



{"id":900,"date":"2001-11-11T00:00:00","date_gmt":"2001-11-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=900"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"israel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=900","title":{"rendered":"L\u2019humiliation des check points"},"content":{"rendered":"<p>Ce matin, Dana, adolescente palestinienne, arrive au lyc\u00e9e avec un retard d\u2019une bonne vingtaine de minutes. De sa d\u00e9marche nonchalante et sexy, elle passe devant le directeur, qui lui lance: \u00abQuand tu seras \u00e0 l\u2019universit\u00e9, tu ne pourras pas arriver comme \u00e7a en retard.\u00bb<\/p>\n<p>Elle lui r\u00e9torque du tac au tac: \u00abPour y aller, il n\u2019y aura pas de check point.\u00bb Ensuite, elle entre en classe, souveraine. <\/p>\n<p>Dana vit \u00e0 Ramallah et, pour parcourir les vingt kilom\u00e8tres qui la s\u00e9parent de J\u00e9rusalem o\u00f9 se trouve son lyc\u00e9e, elle doit, selon les jours, passer par trois, quatre ou cinq check points. Le directeur glisse derri\u00e8re son passage: \u00abC\u2019est une fille brillante, elle va \u00e9tudier dans une universit\u00e9 am\u00e9ricaine l\u2019ann\u00e9e prochaine. Elle a la chance d\u2019avoir un passeport canadien.\u00bb<\/p>\n<p>Tout Palestinien qui veut se rendre d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre sait qu\u2019il va trouver sur son chemin un mahsom (barrage). Le check point fait \u00e0 ce point partie de leur quotidien, d\u00e9termine tellement le rythme de leur journ\u00e9e, mais aussi leur humeur,  la r\u00e9ussite ou l\u2019\u00e9chec d\u2019un rendez-vous ou d\u2019un examen, que les Palestiniens ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 laisser ce mot en h\u00e9breu plut\u00f4t que d\u2019utiliser un terme arabe. A l\u2019image d\u2019une entrave impossible \u00e0 oublier.<\/p>\n<p>Depuis septembre 2000, les check points prolif\u00e8rent. Ces barrages install\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne peuvent se d\u00e9placer au gr\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements. Leur multiplication s\u2019est encore acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e depuis l\u2019assassinat du ministre isra\u00e9lien d\u2019extr\u00eame-droite Rehavem Zeevi  le 17 octobre, puis l\u2019attentat dimanche dernier dans un quartier de J\u00e9rusalem qui a tu\u00e9 deux adolescents. C\u2019est que, du moins officiellement, Tsahal con\u00e7oit les check points comme des moyens d\u2019emp\u00eacher les terroristes de p\u00e9n\u00e9trer en Isra\u00ebl. Mais pour les Palestiniens, c\u2019est une fa\u00e7on  s\u00fbre de les \u00e9puiser, les humilier, les briser. <\/p>\n<p>Sur la route entre J\u00e9rusalem et Ramallah, les taxis collectifs se contentent de faire la navette d\u2019un barrage \u00e0 l\u2019autre, pour \u00e9viter la queue devant chaque filtre. Il faut prendre deux \u00e0 quatre taxis pour parcourir la distance entre les deux villes. Les check points doivent \u00eatre franchis \u00e0 pied: moins de queue et un peu moins d\u2019\u00e9nervement. A midi, au barrage qui borde le camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Qalandiya, les minibus de service arrivent en trombe et d\u00e9chargent: s\u2019y sont entass\u00e9s femmes \u00e9l\u00e9gantes, nourrissons, hommes d\u2019affaires, personnes \u00e2g\u00e9es, \u00e9tudiants, ouvriers, familles pleines de sacs \u00e0 provisions. Tous sortent, marchent une centaine de m\u00e8tres dans la poussi\u00e8re, passent le barrage puis reprennent la prochaine camionnette. <\/p>\n<p>\u00abAu nom de la s\u00e9curit\u00e9, ils nous infligent une punition collective\u00bb, r\u00e9sume Haled, \u00e9tudiant, en train de sortir ses papiers pour les montrer au soldat en poste. Il doit crier pour couvrir les klaxons. Il n\u2019a pas trop le temps de s\u2019attarder, mais il lance encore: \u00abMa copine vit \u00e0 H\u00e9bron. Pour la voir, il me faut compter cinq heures.\u00bb En temps normal, le trajet H\u00e9bron-J\u00e9rusalem prend une petite heure.<\/p>\n<p>Et il y a aussi les voitures et les camions, compl\u00e8tement bloqu\u00e9s. Une ambulance tente de traverser ce chaos. Parfois, les secours peuvent \u00eatre ralentis pendant plusieurs heures.<\/p>\n<p>Pour l\u2019officier de Tsahal qui prend sa pause derri\u00e8re des sacs de sable, c\u2019est un jour normal: \u00abMaintenant, \u00e7a va. Non, il n\u2019y a rien de sp\u00e9cial \u00e0 signaler. C\u2019est toujours \u00e0 15 heures que les jeunes viennent nous lancer des pierres. A la sortie de l\u2019\u00e9cole je suppose. Parfois, nous les prenons \u00e0 revers, et alors les cailloux peuvent arriver sur les voitures coinc\u00e9es dans l\u2019embouteillage. Oui, les conducteurs leur hurlent dessus. Mais c\u2019est tout.\u00bb<\/p>\n<p>En effet. En m\u00eame temps que les chebab (jeunes hommes) et Tsahal proc\u00e8dent \u00e0 leur bataille rang\u00e9e, voitures et passants continuent leur ballet incessant. \u00abYes, it\u2019s crazy \u00bb, conclut l\u2019officier parachutiste.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nCaroline Coutau vit et travaille au centre de J\u00e9rusalem, \u00e0 deux pas de la Vieille ville. Elle ach\u00e8te ses oranges dans les centres commerciaux isra\u00e9liens et son houmous au marche arabe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis un an, l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne multiplie les barrages routiers dans le but retenir les terroristes. Cette mesure de s\u00e9curit\u00e9 est v\u00e9cue par les Palestiniens comme une humiliation quotidienne. Reportage.<\/p>\n","protected":false},"author":10544,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-900","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10544"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=900"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/900\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}