



{"id":9394,"date":"2019-06-13T23:17:45","date_gmt":"2019-06-13T21:17:45","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=9394"},"modified":"2019-06-14T14:20:35","modified_gmt":"2019-06-14T12:20:35","slug":"interview-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=9394","title":{"rendered":"\u00abUn lien \u00e9troit associe culture et \u00e9conomie\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/entreprises\/2019\/04\/23\/3-lisaiton-pme-magazine-y-30-ans\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">PME Magazine<\/a>.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Plus de 10 millions de visiteurs se sont rendus \u00e0 la Fondation Pierre Gianadda depuis son inauguration en Valais en 1978, attir\u00e9s par le pr\u00eat de chefs-d\u2019\u0153uvre comme le tableau de Claude Monet \u00abImpression, soleil levant\u00bb ou la statue antique \u00abDiscobole\u00bb. Pour son cr\u00e9ateur et fondateur de 83 ans, L\u00e9onard Gianadda, le succ\u00e8s de l\u2018institution a ouvert la voie \u00e0 une diversification de l\u2019offre culturelle r\u00e9gionale, avec l\u2019\u00e9mergence de nouvelles fondations et festivals.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9439\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Large13062019.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Large13062019.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Large13062019-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Large13062019-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>En 1989, dans un des premiers num\u00e9ros de PME Magazine, vous d\u00e9finissiez la Fondation Pierre Gianadda comme \u00abun anti-mus\u00e9e\u00bb. La qualifieriez-vous toujours ainsi alors qu\u2019elle est d\u00e9sormais un lieu culturel incontournable de Suisse et que son jardin de sculptures est reconnu comme l\u2019un des plus beaux d\u2019Europe? <\/strong><\/p>\n<p>Si je qualifiais la Fondation d\u2019\u00abanti-mus\u00e9e\u00bb, c\u2019est par opposition \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque on se faisait d\u2019un mus\u00e9e: un lieu clos et aust\u00e8re, vou\u00e9 \u00e0 la conservation et pr\u00e9sentant une collection permanente r\u00e9serv\u00e9e aux initi\u00e9s, bref un lieu que l\u2019on ne visite qu\u2019une fois dans sa vie. Cette image a sans doute \u00e9volu\u00e9 au cours des quatre d\u00e9cennies \u00e9coul\u00e9es depuis la cr\u00e9ation de la Fondation. Je voulais un espace vivant, ouvert. J\u2019ai constat\u00e9 que ce sont souvent les m\u00eames visiteurs qui reviennent, attir\u00e9s par de nouvelles expositions, de nouveaux concerts, en un mot par des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019il faut sans cesse inventer. L\u2019espace a \u00e9t\u00e9 enrichi d\u2019un parc de sculptures et a m\u00eame d\u00e9bord\u00e9 dans la ville de Martigny, dont les dix-sept ronds-points sont agr\u00e9ment\u00e9s d\u2019une sculpture ad\u00e9quate. Ainsi, le public n\u2019est pas confin\u00e9 dans un espace d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019art, il se meut dans un espace sans limite. Dans cet esprit, le terme d\u2019\u00abanti-mus\u00e9e\u00bb semble toujours d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Au lancement de la Fondation en 1978, ambitionniez-vous d\u00e9j\u00e0 de faire de Martigny un lieu connu des galeristes, directeurs de mus\u00e9e et m\u00e9lomanes de toute l\u2019Europe? Aviez-vous anticip\u00e9 ce rayonnement international?<\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019imaginais certainement pas un tel rayonnement et je n\u2019aurais m\u00eame pas os\u00e9 y songer. Alors comment aurais-je pu esp\u00e9rer obtenir le pr\u00eat d\u2019\u0153uvres aussi prestigieuses qu\u2019\u00abImpression, soleil levant\u00bb ou le \u00abDiscobole\u00bb de la part des mus\u00e9es les plus r\u00e9put\u00e9s au monde? Comment aurais-je pu imaginer que des artistes comme Cecilia Bartoli puissent chanter dans nos murs\u2026 \u00e0 vingt-huit reprises! L\u2019ambition s\u2019est forg\u00e9e au fil du temps, gr\u00e2ce au succ\u00e8s. Plus la Fondation \u00e9tait connue, plus elle pouvait esp\u00e9rer obtenir des \u0153uvres majeures et plus elle pouvait disposer de moyens n\u00e9cessaires \u00e0 leur pr\u00e9sentation, comme les frais de transport ou d\u2019assurances par exemple. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 spontan\u00e9. La confiance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Elle se conquiert. Cela prend du temps et exige \u00e0 la fois prudence et prise de risques mesur\u00e9s, mais \u00e9galement beaucoup de chance, je le reconnais.<\/p>\n<p><strong>Plus de 10 millions de personnes ont visit\u00e9 la Fondation depuis son ouverture en 1978. En quoi a-t-elle marqu\u00e9 l\u2019offre touristique et culturelle valaisanne depuis cette \u00e9poque?<\/strong><\/p>\n<p>Le boom de l\u2019offre touristique en Valais a d\u00e9marr\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 et n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre. L\u2019offre culturelle, tout comme l\u2019offre touristique d\u2019ailleurs, a \u00e9t\u00e9 aliment\u00e9e gr\u00e2ce au progr\u00e8s social: la civilisation des loisirs, les cong\u00e9s pay\u00e9s, une meilleure formation pour tous et une prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale accrue. Tous ces facteurs sont apparus \u00e0 cette \u00e9poque. L\u2019offre culturelle est \u00e9troitement li\u00e9e au d\u00e9veloppement \u00e9conomique et r\u00e9ciproquement. Les visiteurs de la Fondation stimulent le commerce local, la restauration, l\u2019h\u00f4tellerie. Les ressources culturelles ne sont pas d\u00e9pendantes des changements climatiques comme l\u2019industrie du ski qui a assur\u00e9 la prosp\u00e9rit\u00e9 des stations jusqu\u2019\u00e0 ce jour. Le succ\u00e8s de la Fondation a incit\u00e9 une diversification de l\u2019offre, avec l\u2019\u00e9mergence de nouvelles fondations, de festivals. Le Gouvernement valaisan l\u2019a tr\u00e8s bien compris en cr\u00e9ant, l\u2019an dernier, un prix \u00abCulture et \u00e9conomie\u00bb dont nous avons \u00e9t\u00e9 les premiers b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 l\u2019occasion des quarante ans de la Fondation: une reconnaissance du lien \u00e9troit qui associe culture et \u00e9conomie.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les changements les plus profonds qu\u2019a connus l\u2019offre culturelle et touristique en Valais depuis 1989 selon vous? Ses plus grands d\u00e9fis?<\/strong><\/p>\n<p>Les techniques ont \u00e9volu\u00e9. Martigny n\u2019est plus qu\u2019\u00e0 quelques heures de Paris, voire de New-York, ce qui augmente fortement la mobilit\u00e9 de notre public. Le Valais s\u2019est d\u00e9senclav\u00e9. Le progr\u00e8s technique permet aux fans de ski d\u2019exercer leur sport gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019enneigement artificiel ind\u00e9pendant de la m\u00e9t\u00e9o. Plus prosp\u00e8re aujourd\u2019hui, le canton peut investir dans des infrastructures impensables auparavant. Les moyens d\u2019information ont aussi chang\u00e9: nous \u00e9tions les premiers \u00e0 diffuser notre publicit\u00e9 culturelle sur les ondes radiophoniques, puis par des spots t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s ou sur Internet. Cependant le plus grand d\u00e9fi pour une institution comme la n\u00f4tre est de tenir sur la dur\u00e9e (41 ans!), de renouveler et de diversifier inlassablement l\u2019offre en soignant l\u2019accueil de nos visiteurs. Ceux-ci ont vieilli, bien s\u00fbr, mais ils sont en meilleure forme que ne l\u2019\u00e9taient leurs a\u00een\u00e9s. Ils nous restent tr\u00e8s fid\u00e8les\u2026 et se renouvellent r\u00e9guli\u00e8rement!<\/p>\n<p><strong>Vous avez b\u00e2ti comme m\u00e9c\u00e8ne et comme entrepreneur priv\u00e9 dans toute la r\u00e9gion de Martigny. Qu\u2019est-ce qui vous a pouss\u00e9 \u00e0 le faire? L\u2019envie de laisser votre marque?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai construit quelque 1&rsquo;500 appartements \u00e0 Martigny au cours de toutes ces ann\u00e9es. D\u2019abord parce que c\u2019\u00e9tait mon m\u00e9tier, un h\u00e9ritage g\u00e9n\u00e9tique qui a vu s\u2019y consacrer mon grand-p\u00e8re d\u2019abord, mon p\u00e8re ensuite. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait penser, la conduite d\u2019un bureau entre autres consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019immobilier exige sensiblement les m\u00eames comp\u00e9tences entrepreneuriales que la gestion d\u2019un centre culturel comme la Fondation. Certains consid\u00e8rent sans doute la comparaison un peu triviale. Ils pr\u00e9f\u00e8rent imaginer l\u2019art comme totalement d\u00e9connect\u00e9 de toute contingence commerciale. Il est vrai que l\u2019esth\u00e9tique n\u2019est pas forc\u00e9ment li\u00e9e \u00e0 la valeur marchande. Pourtant, dans mes deux fonctions, l\u2019objectif est semblable: satisfaire et faire plaisir, r\u00e9pondre au mieux aux besoins des visiteurs, veiller \u00e0 leur confort en ayant recours aux meilleurs sp\u00e9cialistes, parce que seuls on ne sait pas tout faire. Cela dit, l\u2019immobilier m\u2019a aussi permis d\u2019acheter des \u0153uvres d\u2019art, de constituer une collection.<\/p>\n<p><strong>Malgr\u00e9 ces r\u00e9alisations, que manque-t-il encore au paysage touristique et culturel valaisan \u00e0 votre avis?<\/strong><\/p>\n<p>Le tourisme a besoin de la nature qui doit \u00eatre mieux pr\u00e9serv\u00e9e car c\u2019est une denr\u00e9e p\u00e9rissable. Dans ce domaine, il y a encore beaucoup \u00e0 faire, notamment en contr\u00f4lant mieux les zones r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 l\u2019habitat et celles dont le paysage doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9. En 1978, nous avons inaugur\u00e9 \u00e0 la Fondation le premier mus\u00e9e arch\u00e9ologique du canton. Il a la particularit\u00e9 de pr\u00e9senter des pi\u00e8ces provenant exclusivement de Martigny, o\u00f9 elles sont expos\u00e9es aujourd\u2019hui. Quarante ans apr\u00e8s, le Grand Conseil valaisan vient d\u2019approuver le principe de la cr\u00e9ation d\u2019un espace consacr\u00e9 aux collections cantonales qui se sont enrichies au cours des si\u00e8cles pass\u00e9s. Il \u00e9tait temps. J\u2019esp\u00e8re que l\u2019Etat optera pour des institutions d\u00e9centralis\u00e9es, dans le respect des d\u00e9couvertes originelles, plut\u00f4t que pour un mus\u00e9e unique au sein de la capitale.<\/p>\n<p><strong>Si on se risque \u00e0 faire des projections: \u00e0 quoi ressemblera le tourisme de la r\u00e9gion dans 30 ans? Que viendront chercher les Suisses et les \u00e9trangers en visite dans le canton et \u00e0 Martigny?<\/strong><\/p>\n<p>Des projections sont difficiles, voire impossibles \u00e0 \u00e9tablir. Notre tourisme, encore fortement ax\u00e9 sur les sports d\u2019hiver, va souffrir du r\u00e9chauffement climatique. Il est donc urgent d\u2019anticiper ce ph\u00e9nom\u00e8ne en diversifiant toujours davantage l\u2019offre si l\u2019on veut maintenir l\u2019attrait de nos r\u00e9gions. La culture peut y contribuer. Mais il est encore plus difficile d\u2019imaginer quels seront les int\u00e9r\u00eats et les go\u00fbts des amateurs d\u2019art \u00e0 moyen et \u00e0 long terme, et par cons\u00e9quent d\u2019anticiper les r\u00e9volutions \u00e0 venir. Nos enfants devront \u00eatre attentifs aux changements pour mieux s\u2019y adapter. On voit peu \u00e0 peu fondre les glaciers\u2026 et l\u2019impact de la presse \u00e9crite au profit de l\u2019information virtuelle. Dans le domaine artistique, les productions \u00e9voluent tout aussi rapidement. Reste l\u2019aspiration des individus \u00e0 ce qui est beau et qui nous d\u00e9passe. Et elle, j\u2019en suis certain, va demeurer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gr\u00e2ce \u00e0 sa fondation, L\u00e9onard Gianadda a fait connaitre Martigny aux galeristes, directeurs de mus\u00e9e et m\u00e9lomanes de toute l\u2019Europe. Cette figure de 83 ans revient sur le d\u00e9veloppement de l\u2019offre culturelle et touristique de son canton.<\/p>\n","protected":false},"author":20165,"featured_media":9439,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1302],"class_list":["post-9394","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-rencontres","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9394","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9394"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9394\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9440,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9394\/revisions\/9440"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9439"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9394"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9394"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9394"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}