



{"id":936,"date":"2001-12-11T00:00:00","date_gmt":"2001-12-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=936"},"modified":"2017-07-12T11:31:33","modified_gmt":"2017-07-12T09:31:33","slug":"humour-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=936","title":{"rendered":"Des histoires dr\u00f4les palestiniennes"},"content":{"rendered":"<p>\u00abL\u2019humour a permis \u00e0 des millions d\u2019individus de pr\u00e9server leur identit\u00e9, la blague faisant office de signe de reconnaissance\u00bb, explique le rabbin philosophe Marc-Alain Ouaknin dans sa \u00abBible de l\u2019humour juif\u00bb en deux volumes.<\/p>\n<p>L\u2019humour palestinien a d\u00e9sormais aussi sa \u00abbible\u00bb. Sharif Kanaana, professeur d\u2019ethnologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bir Zeit et Pierre Heumann, correspondant au Proche Orient de la Weltwoche, viennent en effet de publier une anthologie du witz palestinien (\u00abWo ist der Frieden? Wo ist die Demokratie? Der pal\u00e4stinensische Witz: Kritik, Selbstkritik und Uberlebenshilfe\u00bb) aux \u00e9ditions Chronos, Z\u00fcrich. <\/p>\n<p>On y d\u00e9couvre des Palestiniens qui, comme leurs adversaires Isra\u00e9liens, pratiquent cette politesse du d\u00e9sespoir qu\u2019est l\u2019humour. Depuis plus de vingt ans, Kanaana a recueilli les plaisanteries qui circulent dans les territoires occup\u00e9s. Dans son ouvrage, il en pr\u00e9sente plus de 200, cat\u00e9gori\u00e9es et comment\u00e9es. <\/p>\n<p>\u00abLes piques peuvent \u00eatre exag\u00e9r\u00e9es et pol\u00e9miques, elles contiennent toujours une parcelle de v\u00e9rit\u00e9\u00bb, estime Pierre Heumann. Partant du constat que les blagues refl\u00e8tent authentiquement ce que pensent et ressentent les individus, les deux auteurs en ont fait le barom\u00e8tre des \u00e9tats d\u2019\u00e2me de la population palestinienne. <\/p>\n<p>L\u2019ouvrage d\u00e9crit ainsi diff\u00e9rentes \u00e9tapes chronologiques dans le regard port\u00e9 par les Palestiniens sur eux-m\u00eames. Avant la premi\u00e8re Intifada, leur estime de soi \u00e9tait synonyme de haine de soi. Se propageaient alors plaisanteries macabres et portraits d\u2019\u00e9ternels perdants. <\/p>\n<ul>\u00abPourquoi, lors d\u2019une vente aux ench\u00e8res de cerveaux, les cerveaux palestiniens atteignent-ils les prix les plus \u00e9lev\u00e9s? Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s.\u00bb<\/ul>\n<p>Avec la premi\u00e8re Intifada, les Palestiniens se d\u00e9peignent dans leur mots d\u2019esprit comme de fiers vainqueurs. Les enfants y occupent une place centrale. Ce sont les v\u00e9ritables h\u00e9ros des histoires v\u00e9hicul\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque. <\/p>\n<ul>\u00abPendant un couvre-feu, une Palestinienne ressent ses premi\u00e8res contractions. Deux soldats isra\u00e9liens l\u2019emm\u00e8ne dans un h\u00f4pital proche. Le m\u00e9decin annonce l\u2019arriv\u00e9e de jumeaux. Le premier sort la t\u00eate, aper\u00e7oit les uniformes. Rapidement, il retourne dans le ventre de sa m\u00e8re et avertit son fr\u00e8re: \u00abAchmed, nous sommes cern\u00e9s. Apporte des pierres! Nous devons attaquer.\u00bb<\/ul>\n<p>Le d\u00e9but du processus de paix voit les railleries palestiniennes prendre pour cible leurs propres instances religieuses et politiques. Sans m\u00e9nagement aucun, l\u2019humour politique se d\u00e9tourne de l\u2019ennemi pour devenir quasi exclusivement autocritique. Les Palestiniens ne se g\u00eanent pas de brocarder leurs autorit\u00e9s et la corruption ambiante. <\/p>\n<ul>\u00abApr\u00e8s minuit, Arafat est en s\u00e9ance avec ses ministres dans son bureau. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. C\u2019est sa femme Suha qui a entendu du bruit. \u00abDes voleurs sont entr\u00e9s chez nous, crie-t-elle effray\u00e9e, viens vite \u00e0 la maison!\u00bb. Arafat la rassure: \u00abImpossible, tous les voleurs sont en ce moment avec moi dans mon bureau.\u00bb<\/ul>\n<p>La deuxi\u00e8me Intifada commenc\u00e9e en septembre 2000 suscite bien des doutes. En t\u00e9moignent, les histoires qui circulent. L\u2019humour est devenu noir.<\/p>\n<ul>\u00abUn jeune combattant de l\u2019Intifada demande \u00e0 son p\u00e8re deux billets de bus. \u00abJe veux aller jusqu\u2019aux barricades pour lutter contre les Isra\u00e9liens.\u00bb Le p\u00e8re: \u00abVoici un billet pour y aller\u00bb. \u00abPourquoi ne m\u2019en donnes-tu pas deux?\u00bb. \u00abTu n\u2019as pas besoin du second. Tu reviendras certainement avec l\u2019ambulance.\u00bb<\/ul>\n<p>La cote de popularit\u00e9 d\u2019Arafat est actuellement au plus bas. Innombrables sont les propos sarcastiques \u00e0 son \u00e9gard. <\/p>\n<ul>\u00abF\u00e2ch\u00e9, Arafat convoque son ministre des Postes. Comment se fait-il que les timbres avec mon portrait ne restent pas coll\u00e9s? Le ministre: \u00abIl se pourrait bien que les gens crachent du mauvais c\u00f4t\u00e9 du timbre!\u00bb<\/ul>\n<p>Pour Pierre Heumann, \u00abtant que fusent les plaisanteries, m\u00eame si les piques sont virulentes, la population conserve l\u2019espoir. L\u2019humour politique est le signe que la soci\u00e9t\u00e9 cherche \u00e0 r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes. Or, durant ces derniers mois, le nombres des bons mots a drastiquement chut\u00e9\u2026\u00bb (Weltwoche, 15 d\u00e9cembre 2001). <\/p>\n<p>L\u2019humour est l\u2019ultime phase du d\u00e9sesoir, pr\u00e9tendait Anatole France. La p\u00e9nulti\u00e8me, corrigent certains, qui pr\u00e9f\u00e8rent attribuer le dernier rang au terrorisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On connaissait l\u2019humour juif. A la faveur d\u2019un excellent livre paru \u00e0 Zurich, on d\u00e9couvre aujourd\u2019hui les plaisanteries que les Palestiniens font circuler sur eux-m\u00eames. Poignant et instructif.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[1298],"class_list":["post-936","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","tag-chroniques","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/936","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=936"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/936\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5968,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/936\/revisions\/5968"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=936"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=936"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=936"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}