



{"id":939,"date":"2001-12-13T00:00:00","date_gmt":"2001-12-12T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=939"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"id2kdo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=939","title":{"rendered":"Les meilleurs livres romands \u00e0 offrir pour No\u00ebl"},"content":{"rendered":"<p>Les F\u00eates approchent, qui donnent l\u2019occasion d\u2019acheter des livres, d\u2019en offrir, d\u2019en recevoir et, \u00e9ventuellement, de les lire&#8230; L\u2019occasion, pour moi, de vous emmener dans une balade toute subjective et personnelle \u00e0 travers l\u2019\u00e9dition romande de ces derniers mois. <\/p>\n<p>Mais auparavant, actualit\u00e9 oblige, permettez-moi de signaler un excellent livre sur l\u2019Afghanistan, \u00abLe faucon afghan\u00bb, d\u2019Olivier Weber. Journaliste, voyageur, \u00e9crivain, Weber a parcouru le pays et \u00e9crit son livre avant que les \u00e9v\u00e9nements le projettent \u00e0 la une de la presse internationale.<\/p>\n<p>Son voyage est celui d\u2019un curieux document\u00e9, familier de la culture et de l\u2019histoire du pays. Ses observations sont celles d\u2019un sceptique qui, choqu\u00e9 de d\u00e9couvrir les horreurs commises par un p\u00e8re Ubu sanguinaire, borgne et born\u00e9 &#8211; le mollah Omar -, recourt \u00e0 l\u2019ironie pour ne pas donner dans le tragique. Passant d\u2019une sc\u00e8ne de genre \u00e0 un rappel historique, Olivier Weber conte la quotidiennet\u00e9 terrifiante d\u2019un Afghanistan rendu absurde par le choc de traditions moyen\u00e2geuses vivaces et de techniques ultramodernes. On ne saurait p\u00e9n\u00e9trer de mani\u00e8re plus agr\u00e9able dans une probl\u00e9matique apparemment insaisissable.<\/p>\n<p>Ces jours-ci, notre attention est capt\u00e9e par Tora-Bora, dont les m\u00e9dias nous vantent l\u2019enchev\u00eatrement de tunnels, de galeries, de cavernes, de d\u00e9p\u00f4ts de munitions. Ces forteresses cach\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 construites par l\u2019entreprise de travaux publics Ben Laden avec des capitaux saoudiens et am\u00e9ricains \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre afghane contre les Sovi\u00e9tiques.<\/p>\n<p>En Suisse, pour nous prot\u00e9ger d\u2019une possible irruption des m\u00eames Sovi\u00e9tiques, nous avons fait mieux pendant plus longtemps. Le photographe Bernard Dubuis a pu parcourir en toute libert\u00e9 les galeries kilom\u00e9triques des forteresses de Saint-Maurice (Dailly, Savatan, Scex et Cindey).<\/p>\n<p>Les belles photos publi\u00e9es par Dubuis d\u00e9voilent pour la premi\u00e8re fois l\u2019int\u00e9rieur de ces forteresses et la complexit\u00e9 de leurs installations. Comme elles n\u2019ont fort heureusement jamais \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es, le jugement sur leur efficacit\u00e9 est condamn\u00e9 \u00e0 rester un objet de sp\u00e9culation. <\/p>\n<p>Quand on sait que la protection de ces forteresses contre les poussi\u00e8res radioactives \u00e9tait assur\u00e9e par les filtres \u00e0 caf\u00e9 Melita, les mauvais esprits (dont je m\u2019honore de faire partie) auront tendance \u00e0 ricaner. Ce qui ne sera pas le cas de Jean-Jacques Langendorf &#8211; historien et romancier dont j\u2019ai pu appr\u00e9cier certains textes &#8211; qui vient de commettre \u00abLa Suisse dans les temp\u00eates du XXe si\u00e8cle\u00bb, l\u2019ouvrage le plus r\u00e9actionnaire consacr\u00e9 \u00e0 la Suisse au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Agac\u00e9 (ce que l\u2019on peut comprendre) par la mani\u00e8re dont nos politiciens et nos banquiers ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment jou\u00e9s dans l\u2019affaire des fonds juifs en d\u00e9sh\u00e9rence, Langendorf a cru bon racler les fonds de tiroirs les plus b\u00eatement militaristes du pays &#8211; et ils sont nombreux &#8211; pour nous raconter l\u2019histoire d\u2019une Helv\u00e9tie bien sous sa casquette, sans peurs ni reproches, d\u00e9mocratie exemplaire et charitable, isol\u00e9e dans un oc\u00e9an de m\u00e9chancet\u00e9, menac\u00e9e par les d\u00e9ferlantes venues de l\u2019\u00e9tranger (la m\u00e9taphore maritime pour le peuple des bergers est de Langendorf, pas de moi).<\/p>\n<p>Un tel travail ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 la <a href=http:\/\/www.military.ch\/RMS target=_blank class=std>Revue Militaire Suisse<\/a> qui, dans son num\u00e9ro de novembre, lui consacre sous la plume du lieutenant colonel J.-J. Rapin une recension des plus flatteuses.<\/p>\n<p>Mais en pr\u00e9sentant Langendorf, Rapin oublie de signaler qu\u2019il fut autrefois anarchiste militant et coauteur d\u2019un attentat m\u00e9morable contre le consulat d\u2019Espagne \u00e0 Gen\u00e8ve. Cela se passa en f\u00e9vrier 1961 et c\u2019est racont\u00e9 par Claude Frochaux dans un livre de souvenirs qu\u2019il vient de signer avec l\u2019\u00e9crivain Jean-Michel Olivier. <\/p>\n<p>Frochaux est lui-m\u00eame \u00e9crivain, auteur de plusieurs r\u00e9cits et d\u2019un essai important, \u00abL\u2019Homme seul\u00bb, mais il a aussi \u00e9t\u00e9 \u00e9diteur pendant plus de trente ans aux Editions L\u2019Age d\u2019Homme \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p>Comme souvent dans les livres de souvenirs, la jeunesse de l\u2019auteur est privil\u00e9gi\u00e9e. Frochaux nous raconte qu\u2019avant d\u2019\u00e9crire et d\u2019\u00e9diter des livres, il fut libraire et anarchiste. Au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante, il fonda avec son ami Langendorf (qui prit le pseudo ronflant et romantique d\u2019Atchenko) le groupe Ravachol qui d\u00e9cida de punir les franquistes \u00e0 jets de cocktails molotov contre leur consulat genevois. Cela leur valut tout de m\u00eame de passer six mois en prison, comptant ainsi parmi les tr\u00e8s rares prisonniers politiques d\u2019extr\u00eame-gauche dans cette Suisse du XXe si\u00e8cle si fort balanc\u00e9e par les temp\u00eates\u2026 <\/p>\n<p>Par bonheur, tous les ouvrages historiques ne sont pas d\u2019aussi mauvaises compilations que celui de Langendorf. Ainsi Christophe B\u00fcchi, journaliste al\u00e9manique bas\u00e9 en Suisse romande, se livre dans \u00abMariage de raison. Romands et al\u00e9maniques: une histoire suisse\u00bb (Zo\u00e9) \u00e0 une tr\u00e8s fine analyse des relations entre descendants des Burgondes et des Alamans au fil des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Sans avoir l\u2019air d\u2019y toucher, il nous donne une histoire vivante de la formation de la Conf\u00e9d\u00e9ration, de ses vicissitudes politiques et de l\u2019\u00e9volution de ses mentalit\u00e9s. C\u2019est \u00e0 coup s\u00fbr l\u2019histoire de la Suisse la plus lisible pour le non sp\u00e9cialiste actuellement disponible sur les rayons des libraires.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des documents historiques, les Editions d\u2019En Bas r\u00e9ussissent un joli coup en publiant sous le titre de \u00abA l\u2019\u00e9troit dans ma peau de femme \u00bb les souvenirs Marie Gilliard-Malherbe, une bourgeoise des campagnes vaudoises n\u00e9e en 1848 dans le milieu assez ferm\u00e9 des \u00abmomiers\u00bb, les partisans de l\u2019Eglise libre.<\/p>\n<p>M\u00e8re d\u2019une ribambelle d\u2019enfants, elle donna le jour \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Edmond Gilliard. Coinc\u00e9e entre famille, morale et soucis financiers, elle regarda sa vie passer sans la vivre vraiment. En pleine actualit\u00e9 talibane, le r\u00e9cit de cette existence semble \u00e9tonnamment proche de la complainte d\u2019une femme affubl\u00e9e de la burka, proche de ces femmes que le voile abstrait de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n<p>En litt\u00e9rature, trois titres m\u2019ont s\u00e9duit. Janine Massard nous parle de la mort dans un texte beau et sobre, \u00abComme si je n\u2019avais pas travers\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9\u00bb (L\u2019Aire ), qui tient plus du r\u00e9cit que du roman ainsi que l\u2019indique la page de titre. Il y est question d\u2019une femme dont la vie est boulevers\u00e9e par la maladie et la perte de deux \u00eatres chers, son mari et sa fille. Il y est aussi question d\u2019un livre \u00e0 \u00e9crire, d\u2019une vie \u00e0 reconstruire. Fort. Tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p>Le dernier Chessex, \u00abMonsieur\u00bb (Grasset), est le livre d\u2019un virtuose de l\u2019\u00e9criture, d\u2019un \u00e9crivain \u00e0 qui on ne la fait plus, d\u2019un homme qui sait poss\u00e9der une patte et une plume. Mais cette juxtaposition de nouvelles ou de textes de caract\u00e8re intimiste p\u00e8che par un manque \u00e9vident de construction, d\u2019unit\u00e9 dans le propos. A force de chercher, au-del\u00e0 de la paternit\u00e9, ce qui pourrait unir des textes aussi dissemblables que \u00abLe cor\u00bb ou \u00abLa lettre \u00e0 mes fils\u00bb, le lecteur finit par conclure \u00e0 l\u2019artifice, \u00e0 la superficialit\u00e9.<\/p>\n<p>Un artifice et une superficialit\u00e9 qu\u2019il ne rencontrera pas chez Maurice Chappaz. A 84 ans, le vieux Bagnard est au mieux de sa forme et nous donne avec son \u00abJudas\u00bb un des chefs d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature contemporaine. Po\u00e8me en prose plus que r\u00e9cit, l\u2019\u00abEvangile selon Judas\u00bb porte la bonne nouvelle de Chappaz, la lumi\u00e8re de celui qui voit sans voir, qui voit par-del\u00e0 ce que peuvent capter ses fr\u00e8res en humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Sa prose, toute \u00e9vang\u00e9lique qu\u2019elle soit, a la texture d\u2019un cep de vigne trentenaire, la densit\u00e9 des bouillonnements de la Dranse de juin, la profondeur de la parole vraie. On ne peut pas lire le \u00abJudas\u00bb de Chappaz, on le mordille, on le butine, on le d\u00e9guste \u00e0 doses hom\u00e9opathiques. Pour moi, c\u2019est le signe indiscutable de la grandeur.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nOuvrages cit\u00e9s:<\/p>\n<p>\u00abLe faucon afghan. Voyage au pays des talibans\u00bb, d\u2019Olivier Weber. Robert Laffont, Paris, 263 pages.<\/p>\n<p>\u00abLa forteresse abandonn\u00e9e\u00bb, photographies de Bernard Dubuis, texte de Jean-Bernard Desfaye, Editions Pillet, Saint-Maurice. CHF 68.-<\/p>\n<p>\u00abLa Suisse dans les temp\u00eates du XXe si\u00e8cle\u00bb de Jean-Jacques Langendorf, pr\u00e9face de G.-A. Chevallaz, Georg, Gen\u00e8ve. <\/p>\n<p>\u00abLa m\u00e9moire de mes souvenirs\u00bb, de Claude Frochaux. Entretiens avec Jean-Michel Olivier. L\u2019Age d\u2019Homme, Lausanne, 195 pages.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019Homme seul\u00bb, de Claude Frochaux. L\u2019Age d\u2019Homme, Lausanne, 1996.<\/p>\n<p>\u00abMariage de raison. Romands et al\u00e9maniques: une histoire suisse\u00bb, de Christophe B\u00fcchi, Zo\u00e9, Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>\u00abA l\u2019\u00e9troit dans ma peau de femme\u00bb de Marie Gilliard-Malherbe. Editions d\u2019En Bas, Lausanne, 206 pages.<\/p>\n<p>\u00abComme si je n\u2019avais pas travers\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9\u00bb, de Janine Massard,  L\u2019Aire, Vevey, 206 pages<\/p>\n<p>\u00abMonsieur\u00bb, de Jacques Chessex, Grasset, Paris, 300 pages.<\/p>\n<p>\u00abEvangile selon Judas\u00bb, de Maurice Chappaz, Gallimard, Paris, 170 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9dition suisse r\u00e9serve de bonnes surprises au rayon des essais, des romans ou des livres historiques. Plusieurs parutions r\u00e9centes m\u2019ont accroch\u00e9. 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