\u00e9s aux soins de d\u00e9pendance \u00e0 la charge des familles risquent d\u2019augmenter significativement, alors que la Suisse est d\u00e9j\u00e0 le pays o\u00f9 ces d\u00e9penses sont les plus sal\u00e9es. \u00abIl y a un risque d\u2019exposer les proches \u00e0 la pauvret\u00e9\u00bb, avertit Christophe Courbage.<\/p>\n<p>Actuellement, le financement des d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9pendance pour la population plus \u00e2g\u00e9e provient essentiellement de l\u2019assurance maladie et de l\u2019AVS. De nouvelles fa\u00e7ons de les financer sont d\u00e9battues. \u00abUne d\u2019entre elles consiste en une \u2018r\u00e9cup\u00e9ration sur h\u00e9ritage\u2019, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9duction des subventions li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9pendance de l\u2019h\u00e9ritage \u00e0 laisser, \u00e0 certaines conditions.\u00bb Dans certains cantons al\u00e9maniques, l\u2019option d\u2019une banque de points li\u00e9e aux soins informels existe d\u00e9j\u00e0. \u00abQui offre des soins gagne des points qui lui permettront \u00e0 son tour de b\u00e9n\u00e9ficier de soins lorsqu\u2019elle ou il en aura besoin\u00bb, explique Christophe Courbage. Une autre id\u00e9e est de cr\u00e9er une assurance-d\u00e9pendance publique qui permette de dissocier la d\u00e9pendance des autres risques, comme en Allemagne, en Autriche et au Japon.<\/p>\n<p>D\u2019autres pays mettent en place des incitations pour promouvoir l\u2019aide informelle, par exemple en fournissant des indemnit\u00e9s publiques \u00e0 une personne qui quitte son emploi durant une certaine p\u00e9riode afin de s\u2019occuper d\u2019un proche. Ailleurs, comme en France, aux \u00c9tats-Unis ou \u00e0 Singapour, la d\u00e9pendance peut \u00eatre financ\u00e9e \u00e0 travers la valeur de la maison de l\u2019individu, gr\u00e2ce \u00e0 des produits financiers qui permettent de mon\u00e9tariser des biens immobiliers, tels que des viagers ou des hypoth\u00e8ques invers\u00e9es. Enfin, l\u2019assurance-d\u00e9pendance priv\u00e9e (une assurance \u00e0 laquelle on cotise en vue de couvrir les \u00e9ventuels frais li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9pendance), un tout petit march\u00e9 en Suisse, est appel\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tendre. \u00abAux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il est plus d\u00e9velopp\u00e9, les enfants encouragent leurs parents \u00e0 s\u2019assurer ainsi. En effet, les frais relatifs \u00e0 la d\u00e9pendance peuvent s\u00e9rieusement grever un h\u00e9ritage\u00bb, rel\u00e8ve Christophe Courbage.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des questions pratiques, l\u2019allongement de la dur\u00e9e de la vie, la grande vieillesse \u2013 un \u00e9tat qui varie selon les individus et les cultures \u2013 et son sens doivent encore \u00eatre compris et apprivois\u00e9s. L\u2019anthropologue fran\u00e7ais Fr\u00e9d\u00e9ric Balard met en \u00e9vidence \u00e0 quel point la r\u00e9alit\u00e9 est plurielle, selon des facteurs comme l\u2019\u00e9poque, la culture, les conditions \u00e9conomiques. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, les centenaires sont honor\u00e9s, comme au Japon o\u00f9 on les appelle \u00abtr\u00e9sors vivants\u00bb. En revanche, dans d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s, ils se sacrifient. Comme dans le film La Ballade de Narayama, Palme d\u2019or \u00e0 Cannes en 1983, o\u00f9 dans un village pauvre et isol\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la coutume appel\u00e9e ubasute voulait que les habitants atteignant 70 ans aillent mourir volontairement au sommet de la montagne Narayama. Notre soci\u00e9t\u00e9 prosp\u00e8re et technologique permet de prolonger l\u2019esp\u00e9rance de vie plus que jamais auparavant. Faire en sorte que ce quatri\u00e8me \u00e2ge soit valoris\u00e9, que les personnes qui le traversent soient \u00e9cout\u00e9es, entour\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9es, sans que leur vieillesse soit ni\u00e9e comme dans les fantasmes du transhumanisme, c\u2019est l\u2019un des d\u00e9fis \u00e9thiques les plus int\u00e9ressants qui se pose \u00e0 notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>4e \u00e2ge<\/strong><br \/>\nUne cat\u00e9gorie invent\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980 pour parler des seniors \u00e2g\u00e9s sans qu\u2019elle d\u00e9finisse un \u00e2ge pr\u00e9cis.<\/p>\n<p><strong>1200 millions<\/strong><br \/>\nCo\u00fbts li\u00e9s aux soins \u00e0 domicile, alors que ceux des EMS s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 8000 millions.<\/p>\n<p><strong>111 ans<\/strong><br \/>\nLa doyenne suisse, Alice Schaufelberger-Hunziker, qui vit dans un home de Winterthour, a f\u00eat\u00e9 son anniversaire en janvier 2019.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 17).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les centenaires n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi nombreux. L\u2019apparition d\u2019un quatri\u00e8me \u00e2ge dans les pays riches ravive les fantasmes d\u2019immortalit\u00e9, tout en obligeant la m\u00e9decine \u00e0 d\u00e9velopper de nouvelles pratiques.<\/p>\n","protected":false},"author":20192,"featured_media":9397,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303,1299],"class_list":["post-9396","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9396","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20192"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9396"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9396\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9400,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9396\/revisions\/9400"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9397"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9396"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9396"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9396"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}